14 juillet 2011

En hommage à la Révolution tunisienne, la célébration du 14 juillet 2011 a été ramenée à une dimension symbolique. La somme économisée de la sorte a été attribuée à deux associations.

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Discours de l’ambassadeur Boris Boillon

Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames les conseillères de l’Assemblée des Français de l’étranger,
Chers amis,

C’est avec émotion et honneur que je vous reçois à la Résidence de France, en cette clémente fin de journée.

Émotion d’abord. La célébration de la Révolution française a, en ce 14 juillet 2011, une odeur particulière, celle de la liberté et de la dignité, que l’on respire dans cette nouvelle Tunisie. 14 janvier, 14 juillet, comment ne pas faire le rapprochement ?

Ce que le peuple tunisien a accompli, son courage, sa générosité, sa solidarité ont suscité l’admiration et le respect du monde entier. Après la révolution tunisienne, rien ne sera plus jamais comme avant. Les Tunisiennes et les Tunisiens ont lancé une vague de démocratisation, dans le monde arabe et sûrement au-delà. Nos enfants et nos petits-enfants pourront en mesurer la portée. La liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas le privilège de certains mais une aspiration commune à tous les peuples. Merci au peuple tunisien d’en avoir fait une si belle démonstration. Ayons une pensée émue pour celles et ceux qui y ont laissé leur vie, pour les blessés et pour leurs familles.

La révolution tunisienne ne s’est pas faite seulement au nom de valeurs morales. Elle a aussi porté la revendication d’une plus grande justice sociale et d’un meilleur partage des richesses. C’est la raison pour laquelle, avec les élues des Français de Tunisie, nous avons choisi de faire un geste symbolique fort afin de marquer la solidarité de la France avec la Tunisie. Il a donc été décidé de convier un petit nombre d’invités à la cérémonie, de manière à verser à des associations œuvrant en faveur des populations défavorisées la plus grande partie du budget habituellement alloué à l’organisation de la réception.

C’est ainsi que des chèques représentant un montant supérieur à 25.000 dinars seront remis ce soir à deux ONG :

- l’association "Femmes et Citoyenneté", qui mène dans la région du Kef des programmes de sensibilisation en faveur de femmes des quartiers défavorisés ;

- l’association humanitaire "Esmaani", qui souhaite assister les services hospitaliers surchargés de l’hôpital de Jendouba, notamment la maternité.

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La cérémonie de ce soir est placée sous le signe de la citoyenneté. C’est ainsi qu’une centaine de jeunes citoyens, binationaux dans leur majorité, franchissent aujourd’hui pour la première fois les portes de cette résidence.

Pour la première fois, vous qui êtes des délégués de classe, de jeunes bacheliers ayant fui la Libye, ou encore de jeunes acteurs du milieu associatif, vous allez accomplir votre devoir civique, à l’occasion des élections de l’Assemblée constituante du 23 octobre, en Tunisie, puis des élections présidentielle et législatives en France, au printemps prochain. Vous représentez la nouvelle génération, force vive de la nouvelle Tunisie et de la France, avenir de notre relation bilatérale.

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Boris Boillon, le 14 juillet 2011.

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Honneur ensuite. Le gouvernement transitoire, représenté ce soir par plusieurs ministres, conduit avec détermination la Tunisie sur ce nouveau chemin, en compagnie d’autres acteurs de la transition démocratique. Je pense aux représentants des institutions transitoires, des partis politiques, de la société civile, qui sont là ce soir et auxquels la France rend hommage. La France a confiance en la capacité de tous ces acteurs à travailler dans la concorde pour l’intérêt de votre pays.

Grâce à vous, notre pays a pleinement confiance en l’avenir de la Tunisie, notamment dans son avenir économique, comme en témoigne la présence ce soir des conseillers français du commerce extérieur et du président de la Chambre tuniso-française de commerce et d’industrie (CTFCI), qui représentent les 1270 entreprises françaises en Tunisie. Par leur nombre, ces entreprises font de la France le premier investisseur étranger en Tunisie ; elles emploient actuellement plus de 114.000 personnes. Elles continuent à développer leurs investissements, montrant ainsi la voie à d’autres investisseurs.

Je salue l’effort de solidarité réalisé par le gouvernement de transition en faveur des catégories sociales et des régions défavorisées, sans remettre en cause les grands équilibres monétaires et financiers du pays.

Je sais que la Tunisie compte d’abord sur ses propres forces pour avancer sur la voie qu’elle s’est tracée. Sachez que vous pouvez aussi compter sur tous vos amis, au premier rang desquels la France, pour vous accompagner, chaque fois que vous le souhaiterez.

Notre pays a doublement marqué sa solidarité avec le vôtre. D’une part, en invitant le Premier ministre Béji Caïd Essebsi au G8, sur l’initiative du Président Sarkozy, car c’est dans cette enceinte que se prennent les grandes décisions. D’autre part, en signant à cette occasion une convention de financement de 185 M€, pour soutenir le plan de relance tunisien, notamment dans le domaine de l’emploi, tout particulièrement des jeunes diplômés chômeurs, et dans le domaine de la micro-finance.

Je vais accueillir tout à l’heure Mme Nadine Morano, ministre de la formation professionnelle. Sa présence est une illustration des liens solides et confiants qui unissent nos deux pays. Il s’agit du 14ème déplacement en Tunisie d’un ministre français depuis 5 mois. Autant de ministres tunisiens se sont rendus en France au cours de la même période. Je crois bien qu’il s’agit là d’un record absolu, signe de la vitalité et de la densité de la relation bilatérale ! Cette relation bilatérale est à l’image du ciel au-dessus de nos têtes : sans nuage !

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Comme vous, je sais combien la Tunisie nouvelle peut compter sur sa jeunesse, ses créateurs, son milieu associatif, cette société civile qui peut désormais s’exprimer librement et déployer tous ses talents, et qui nous fait le plaisir et l’honneur d’être parmi nous ce soir.

La France a fait de la relation avec cette société civile qui émerge de toute la Tunisie une de ses priorités. Une priorité tangible qui, dans le prolongement du premier Forum tuniso-français qui s’est tenu avec succès à Tunis le 21 mai dernier, se traduit d’ores et déjà par des projets concrets auxquels cette ambassade consacrera cette année plus d’1 million d’euros.

Je suis ainsi heureux d’accueillir les acteurs de ces "bus citoyens" qui, à l’initiative de l’association "Sawty", vont parcourir cet été toute la Tunisie pour sensibiliser chacun aux enjeux de la démocratie naissante. Je veux également remercier nos amis du collectif "RANDET" avec lesquels nous mettons en place un important programme en faveur de l’environnement et du développement durable, ceux d’ENDA interarabe qui vont piloter un projet de microcrédit à destination des Tunisiens rentrés de Libye, ou encore l’association "Amal" qui lancera bientôt, avec notre soutien, un numéro vert à destination des femmes tunisiennes victimes de violences.

Avec ces partenaires et l’appui de l’Agence française du service civique et du Groupe SOS, dont je salue ici les représentants, nous allons également lancer un programme d’échanges à destination de notre jeunesse. Dès octobre, de jeunes volontaires tunisiens pourront passer six mois en France pour travailler en milieu associatif, tout comme leurs camarades français pourront vivre une expérience exceptionnelle aux côtés d’associations tunisiennes. Ensemble, c’est une véritable Maison tuniso-française des associations que nous allons bâtir.

À vous tous, je donne rendez-vous l’année prochaine en France, où se tiendra la deuxième édition du forum tuniso-français de la société civile.

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La France est aussi aux côtés des artistes tunisiens, qui bien souvent ont été des acteurs de la Révolution et sont aujourd’hui les témoins attentifs du processus démocratique en cours.

Ainsi, avec nos partenaires tunisiens, nous apportons notre soutien à la formation de techniciens du spectacle vivant, de restaurateurs du patrimoine, de jeunes scénaristes, ou encore de jeunes breakdancers venus de toute la Tunisie.

Cette création tunisienne est aujourd’hui à l’honneur en France, où vous, photographes, graphistes, caricaturistes, réalisateurs, peintres, plasticiens, musiciens, hommes et femmes de théâtre, donnez à voir, notamment dans le cadre des grands festivals tels que Cannes ou Avignon, vos œuvres, votre regard. En septembre, c’est dans les jardins même de cette résidence que les arts plastiques tunisiens seront mis à l’honneur.

Mesdames, Messieurs, cette soirée est la vôtre.

Vive la Tunisie !
Vive la France !
Vive l’amitié entre nos deux peuples !


Un 14 juillet particulier : pourquoi ?

« Comme tous les ans, l’Ambassade de France célébrera la fête nationale du 14 juillet mais, cette année, elle a souhaité faire un geste symbolique fort afin de marquer sa solidarité et celle de la communauté française avec la Tunisie, dans la période historique exceptionnelle que celle-ci traverse depuis la révolution du 14 janvier.

C’est dans cet esprit qu’il a été décidé de convier un petit nombre d’invités à la cérémonie, de manière à pouvoir verser à des associations œuvrant en faveur des populations défavorisées la plus grande partie du budget habituellement alloué à l’organisation de la réception.

Une soixantaine de jeunes en âge de voter en 2012 franchiront ainsi pour la première fois les portes de la résidence afin de participer à ce rendez-vous citoyen aux côtés de nos invités tunisiens représentant les institutions provisoires, la société civile et les forces politiques engagées dans la révolution et la transition démocratique. »

Boris Boillon,
ambassadeur de France en Tunisie,

Madeleine Berger - Ben Naceur,
conseillère à l’Assemblée des Français de l’étranger,

Gloria Giol - Jeribi,
conseillère à l’Assemblée des Français de l’étranger,

Martine Vautrin - Djedidi,
conseillère à l’Assemblée des Français de l’étranger.

Dernière modification : 17/07/2012

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