Bilan de la visite par l’Ambassadeur de France en Tunisie

L’Ambassadeur de France en Tunisie, M. Serge Degallaix, a dressé le bilan de la visite en Tunisie du président Nicolas Sarkozy, le mardi 11 juillet 2007 à la Résidence de France (la Marsa).


Relations bilatérales

Comme vous le savez, il y a eu un long entretien entre les deux chefs d’état suivi d’un dîner officiel auquel ont assisté des personnalités de haut niveau venues très nombreuses.

Le président Sarkozy connaît la Tunisie. Il y est venu à plusieurs reprises comme ministre de l’intérieur mais il est aussi un habitué de la Tunisie à titre privé. Il apprécie en particulier Tozeur et ses environs.

Ce déplacement au Maghreb était son premier déplacement en dehors de l’Europe et ceci témoigne de l’intérêt qu’il porte aux pays maghrébins et à la Méditerranée. Vous savez que le soir même de son élection, il a confirmé l’idée d’Union méditerranéenne qu’il avait déjà eu l’occasion de présenter.

La tournée était une tournée de contact, rapide, sur deux jours, avec une nuit passée à Tunis. Elle aurait dû se terminer par le Maroc, mais c’est partie remise. Ses contacts ici ont été extrêmement fructueux et l’on peut dire que cette visite est une réussite totale. Il y a un excellent contact entre les deux présidents qui se connaissaient et qui sont des hommes pragmatiques ayant le sens du résultat.

Deux grands sujets ont été abordés lors des entretiens, qui renvoient à deux prochaines échéances. La première échéance, c’est la visite d’État du président Sarkozy, à l’invitation du président Ben Ali, qu’il va effectuer dans les prochains mois en Tunisie, de même qu’il y aura une visite d’État au Maroc et en Algérie. Ce sera l’occasion d’avancer sur les relations bilatérales et dans la concertation sur les grandes questions internationales.

Le deuxième grand sujet, c’est naturellement l’Union méditerranéenne et la démarche du président Sarkozy qui ne consiste pas à présenter les choses toutes faites mais au contraire à enrichir la réflexion pour, à un moment, mettre sur la table un non-papier - ou un papier - qui permettra de préciser la discussion.

Sur la visite d’État, elle devrait intervenir début 2008, selon toute probabilité. Les deux ministres des Affaires étrangères, M. Kouchner et M. Abdallah, ont travaillé ce matin sur les échéances de préparation, notamment une commission mixte présidée par les deux ministres qui devrait se tenir en novembre, quelques semaines avant la visite d’État.

Cette Commission mixte a un objet assez large qui balaie les affaires administratives et consulaires, tout ce qui relève de la coopération et des échanges économiques ou commerciaux. Nous avons à cœur de profiter des quelques mois qui viennent pour passer à la vitesse supérieure, même si les relations sont déjà très bonnes et très intenses sur un certain nombre de dossiers, notamment en matière de coopération éducative où nous avons des projets en cours.

Le président Sarkozy, dans son entretien avec certains organes de presse tunisiens, a évoqué l’idée d’une université tuniso-française. Nous avons également des projets en matière de professionnalisation de la formation. Tout ceci doit être discuté avec des résultats attendus pour la fin de l’année ou le début de l’année prochaine.

Dans le domaine économique également, notre analyse, c’est que nous devons aller plus loin dans la consolidation des liens entre nos économies et nos entreprises, dans ce qu’on appelle le partenariat gagnant-gagnant. En France il y a des discussions sur ce sujet, mais quand on regarde lucidement ces questions, on voit bien que nous avons davantage à gagner à coopérer qu’à s’ignorer ou se concurrencer. Il y a un certain nombre de secteurs où, à l’évidence, on peut aller plus loin. Cela renvoie naturellement aux perspectives économiques en Tunisie avec les grands projets du XIe plan qui fournissent une trame pour, de manière précise, voir les secteurs où nos entreprises et nos organismes professionnels peuvent coopérer davantage : secteur du transport, terrestre, aérien ou maritime ; secteur de l’énergie, thermique, électro﷓nucléaire ou nouvelles énergies, etc.

Il y a là tout un ensemble qui va nous amener à faire un état des lieux de manière un petit peu plus précise et voir comment, ensemble, nos entreprises peuvent être plus fortes, plus compétitives, avec des transferts de technologies et un véritable partenariat.

Nous avons un accord-cadre de partenariat économique et financier qui a été signé en 2003, à l’occasion de la visite du président Chirac, pour la période 2004﷓2007. Il arrive à échéance cette année et on peut envisager un nouvel accord quadriennal à partir de 2008, sur les quatre dernières années du XIe plan. Il y a là matière à le renouveler et peut-être à lui donner davantage de nouveauté, de tonus, avec une approche qui soit davantage d’objectif, de finalité, que de moyens. Les moyens, c’est bien ; il faut s’assurer qu’ils sont là mais c’est mieux encore que ces moyens soient bien finalisés.

On peut essayer de donner à cet accord une forme un peu plus moderne, plus tournée vers les entrepreneurs, vers l’accompagnement, vers la réponse à des besoins qui ne soient pas seulement des besoins lourds d’infrastructures, auxquels il faut bien sûr répondre. Mais on voit bien aujourd’hui que le dynamisme et l’innovation sont des facteurs importants et il faut que nous approfondissions nos relations là dessus. Ce n’est pas nous qui allons nous substituer aux entreprises mais nous sommes là pour, le cas échéant, montrer la voie et les accompagner.

Un autre point qui a été évoqué, c’est le renforcement de la lutte contre le terrorisme, le banditisme, la drogue, etc. Nous avons tous à faire face aux mêmes menaces d’extrémistes qui ne reculent devant aucun acte pour faire valoir leur point de vue ou leurs intérêts. Là aussi, il y a des formes nouvelles, géographiques, qui se mettent en place et il est normal que notre coopération se renforce dans ce domaine.

Sur la question des grands problèmes internationaux, vous avez vu que la France a pris une série d’initiatives qui visent non à imposer des solutions mais à mettre autour de la même table des personnes qui, autrement, s’ignoreraient. C’est vrai pour le Darfour, c’est vrai pour le Liban. Comme a pu le dire le président de la République dans son interview à la presse tunisienne, il est certain qu’entre la France, l’Europe et la Tunisie il y a les mêmes objectifs de paix, de solidarité et de recherche de solutions aux conflits par la voie du dialogue et des efforts de part et d’autre.

Voilà pour l’aspect bilatéral de la visite. Les deux chefs d’Etat, ont discuté d’une manière très libre, très confiante et constructive, avec l’idée d’avoir des résultats concrets et pas simplement des manifestations d’estime et d’amitié.


Union méditerranéenne

Le deuxième point est celui de l’Union méditerranéenne. Là, le président Sarkozy a voulu prévenir ou dissiper des malentendus possibles.

- Le premier serait que l’Union méditerranéenne soit quelque chose qui sorte tout casqué du cerveau français ou d’un cerveau européen. Ce n’est pas du tout ce que nous voulons. Pour l’heure, le Président présente ses idées ou les fait présenter. Par exemple, son conseiller diplomatique est allé en Turquie pour rencontrer les autorités, présenter le projet et recueillir les réactions ou les suggestions. Très prochainement maintenant, un papier, ou un non-papier, sera mis sur la table avec à la fois les objectifs, les moyens et la méthode. À partir de ce moment là, il y aura une discussion sur ce papier, mais ce n’est pas un papier que l’on envoie comme cela par la poste.

- Le second éclaircissement, c’est que l’Union méditerranéenne est un concept en train d’être forgé. Elle n’est pas dirigée contre l’Europe, contre le Processus de Barcelone, contre ce qui existe comme le Forum méditerranéen ou d’autres enceintes méditerranéennes. L’idée, c’est de constater très honnêtement que le Processus de Barcelone, malgré ses mérites, à déçu ; de voir pourquoi il a déçu, sur quels points, et d’essayer de trouver des formules qui permettent de rebondir en quelque sorte. C’est donc quelque chose qui préserve l’existant mais qui le complète dans la mesure où, s’agissant de la méthode et des points d’application, les choses peuvent être différentes.

- Troisième éclaircissement : certains ont pu estimer que c’était une bonne ou une mauvaise manière faite à la Turquie. L’adhésion en tant que membre à part entière n’étant pas envisagée, ce serait un lot de consolation. D’abord, ce n’est pas un lot de consolation, parce qu’une Union méditerranéenne est quand même une grande et belle idée, d’ailleurs difficile. Et de toutes façons, le président est clair : il y a deux exercices séparés. Il y a d’une part des négociations sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne qui se poursuivent et, d’autre part, un effort de création d’une Union méditerranéenne. C’est un point très clair.

Il y a également une ambition. Bien sûr, on peut toujours être sceptique et dire : "Après tout, il y a tellement de difficultés, pourquoi se lancer dans une telle aventure ?". On peut dire aussi qu’au nord de la Méditerranée les pays seront divisés, entre les Méditerranéens et les autres. On voit bien que les Anglais ou les Allemands accueillent cette idée au mieux avec scepticisme et le plus souvent avec une certaine forme de prévention. Et puis au sud, il y a les problèmes que chacun sait entre l’Algérie et le Maroc. Bon, l’Union méditerranéenne n’est pas une solution miracle mais on peut penser que la mise en contact, le travail sur des dossiers concrets, des solidarités concrètes, permettent d’abaisser les barrières et les préventions qui peuvent exister aussi au Sud. C’est donc une ambition à la fois nécessaire et importante pour le succès de l’Union méditerranéenne.

Voilà pour les éclaircissements. Ensuite, la méthode diplomatique : circulation d’un papier - ou d’un non-papier - une fois que toutes ses discussions auront été menées. Elles se poursuivent : le président Moubarak doit aller, au début du mois prochain à Paris. Ce sera forcément un sujet de discussion avec la Libye aussi, avec l’ensemble des pays concernés.

La proposition du président Sarkozy, c’est qu’au premier semestre 2008, c’est-à-dire avant la présidence française de l’Union européenne qui démarre le 1er juillet 2008, il y ait un sommet, une conférence des chefs d’Etat et de gouvernement dans un pays méditerranéen. À partir des propositions qui auront été faites à ce moment là, à partir des réactions, nous allons tirer des conclusions au niveau de ce sommet et avancer à la fois sur le plan institutionnel et sur des projets concrets. Nous pouvons évoquer à ce stade, mais c’est un sujet de discussion naturellement, l’idée d’avoir une petite structure, un secrétariat qui permette de s’assurer du suivi des actions et des résolutions. Et nous allons mettre en place des programmes, des projets, des moyens. Les grandes lignes directrices de ces projets, à ce stade de notre réflexion, sont au nombre de quatre :

- L’environnement, l’écologie, faire que la Méditerranée qui est notre bien commun, ne soit pas polluée, que soient prises toutes les mesures de prévention et de rectification en cas de pollution, faire en sorte que la Méditerranée soit, du point de vue du développement durable, une mer modèle.

- Deuxième idée, le développement économique de la zone. Le président Sarkozy proposera qu’on examine la possibilité d’une banque méditerranéenne de développement. Vous savez que c’est un sujet qui a été évoqué dans le cadre euroméditerranéen, qui est discuté à propos de la Facilité euroméditerranéenne d’investissement et de partenariat (FEMIP) et qui soulève des questions techniques. Par exemple, est-ce que cette banque va pouvoir se procurer des ressources aussi bon marché que la BEI ? Ces questions techniques sont bien sûr importantes mais elles passent quand même derrière le message politique qui porte sur une institution commune pour la Méditerranée.

- Troisième axe pour des programmes concrets : la Méditerranée, zone de stabilité et de sécurité. Des choses existent : un code de conduite adopté à Barcelone, des coopérations entre services, mais l’idée consiste à mieux organiser la lutte commune contre le terrorisme, le fanatisme, etc. Même chose pour la lutte contre la drogue et la traite des hommes, c’est-à-dire notamment l’immigration illégale. Cela veut donc dire qu’il existe une immigration légale qui doit être mieux organisée, plus ouverte, plus satisfaisante.

- 4ème corbeille, le dialogue des cultures et des civilisations. Faire de cette union un endroit où l’on discute, où l’on échange des points de vue, où l’on s’apprécie mutuellement. Il y a des choses qui se font, bien évidemment. En Tunisie, il existe la chaire sur le dialogue des civilisations ; des ateliers culturels se sont tenus à Paris, à Séville et vont se tenir à Alexandrie mais il s’agit d’avoir un endroit où l’on discute d’un certain nombre de valeurs, de comportements dans un esprit d’entente et de rapprochement.

A ce stade encore, tout ceci évolue. Le projet n’était pas la même chose avant-hier et ne sera peut être pas la même chose dans quinze jours ou trois semaines, en fonction des idées des uns et des autres. Nous avons déjà, s’agissant des Italiens et des Espagnols, enregistré des réactions positives. Les Espagnols ont même commencé à réfléchir à des propositions.

C’est quelque chose qui est en devenir et auquel le président Sarkozy croit beaucoup. Il n’ignore pas les difficultés, mais, justement parce que c’est difficile et que c’est indispensable, il faut essayer de la faire et en tout cas lancer des initiatives et rassembler des personnes autour de cette idée.

Je dois dire, et ce n’est pas une surprise compte tenu des messages qui ont été échangés entre les deux chefs d’état, que l’accueil réservé à cette idée par le présidant Ben Ali est un accueil extrêmement positif et tout à fait encourageant. À la fois sur le plan général comme dans le souci d’obtenir des retombées concrètes, qu’il ne s’agisse pas seulement de manifestations diplomatiques, mais qu’il y ait des programmes, des solidarités concrètes. C’est une entreprise de longue haleine. Prenez l’UE, on a commencé par le charbon et l’acier pour aller très loin dans l’échange et la construction d’un espace homogène. C’est donc quelque chose qu’il faut voir sur dix-quinze ans et plus en termes d’ambitions et en commençant tout de suite.

Voilà le deuxième grand sujet tel qu’il a été discuté entre les deux chefs d’Etat et nous attendons la suite : la préparation de la visite d’État, la visite d’État et, probablement quelque part au cours du premier semestre 2008, cette conférence ou ce sommet des chefs d’Etat et de gouvernement qui validera le concept d’Union méditerranéenne. C’est une belle idée que tout le monde ou presque trouve séduisante et qui réaffirme la priorité, pour la France et pour les pays européens méridionaux, de la relation avec la rive sud.


Questions et réponses

Question : (sur le lieu de la conférence ou du Sommet)

Pour l’heure, le lieu n’est pas fixé. Cela peut être un pays du Nord comme un pays du Sud. Ce sont les chefs d’Etat et de gouvernement qui décideront du lieu pendant la phase de préparation. Le principe, ce n’est pas seulement d’avoir un sommet fondateur et après on ne se revoit plus. L’idée, c’est d’établir une alternance entre le Nord et le Sud.

Question : Quelle est l’ambition de cette UM ? Est-ce un processus de Barcelone renforcé ? Est-ce le modèle de la construction de l’Union européenne ou est-ce un nouveau concept ? Quelle est, si vous voulez l’ambition du président Sarkozy ?

Il est clair qu’il y a quelque part le souvenir de la création de l’Union européenne. Parce que nous sommes partis d’une situation où la guerre avait laissé des traces profondes, on voulait éviter ce qui s’était passé après la première guerre mondiale et l’idée, grâce à des hommes comme Jean Monnet, était de créer ces fameuses solidarités concrètes.

L’idée c’est d’apprendre à mieux traiter les choses qui existent. Ce n’est pas de la création ex nihilo. Il s’agit d’apprendre à mieux traiter les vrais problèmes d’aujourd’hui. Et puis, comme cela s’est passé avec l’UE, les préventions tombent, avec la relève des générations et peut-être que dans 15 ou 20 ans, nous arriverons à une situation où nous aurons un Conseil des pays méditerranéens. Bien sûr, chacun conserve son identité mais on discute et on arrive à un compromis.

C’est donc pour cela que le président Sarkozy souhaite que l’on ait une approche concrète.

Question : Est-ce qu’à terme on peut imaginer un Shengen méditerranéen ? Est-ce que cela fait partie de la philosophie de l’Union méditerranéenne ? Ou s’agit-il d’une union d’un autre niveau ?

Je crois qu’à ce stade, il ne faut s’interdire aucune ambition. Regardons l’Union européenne : les trois libertés de circulation - les produits, les capitaux et les hommes - se sont mises progressivement en place. La liberté de circulation des capitaux était un principe mais il a fallu des dizaines d’années - l’UE existant depuis 50 ans - pour que les barrières nationales tombent.

Question : Je me demande comment le président Sarkozy conçoit cet espace euroméditerranéen sans programme réel contre la montée des extrémismes et le terrorisme ?

Sur la lutte contre le terrorisme, nous sommes pour un renforcement de la collaboration entre les pays et les services parce que le terrorisme est une multinationale et qu’il faut donc coopérer.

D’autre part, l’un des grands axes de l’action de l’Union européenne, c’est le développement. Cela a toujours été la position française et c’est la position du président Sarkozy. Il faut couper les racines du terrorisme et, au moins, celles de la pauvreté, de la misère et de la frustration. D’où l’idée d’avoir une zone de développement et une Banque méditerranéenne de développement qui réponde aux besoins des populations pour que celle-ci ne verse pas dans l’extrémisme. On ne peut donc pas dire qu’il n’y a pas de politique dans ce domaine.

Question : Je pense que cette union répond à l’appel du président Ben Ali lancé dans les années 90 mais il est dommage qu’il ait fallu attendre plus de dix ans pour que la voix de la Tunisie trouve enfin écho. Par ailleurs, que fait concrètement la France pour privilégier la Tunisie qui a souvent vu juste, pour renforcer la coopération bilatérale mais surtout au niveau régional ?

Au plan bilatéral, la Tunisie est un des partenaires essentiels de la France. Le principal emprunteur auprès de l’Agence française de développement qui, vous le savez, prête à des conditions douces, c’est la Tunisie ! L’année dernière, en 2006, ce sont plus de 170 millions d’euros, à peu près 300 millions de dinars, qui ont été prêtés ou donnés par la seule AFD à la Tunisie. C’est la même chose avec les autres instruments.

Nous sommes très satisfaits de la coopération avec la Tunisie qui est un bon partenaire. Nous savons que les projets sont sérieux, que l’argent est bien dépensé et qu’il y a des résultats. C’est pourquoi nous n’avons pas de problèmes pour mobiliser des concours.

S’agissant du volet européen, il y a deux aspects : MEDA, c’est-à-dire les dons apportés par la Commission européenne, et les prêts avec la Facilité euroméditerranéenne de partenariat (FEMIP). Nous sommes 27 mais la France a veillé à ce que, dans la répartition des ressources affectées aux financements extérieurs de l’Union européenne, la zone euroméditerranéenne ne soit pas pénalisée. Elle a défendu l’idée qu’au moins deux tiers des ressources devaient aller à cette zone et un tiers aux pays est-européens. Ceci a été respecté.

Pour la FEMIP, nous avons également milité et obtenu gain de cause pour qu’il y ait un renforcement des moyens et la Tunisie, justement parce que c’est un bon partenaire, a été largement en avance sur les autres pays de la zone MEDA. Mais à un certain moment, une sorte d’égalisation intervient et ceux qui, comme la Tunisie, ont pris de l’avance, estiment qu’ils n’obtiennent pas ce qu’il faudrait.

Il y a donc à la fois une enveloppe pour la période 2007-2013, ce qu’on appelle les perspectives budgétaires, et un mécanisme de décision à 27. Cela peut évoluer mais la franchise oblige à dire qu’il sera difficile, dans les toutes prochaines années, de faire évoluer les choses autrement qu’à la marge. Il y a en effet "le gâteau et 27 mains sur la pelle à tarte" pour le découper mais il existe pas mal de possibilités pour la Tunisie, que ce soit au niveau de la coopération régionale, de la coopération frontalière, de la coopération en direction de l’Afrique sub-saharienne ou de la participation à un certain nombre d’agences de l’Union européenne.

Nous, nous sommes naturellement très favorables à ce partenariat élargi mais la décision est partagée.

Question : Sur la question de la Banque euroméditerranéenne, le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, M. Joaquim Almunia, a fait comprendre l’année dernière à Tunis, à l’occasion de la conférence de la FEMIP, que la création d’une banque allait générer un coût qui allait se répercuter sur le crédit. Comment mettre en place cette banque sans que cela coûte plus cher ?

Il faut effectivement que le coût des ressources ne soit pas alourdi pour que l’instrument soit pleinement efficace. Il faut laisser aux financiers le soin de trouver la solution à ce problème. On peut imaginer que les ressources soient effectivement apportées par la BEI. Il y aura forcément un petit coût d’intermédiation mais rapporté au volume de prêts, ce coût peut être léger. Il peut aussi y avoir d’autres formules. C’est un problème qui est soluble.

Question : Je voudrais savoir si les questions d’ordre proprement politique ont été évoquées pendant cette rencontre entre les deux présidents. Est-ce que le président Sarkozy a parlé par exemple de la situation des libertés et des droits de l’homme en Tunisie ? À propos de l’Union méditerranéenne, est-ce qu’elle n’aurait pas une dimension proprement politique, outre les quatre dimensions que vous avez évoquées, puisque tout le monde s’accorde à dire que l’UE a réussi parce que c’est une union d’États démocratiques ?

Les deux chefs d’État ont parlé de tout. Il n’y a pas de tabous, pas d’interdits. Le président Sarkozy a évoqué son mandat avec le président Ben Ali. Il a parlé des défis qu’il devait relever en tant que président arrivant à la tête de l’État français. Le président Ben Ali a évoqué aussi la situation de son pays. Les questions de démocratie et de droits de l’homme ont été traitées dans ce cadre. Il a été question des difficultés, des défis, des ambitions et des progrès déjà accomplis ou qui restent à accomplir dans ce domaine. C’était une conversation entre personnes qui s’estiment et qui se respectent, ce qui favorise le dialogue.

Pour l’Union méditerranéenne, il n’y a pas de préalable de ce type. Nous pensons que c’est le mouvement qui crée le changement. Il y a des choses qui apparaissent difficiles aujourd’hui et qui le deviennent moins lorsqu’on partage les mêmes objectifs et la même méthode.

Dernière modification : 19/04/2010

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