Annick Girardin échange avec les médias tunisiens

Pendant sa visite en Tunisie, du 2 au 4 mai 2015, la secrétaire d’État au Développement et à la Francophonie Annick Girardin a rencontré les représentants de la presse tunisienne.

De nombreux thèmes ont été abordés avec les journalistes : le changement climatique et la prochaine COP21, le soutien de la France à la Tunisie, le développement, le tourisme, la sécurité et la lutte contre le terrorisme, ainsi que la Francophonie en Tunisie. Extraits ci-dessous :

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Annick Girardin avec le Dr de l’Institut français de Tunisie Patrick Flot (Tunis, le 4 mai 2015)

Je vais vous dire en quelques mots l’objet de cette visite, le cadre et ce que j’ai fait. C’est avec beaucoup de plaisir que je suis en Tunisie, pays frère, pour exprimer ma solidarité d’abord, comme l’ont fait avant moi le président de la République et les différents ministres qui sont passés. Je suis aussi là pour réaffirmer que les Français doivent revenir en Tunisie, qu’après cette révolution nous sommes dans la phase de reconstruction et que la solidarité envers la Tunisie, c’est aussi s’inciter le retour des Français. On sait combien l’économie de ce pays repose sur l’activité touristique.

J’ai fait une visite très riche parce que je suis venue au moment du Forum jeunesse. J’ai donc eu la chance de rencontrer beaucoup de jeunes porteurs de projets, d’initiatives et des jeunes créateurs d’entreprise.
J’ai rencontré la société civile également. La société civile et les jeunes, particulièrement, ont été des acteurs de la Révolution et il est important d’entendre aujourd’hui le message de ces jeunes qui veulent participer à la phase de reconstruction et au processus de réforme qui est en cours.

Un moment émouvant, c’est celui où je me suis recueillie au musée du Bardo. J’ai réaffirmé combien la France comprend le drame qu’a vécu la Tunisie pour l’avoir vécu en janvier dernier - vous en mars – et combien il est important que nous luttions ensemble contre toute forme de terrorisme. Je crois que nous avons des actions satisfaisantes dans ce domaine et qui pourront prendre une ampleur plus large.

Mais si je dis qu’il faut répondre sur le volet sécuritaire, en urgence, à la montée du terrorisme, il faut aussi se projeter sur du moyen terme et long terme et parler de développement. Il n’y a pas de développement sans sécurité mais on ne peut pas faire que de la sécurité, au risque d’avoir toujours à amplifier cette sécurité si l’on néglige le volet développement. C’est valable ici en Tunisie comme cela l’est dans l’ensemble des pays du continent africain.

J’ai eu l’occasion de rencontrer le secrétaire d’État aux Affaires étrangères, M. M’hamed Ezzine Chelaïfa, et le ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale, M. Yassine Brahim. Nous avons pu évoquer la reconstruction de la Tunisie, le plan, le schéma, la manière dont nous allons pouvoir travailler ensemble et comment la France peut accompagner les investissements à l’intérieur du pays où l’on peut noter des différences, une disparité, éventuellement un manque d’équité avec la côte ou les plus grandes villes.

Nous avons aussi évoqué comment la France pouvait être l’ambassadeur, le défenseur de la Tunisie auprès de l’Europe, de la Banque mondiale, de l’OCDE, pour plaider sa cause et l’idée qu’il faut reconnaître à la Tunisie, sur une durée de deux ans, une exception permettant de continuer, malgré le fait que ce ne soit plus un pays en développement mais un pays émergent, à l’accompagner avec l’ensemble des outils souvent réservés à des pays davantage défavorisés ou vulnérables. Qu’est-ce que la vulnérabilité ? C’est peut-être là que l’on peut introduire de nouvelles données et plaider la cause de la Tunisie. C’est ce que fait déjà la France et ce qu’elle continuera à faire.

Mon déplacement concerne aussi la francophonie puisque je suis secrétaire d’État au Développement et à la Francophonie. J’ai eu le plaisir de clôturer ici deux festivals : un festival de la danse et un autre autour des mots. Cette francophonie est vivante, ici en Tunisie, mais elle accuse aussi un certain recul. Non pas dans son dynamisme parce que ses défenseurs sont très actifs, mais le nombre de locuteurs français est en recul, malgré le soutien que peut apporter la France à la Tunisie sur ces questions.

Nous avons à voir comment reprendre un chemin qui nous emmènerait vers des locuteurs plus nombreux. Malgré le fait que l’Institut français soit très dynamique, malgré la présence des établissements scolaires, malgré les 1000 boursiers tunisiens en France chaque année et un certain nombre d’actions pilotées par l’ambassade et par l’institut, la réflexion doit peut-être porter aujourd’hui sur le français dans les établissements scolaires tunisiens. C’est peut-être là qu’il nous faut travailler ensemble et réfléchir.

Je suis là aussi pour parler climat puisque Paris abritera la grande conférence climat en 2015, avec une ambition forte d’arriver à un accord universel et contraignant.

Voilà en quelques mots les objets de ma visite, les discussions, les débats, que j’ai pu avoir et je répondrai à vos questions bien volontiers.

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Climat, COP21

Paris abritera la grande conférence climat en 2015, avec l’ambition d’arriver à un accord universel et contraignant. Au-delà de cet accord, nous parlons aujourd’hui de l’Alliance de Paris pour le climat, avec quatre paliers. Le premier, c’est bien sûr cet accord que nous devons signer et qui devra être contraignant.

Le second, c’est la contribution de chaque pays puisqu’il a été décidé – et l’on peut s’en réjouir - que tous les pays, y compris les plus vulnérables, participent à cet effort, cette responsabilité que chacun doit prendre aujourd’hui. La responsabilité, il faut absolument la partager, même si elle n’est pas à la même mesure pour tous. C’est une responsabilité partagée mais différenciée. Ces contributions devront nous remettre sur la trajectoire des 2°. Cela veut dire ne pas avoir un réchauffement supérieur à 2°. Au-delà, le Groupement international d’experts pour le climat (GIEC) nous explique que les catastrophes seront énormes. On aura une montée des eaux de plus d’un mètre. Regardez ce que cela peut faire sur le littoral tunisien ! On aura des problématiques en matière d’eau sans commune mesure avec celles qu’on connaît aujourd’hui. Désertification, déforestation, on voit bien que les conséquences seraient irrémédiables. Nous devons donc retrouver cette trajectoire des 2°.

Troisièmement, le financement va être déterminant. Parce que si l’on veut que tous prennent leurs responsabilités, il va bien falloir que les pays industrialisés soient au rendez-vous de la solidarité à travers leurs financements. Ce financement est de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020, c’est l’engagement pris à Copenhague. Financement public / financement privé : il faut qu’à Paris, on puisse expliciter ces 100 milliards, comment on compte y arriver tous ensemble et quelle est la solidarité des pays industrialisés.

Un dernier point m’importe énormément aussi, c’est l’agenda des solutions. Comment tous les partenaires peuvent participer à cet effort et quels sont les solutions déjà existantes et les innovations ? Tous les partenaires, cela veut dire les entreprises, les collectivités territoriales et les ONG, au-delà des États. Les solutions, ce sont celles que l’on a pu trouver au Nord mais aussi celles du Sud. Dans tous mes déplacements, y compris ici en Tunisie, je cherche comment mettre en avant toutes les innovations et les solutions qu’apportent aujourd’hui les pays vulnérables en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

Par exemple, je suis allée ici sur le terrain pour visiter une station d’épuration qui a développé un système d’utilisation des boues qui vont produire du biogaz. Ainsi, la totalité de la station va s’autoalimenter en énergie et même éventuellement vendre le surplus. Ce sont des procédés intéressants. L’adaptation c’est aussi un élément important. L’atténuation, c’est comment on réduit les émissions de gaz à effet de serre mais on développe aussi l’adaptation, à côté. Et là, on est vraiment dans des projets d’adaptation.

Quand on me dit en Tunisie ou ailleurs, dans les pays plus vulnérables qui cumulent quelquefois tous les défis – le défi sécuritaire, le défi de l’éducation ou de la démographie importante et le défi du développement - que le défi humain vient après et que ce n’est quand même pas une priorité, j’ai juste envie de dire que si ce n’est pas effectivement une évidence en matière de priorité, on peut très vite y participer en matière d’adaptation. Tous les projets d’infrastructure qui seront mis en place en Tunisie peuvent être climato-compatibles. Je crois que c’est important de le faire systématiquement dès maintenant ; sinon on aura à refaire les choses. Il faut intégrer déjà ces changements climatiques dans tous les projets, dans tous les dispositifs que l’on peut mettre en place.

On sait très bien que si l’on n’apporte pas une réponse sur le volet climat, tout ce qu’on est en train de faire en matière de développement et tout ce qu’on a fait depuis 100 ans va être totalement réduit à néant. Donc c’est difficile de parler aux populations, qui ont bien d’autres problèmes, de la vision climatique à long terme et en même temps on n’a pas le choix !

On voit bien que les pays les plus vulnérables sont ceux qui ont le moins pollué mais qui restent effectivement les plus touchés. Et ils resteront malheureusement les plus touchés si on ne fait rien. Nous sommes dans une espèce de cycle où l’on n’a pas le choix et il faut absolument être au rendez vous.

Question : Vous avez parlé d’un grand sommet sur le climat à Paris et d’une responsabilité partagée mais différenciée au niveau du financement ?

Réponse : J’ai parlé de la contribution de chaque pays. La contribution, ce n’est pas le financement. Chaque pays met en place une stratégie d’atténuation - c’est-à-dire comment moins polluer- et en même temps d’adaptation : comment se préparer aux changements climatiques.

Chaque pays va déposer, nous l’espérons, avant la fin du mois d’août une contribution qui présente quelles seront ses réductions d’émissions. Ce qui est annoncé pour la Tunisie, par exemple, c’est 30% d’énergies renouvelable en 2030. C’est, à priori, le chemin que veut se donner la Tunisie. Je ne crois pas que ce soit une révélation et cela devrait être confirmé dans la contribution tunisienne.

Cette partie contribution nous permet de calculer les réductions d’émissions pour chacun, les atténuations, l’adaptation, la façon dont elle est programmée et comment elle peut réduire ou capter, si on parle de reforestation, les gaz à effet de serre. Et cela va permettre de calculer si l’on revient ou pas sur le chemin des 2°. Je dis bien si l’on revient parce qu’on ne sera pas à 2° au moment des calculs, ce n’est pas possible. Mais nous nous projetons, les uns et les autres, pour retrouver le chemin des 2°.

Voilà c’est cela la contribution et c’est là qu’intervient la responsabilité de tous, y compris des pays en développement, qui devront être accompagnés pour pouvoir se développer sans polluer davantage. C’est le grand défi. Vous allez me dire : « Vous êtes gentille. Vous, pays pollueurs, vous vous êtes développés en polluant beaucoup et vous nous demandez à nous de nous développer sans polluer davantage. Dans ce cas, merci de venir nous aider ».

C’est pour cela que je dis : « si les pays en développement et vulnérables sont au rendez-vous de la responsabilité, les pays industrialisés se doivent d’être au rendez-vous de la solidarité. Parce qu’on ne peut pas demander aux pays en développement de faire ce que nous avons été incapables de faire nous-mêmes à un moment donné et de se développer uniquement avec des énergies renouvelables ou avec une croissance verte, même si celle-ci est une vraie chance en matière économique, notamment pour la Tunisie qui a sa place dans cette économie verte de demain.

C’est cela le rendez-vous. Et puis on peut le coupler avec le rendez-vous du financement du développement, à Addis-Abeba en juillet prochain. Là aussi, on pourra mesurer la solidarité internationale avec les pays en développement. Et je crois que ces deux grands rendez-vous préparent un monde que nous souhaitons - et c’est la phrase avec laquelle je conclus presque toutes mes rencontres - avec un objectif "zéro carbone, zéro pauvreté". C’est cela le véritable objectif que nous devons tous avoir aujourd’hui et c’est là où la solidarité doit être présente.

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Francophonie

Moi, je crois que la Francophonie est une vraie chance à partir du moment où elle est utile. Les jeunes ont envie d’apprendre le français parce que cela leur permettra d’avoir accès à un certain nombre d’activités, notamment culturelles, mais cela leur permettra aussi d’avoir accès à un emploi. Je crois qu’il faut mobiliser les entreprises francophones, mobiliser l’Organisation internationale de la francophonie pour que cette francophonie soit véritablement moderne et qu’elle parle aux jeunes.

Quand je suis arrivée, il y a un an, et quand demandé à des jeunes « qu’est-ce que la francophonie pour vous ? », on avait tendance à me répondre que c’était une vieille dame ringarde et que c’était plutôt une francophonie de salon. Comment passe-t-on de cette francophonie de salon, telle que la voient les jeunes, à une francophonie active et utile, un plus sur un CV qui permet l’accès à un emploi ? Il faut que les entreprises francophones favorisent partout l’emploi des jeunes qui auront fait le choix de l’apprentissage de la langue française.

Question : Sur la francophonie dans les établissements publics tunisiens, c’est finalement le niveau de tout l’enseignement qui a régressé mais puisqu’on parle des langues, c’est important qu’elles soient là pour développer tout le système. Est-ce que vous envisagez un partenariat avec les établissements publics en vue de développer la langue française qui souffre ici ?

Réponse : Sur la francophonie, il y a effectivement la qualité l’enseignement qu’il faut absolument renforcer en Tunisie. Le volet éducation est extrêmement important dans un pays avec une population si jeune. D’ailleurs, l’éducation au sens large est un vrai défi sur ce continent africain, un défi dont il faut prendre toute la mesure. Il faut que ces jeunes puissent aujourd’hui, demain et après-demain vivre plus dignement, avoir les services minimum là où ils sont, que ce soit sur le volet éducation ou sur le volet santé. Quand je dis éducation, je ne parle pas uniquement de ce qu’on appelle l’éducation nationale mais bien de tous les temps de l’éducation.

Les langues doivent trouver toutes leur place dans l’enseignement et je crois que dans les lettres d’intention signées en décembre 2014 entre la France et la Tunisie, lors de la visite de la ministre Najet Vallaud-Belkacem, le volet éducation est cité. Il faut qu’on puisse arriver à travailler davantage avec le système éducatif public pour permettre que le français soit davantage appris et enseigné dans ces établissements.

Vous savez, le français et la francophonie c’est aussi le partage des valeurs de fraternité, de solidarité de démocratie, de liberté d’expression et on a besoin de toutes ces valeurs pour lutter contre le terrorisme. Et pour lutter contre le terrorisme, il faut dire à ces jeunes qu’ils ont un espoir, aujourd’hui en Tunisie, de vivre autrement, de vivre mieux, de vivre de manière plus équitable et plus juste. C’est cela aussi, la lutte contre le terrorisme à long terme mais c’est aussi leur permettre ensuite de trouver un emploi, d’où l’importance d’aider la Tunisie à retrouver une croissance et à se développer dans des secteurs dont elle décide elle-même les orientations.

Question : Pour développer la francophonie il y les MOOC, c’est-à-dire "massive on line course". Et la France est en retard par rapport à cela. On trouve très rarement des cours en français. Est-ce qu’il y a une politique pour développer ce genre de cours ?

Réponse : Oui. Elle d’ailleurs été présentée à Dakar, au Sommet de la Francophonie en décembre dernier. Si nous avions un retard, nous comptons bien le rattraper. Je pense d’ailleurs que nous l’avons déjà rattrapé car les initiatives sont nombreuses. Ma collègue Axelle Lemaire, qui est aussi venue en Tunisie, a lancé des programmes dans ce domaine ; le ministère de l’Éducation également, l’ensemble des ministères vont dans cette direction. Il existe une plateforme France université numérique, que vous pouvez aller voir.

Donc oui, nous allons davantage être présents à travers ce qu’on appelle les "FLOT" (formation en ligne ouverte à tous). Vous allez écrire le mot, c’est important dans le combat de tous les jours pour sauver cette francophonie, qui à mon avis est une chance. Il faut absolument qu’on perde l’habitude d’utiliser ces anglicismes compris par peu de gens ou par un public jeune qui, du coup, va perdre l’envie d’apprendre le français.

Ce qui est important aussi, ce sont les échanges de jeunes. On en a beaucoup parlé à travers le volontariat international au Forum de la jeunesse. On a parlé aussi de cette réciprocité et de cette reconnaissance indispensables du volontariat. Réciprocité parce que, trop souvent, ce sont des jeunes du Nord qui viennent au Sud et très peu qui vont du Sud vers le Nord. Et reconnaissance ou valorisation de ce temps parce qu’il faut créer des passerelles avec l’université quand un jeune s’est engagé dans le volontariat international, pour montrer que les beaux engagements peuvent être reconnus. Il faudrait aussi des passerelles avec le milieu professionnel et avec les concours de la fonction publique.

En France mais aussi avec nos partenaires tunisiens, il faut qu’on réfléchisse à la valorisation de ces engagements. Du coup, nous avons évoqué la question des titres de séjours, pas obligatoirement faciles à obtenir en Tunisie, ou la question des visas pour la France, pas toujours facile non plus.
Il y a une jeunesse extraordinairement dynamique, ici en Tunisie. Il ne faut absolument pas qu’elle soit déçue.

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Développement

Question : Sur le développement, vous avez parlé d’une demande tunisienne pour obtenir une exception pour deux ans. Or on constate que l’Égypte a obtenu à l’échelle internationale des dizaines de milliards de dollars, vu sa position stratégique. La Tunisie ne mérite-elle pas d’être récompensée pour la réussite de sa transition démocratique ? Ou bien est-ce que la position stratégique pèse beaucoup plus que la démocratie ?

Réponse : C’est bien dans ce sens que nous avons des échanges. C’est bien cette démocratie en route, ici en Tunisie, qui est soutenue par la France. C’est ce que nous exprimons régulièrement à travers notre aide et notre apport. Je peux vous donner par exemple quelques chiffres : la France, c’est 345 M€ de prêts du Trésor et 220 M€ de soutien à travers l’Agence française de développement en 2014. C’est aussi, nous en avons parlé ce matin, une conversion à hauteur de 60 M€ de la dette tunisienne en faveur du développement. D’ailleurs, ces financements ont été orientés d’un commun accord vers le développement des régions. Des projets seront proposés et accompagnés en ce sens.

Et puis au-delà, la France a plaidé pour que la Banque mondiale puisse renforcer son action ici en Tunisie. Là, c’est 1,2 milliards de dollars en 2014 qui ont pu effectivement soutenir la reconstruction dans ce pays qui est aujourd’hui sur le chemin de la démocratie. Une première étape bien sûr réussie et il faut en féliciter régulièrement à la fois les autorités tunisiennes et la société civile qui continue à veiller à ce que la démocratie soit présente et que les droits de l’homme soient défendus en toutes circonstances et dans toutes les décisions tunisiennes qui seraient prises. Et puis il y a aussi bien sûr le FMI que nous incitons à faire preuve de plus de flexibilité, ce qui permettra peut-être de faciliter l’accompagnement de la Tunisie sous différents dispositifs.

Nous souhaitons aussi que la Tunisie soit présente au sommet du G7 et nous intervenons auprès des Allemands sur cette question. Et puis il y a l’UE : la France plaide au sein de l’UE pour le versement rapide de l’assistance qui a été décidée et qui est d’un montant de 300 M€.

Je crois que ce que vous dites, Monsieur, est globalement reconnu. C’est-à-dire que dans cet accompagnement que j’ai cité là, à la fois français, européen et international, il y a cette reconnaissance d’une population qui a lutté pour plus de démocratie, qui est sur le chemin de la démocratie. Ce n’est peut-être pas encore à la hauteur espérée, ce n’est pas à la hauteur suffisante par rapport aux défis que doit relever la Tunisie mais ce sont des étapes que nous pourrons franchir tous ensemble. Je disais tout à l’heure comment plaider ce moment exceptionnel que vit la Tunisie et la démocratie est un des arguments utilisés par la France, mais aussi par vos propres dirigeants.

Tourisme

Question : Vous avez parlé de soutien au tourisme tunisien par solidarité. Est que c’est une espèce de charité ? La Tunisie ne vaut pas le détour mais il faut aider un pays ami ?

Réponse : Quand on parle à des touristes, quels qu’ils soient, qui se sont détournés de la Tunisie pour des questions sécuritaires et après l’attentat du Bardo, il faut pouvoir utiliser un certain nombre d’arguments. Vous comprenez bien que les Français étaient les touristes les plus nombreux en Tunisie. Il n’y a donc pas à vendre la Tunisie sur la qualité de son accueil, de son hébergement, de ses paysages, de sa biodiversité, etc. C’est quelque chose de toute façon acquis puisque les Français venaient en Tunisie. C’est un pays ami mais c’est aussi un pays très beau qu’on a envie de visiter. Moi, j’y suis venue en tant que touriste avant d’y venir en tant que secrétaire d’État.

Ce qu’il faut dire en plus, c’est qu’il n’est jamais bon de se détourner d’un pays pour des raisons sécuritaires. La solidarité voulait dire pour moi que quand on choisit une destination et qu’on a à qualité égale un pays qui a besoin qu’on y revienne et qu’on montre notre solidarité française à travers ce geste, oui il faut le dire, il faut le faire.
C’est vrai que ce n’est pas le seul slogan touristique. On ne va en Tunisie par solidarité seulement. Quand on compare les destinations, il faut dépasser le volet sécuritaire et regarder la Tunisie avec tous les points positifs qui ont été les siens et qui sont toujours là. Et au-delà, il y a cette petite différence qui se joue peut-être sur le fait que nous aussi, à Paris, nous avons vécu ce genre de choses. Nous aussi, nous avons été touchés par une baisse du tourisme, cela se comprend et il faut y aller. C’est comme cela que j’entends solidarité.

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Terrorisme, Syrie

Question : Vous avez évoqué avec vos collègues tunisiens, entre autres, les problèmes sécuritaires ?

Réponse : Oui, entre autres. Nous les avons évoqués un peu. Ce n’est pas ma priorité dans mon déplacement mais cela fait partie des échanges forts entre la France et la Tunisie. On peut évoquer la question de la sécurité.

Question : La France est présentée comme étant un pays aux avant-postes de la lutte antiterroriste mais on ne comprend pas aisément sa position concernant le conflit syrien. La France dépasse les autres pays occidentaux dans la stigmatisation du régime syrien et cela ne fait-il pas le jeu des groupes djihadistes, majoritaires en Syrie ? Parce qu’il n’y a pas d’opposition laïque en Syrie. Ce sont des wahhabites, c’est du terrorisme !

Réponse : Nous avons une position en Syrie qui consiste à trouver une solution politique. Bien sûr, il hors de question de négocier aujourd’hui ou de penser à un quelconque accord avec le président actuel. Mais nous travaillons, et nous souhaitons travailler avec l’ensemble de ceux qui peuvent, demain, former une relève en Syrie. Voilà, notre limite elle est là.

Elle n’est pas ensuite de porter des jugements parce qu’il y besoin dans ce pays d’une opposition au gouvernement actuel, au président actuel qui est, et tout le monde peut le reconnaitre, un personnage qui a massacré son peuple. À mon sens, il ne peut absolument participer à aucun débat, à aucune discussion avec ceux qui défendraient une démocratie quelle qu’elle soit. Car cette démocratie, elle peut être défendue par plusieurs tendances.

Il faut régler la problématique syrienne. Quand on voit le nombre de réfugiés, quand on voit les conséquences sur la région, quand on voit combien le Liban, par exemple, souffre de cette situation et combien cette solidarité, qui a permis d’accueillir des milliers de réfugiés, va trouver des limites dans le temps… Même si la communauté internationale est au côté du Liban, au côté d’autres qui accueillent ces réfugiés, il faudra bien trouver une solution politique en Syrie.

Dernière modification : 03/02/2016

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