Conférence de presse de M. Dominique Bussereau

Conférence de presse de M. Dominique Bussereau,
Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables, chargé des Transports.
(Tunis, le 2 novembre 2007)


Mesdames, Messieurs, merci de votre présence.

En tant que membre du gouvernement français en charge des transports dans le cadre de notre nouveau grand ministère qui s’appelle le MEDAD, ministère de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables, j’ai répondu à une invitation de mon collègue tunisien, M. Zouari, pour venir faire le point sur la coopération franco-tunisienne dans le domaine des transports. C’est d’ailleurs une coopération qui est riche en événements puisque j’avais reçu M. Zouari à Paris au mois de juin, à l’occasion du Salon aéronautique du Bourget et que mon prédécesseur, Dominique Perben, était venu, je crois, en février de cette année, rencontrer également M. Zouari.

Les autorités tunisiennes m’avaient préparé un programme de travail très riche, alternant des rencontres politiques et des visites de terrain : visite de l’usine de production pour l’aéronautique Latécoère, visite des métros et des nouvelles rames Citadis produites par la société française Alstom, visite de la gare de Tunis et de son centre de commande. En dehors des rencontres officielles, j’ai donc été heureux de pouvoir constater sur le terrain les efforts importants de la Tunisie en matière de politique des transports.

Les relations franco-tunisiennes dans le domaine des transports sont très riches et naturellement d’autant plus importantes que, dans le cadre du XIème plan, les projets tunisiens sont très importants. Au travers des entretiens avec mon collègue, M. Zouari, et avec Monsieur le Premier ministre, j’ai pu constater que nous avions des préoccupations communes en matière de transport et de développement durable. Vous savez qu’une bonne politique de transport est aussi une bonne politique au service du développement durable.

J’étais accompagné d’un certain nombre de chefs d’entreprises français ou de responsables économiques français dans le domaine du transport, dont M. Mongin, le président de la Régie autonome des transports parisiens, la RATP, qui transporte chaque jour dix millions de Franciliens, ainsi que des représentants de Réseau ferré de France et d’Airbus.

M. Zouari m’a présenté les projets de la Tunisie, des projets très impressionnants en matière de développement des chemins de fer, qui sont une priorité dans votre XIème plan, de développement des transports urbains, outre un projet d’aéroport et un projet de port en eau profonde. Nous pourrons en reparler si vous le souhaitez.

Nous avons paraphé avec le secrétaire d’État en charge des Affaires européennes au ministère des Affaires étrangères un protocole financier pour que TRANSTU commande neuf rames Citadis supplémentaires. Vous savez que ce tram de fabrication française, très facile d’accès puisqu’il se caractérise par un plancher plat, en est à son millième exemplaire. D’ailleurs le Directeur général d’Alstom est venu en Tunisie la semaine dernière pour fêter le millième Citadis qui est entré en service dans l’agglomération de Tunis.

Un accord-cadre a également été signé entre TRANSFER et Réseau ferré de France, l’établissement public qui gère les infrastructures ferroviaires en France – vous savez que nous avons distingué la SNCF, qui gère le réseau ferroviaire, et la société qui gère les infrastructures – pour des études sur le futur réseau régional de Tunis, le RFR qui est un projet très important.

Parallèlement à mes entretiens, le président de la RATP Pierre Mongin a rencontré le président de TRANSTU, ce qui devrait pouvoir déboucher sur un accord de coopération d’ici à quelques mois. Les deux présidents ont aussi convenu de tenir un séminaire de leurs équipes de direction pour échanger sur tous les domaines du transport. Ce séminaire est prévu pour le début de l’année 2008 et pourrait se tenir à Paris.

Nous avons naturellement évoqué en matière économique les projets tunisiens auxquels les industriels français et européens sont très désireux d’apporter leur savoir faire et leurs connaissances, comme le renouvellement des flottes des compagnies tunisiennes que nous avons envisagé dans un cadre plus large qui est celui des relations entre nos industries aéronautiques. Les entreprises du GITAS (Groupement des industries tunisiennes aéronautiques et spaciales), parmi lesquelles on trouve Latécoère, sont tout à fait disposées à aider à la création d’un pôle aéronautique industriel en Tunisie.

Nous avons également évoqué les projets maritimes et nous sommes convenus d’approfondir l’idée de créer un centre de formation maritime car vous savez que le transport maritime se développe considérablement aujourd’hui, dans le monde entier, mais qu’il y a un déficit d’officiers, de maistrance et de marins. Nous avons pensé qu’un tel centre, s’il voyait le jour, pourrait avoir une véritable vocation régionale, au delà même de la Tunisie.

Ce que nous avons également dit, avec le Premier ministre et avec M. Zouari, c’est que tous ces projets très concrets, très ambitieux, entrent tout à fait dans le cadre de ce que le président de la République française Nicolas Sarkozy a formulé la semaine dernière à Tanger – j’étais à ses côtés à ce moment-là – c’est-à-dire le voeu de constituer une Union méditerranéenne. Cette Union méditerranéenne a besoin de projets concrets et les transports pourraient dans ce cadre représenter un sujet de coopération très important.

Voilà les grandes lignes à la fois générales et politiques de coopération économique, industrielle et interministérielle que nous avons abordées dans un climat extrêmement amical, comme le sont toujours les relations entre la Tunisie et la France.

Je précise que notre ambassadeur, qui est à mes côtés, ne chôme pas puisque je suis le quatrième membre du gouvernement français, en l’espace d’une semaine, à venir en Tunisie. Aujourd’hui même, M. Hortefeux participait à une manifestation du RCD (Rassemblement constitutionnel démocratique) et il a rencontré un grand nombre de membres du gouvernement ainsi que le Premier ministre. La semaine dernière, mon successeur au ministère de l’Agriculture, M. Barnier, était présent ainsi que le ministre en charge des Anciens combattants et du souvenir. Pas moins de quatre visites ministérielles en une semaine, ce qui prouve bien la qualité de nos relations et notre volonté – celle du gouvernement et du président Sarkozy – de les approfondir. J’ajoute que le président de la République française fera en Tunisie un voyage d’État en février et que les sujets liés aux transports seront importants, comme ils l’ont été la semaine dernière chez vos voisins marocains, à l’occasion du voyage d’État du président Sarkozy.

J’ai essayé d’être le plus synthétique possible et je suis à votre disposition pour répondre aux questions que vous souhaiteriez poser.

Question : Je constate que les opérateurs économiques français ont marqué le pas ces derniers temps au niveau de l’investissement dans les grands chantiers tunisiens. Mon dernier souvenir en date est la privatisation partielle de Tunisie télécom. Est-ce que cette nouvelle offensive qui précède la visite en Tunisie de M. Sarkozy participe d’une volonté des investisseurs français d’être plus présents sur le marché tunisien et de participer aux grands chantiers du XIème plan ?

Réponse : Merci de poser cette excellente question. Ce qui me frappe, en tant que ministre des Transports – mais il y a très longtemps que je suis ces questions en tant que parlementaire et en tant qu’enseignant dans le domaine des transports -, c’est que la Tunisie a vraiment de grands projets : développer le réseau ferroviaire et en faire un atout du développement économique de la Tunisie ; les projets aéroportuaires ; le projet très important de port en eau profonde car le transport par conteneurs a quasiment remplacé, en dehors du vrac, tous les autres modes de transport maritime. Tous ces projets concernent des domaines dans lesquels la France est très présente.

Vous savez que, dans le domaine ferroviaire, la France a battu une nouvelle fois le record mondial de vitesse avec le TGV, fabriqué par Alstom. Nous avons actuellement en France un renouveau du tramway qui avait disparu des villes françaises dans les années 60. Il restait quatre lignes de tramway et aujourd’hui, toutes les villes, même des villes moyennes comme Tours, Le Mans ou Angers, construisent des réseaux de tramway. Il est donc vrai qu’il y a une coïncidence entre les grands projets de la Tunisie et des domaines dans lesquels, sans chauvinisme, la France est au niveau de l’excellence.

Le tramway Citadis, pour ne prendre que cet exemple, se déplace non seulement dans les villes françaises mais aussi dans beaucoup de villes européennes et dans le monde entier, y compris en Argentine, sur le continent nord-américain et en Australie.

Sans parler d’Airbus, qui est un produit de l’industrie européenne déjà bien connu, il y a donc coïncidence entre de grands projets en Tunisie et des domaines de l’industrie du transport dans lesquels la France tient un rôle de premier plan. Rappelons d’ailleurs qu’il y a également en France un autre constructeur, Bombardier, dont les usines en France exportent dans le monde entier.

Nous pensons aussi que nous avons un rôle à jouer dans la modernisation de vos lignes ferroviaires à voie métrique, telle la voie vers Sousse et Sfax. Un constructeur français spécialisé dans les trains à voie métrique est en lice. Il vient d’ailleurs de fournir ses nouveaux automoteurs à la Corse qui a aussi un réseau à voie métrique.

Je pense donc qu’il y a une bonne coïncidence entre les projets de la Tunisie et les capacités de la France à y répondre. J’ajoute que les traditions de coopération, les traditions de formation de vos ingénieurs et de vos hauts fonctionnaires dans nos écoles font que cette collaboration se passe toujours d’une manière amicale et exemplaire. Mais nous sommes en concurrence. Il faut donc être les meilleurs, avoir les bons prix, les bons matériels et être capables d’avoir de bons vendeurs parce que la Tunisie a le choix. L’amitié et les liens historiques ne doivent pas nous empêcher d’être avant tout extrêmement compétitifs.

Question : Je représente une agence de presse du Koweït. Monsieur le Ministre, il était question, il y a quelques années, de coopération triangulaire entre les capitaux du Golfe, la technologie occidentale, à savoir française, et les pays émergents comme la Tunisie. Qu’en est-il de cette coopération à l’heure actuelle ?

Réponse : Elle existe puisque parmi les compagnies aériennes qui achètent le plus d’Airbus, il y a les compagnies du Golfe. J’irai prochainement, comme un certain nombre d’autorités tunisiennes, au Salon aéronautique de Dubaï qui va se tenir au mois de novembre. Aujourd’hui, les pays du Golfe sont parmi les plus gros acheteurs de matériel aéronautique mais pas seulement. Il y a aussi des projets de tramway, des projets de métro, etc.

La capacité de coopération triangulaire par rapport à cette politique des transports existe complètement. C’est actuellement dans les États du Golfe, qu’en dehors des projets aéronautiques, il y a les plus grands projets de transport urbain dans le monde et les industries françaises sont très présentes également. Toujours dans le cadre de la concurrence.

L’Ambassadeur de France : Je précise que dans la discussion entre les deux ministres, l’idée que la Régie autonome des transports parisiens, la RATP qui transporte dix millions de personnes par jour, et TRANSTU interviennent ensemble dans des pays tiers a été évoquée et chacune des parties a reconnu l’intérêt d’une approche commune vis-à-vis d’opérations dans un pays tiers.

Dominique Bussereau : Ce qui a été envisagé, comme le rappelle notre Ambassadeur, par TRANSTU et la RATP, pourrait exister pour d’autres modes de transport.

J’ajouterai ceci : j’étais récemment en Chine où je suis allé voir le nouveau port de Shangaï qui est aujourd’hui le 3ème port du monde après Singapour et Hong Kong. Les grandes lignes de l’Asie vers l’Europe et le reste du monde passent par la Méditerranée. Il y a donc certainement pour la Tunisie la possibilité de jouer un rôle de hub dans la redistribution des conteneurs. Ce rôle est souvent joué actuellement par Malte mais le projet tunisien de port en eau profonde pourrait permettre à la Tunisie, comme les Marocains souhaitent le faire avec le port de Tanger Med, de jouer un rôle très important.

Question : Vous avez évoqué la possibilité de la création d’un centre de formation dans le domaine maritime. Pourrait-on avoir plus de détails ?

Réponse : C’est difficile de donner des détails puisqu’on a discuté aujourd’hui du principe. Pour donner un exemple, le premier armateur français qui opère en Méditerranée, la CMA﷓CGM (Compagnie maritime d’affrètement – Compagnie générale maritime) dont le siège social est à Marseille, commande actuellement 65 navires dont des porte-conteneurs pouvant accueillir 13500 à 14000 unités. On voit bien qu’il y a des besoins en personnel maritime, officiers, maîtrise, marins, de grande technicité parce que ce sont de petits équipages sur de très grands navires. Chacun a donc une très grande technicité et nous avons dans le cas de la France un déficit. Nous avons du mal à trouver les officiers, hommes ou femmes, ou la maistrance pour armer des navires.

La mise en commun des moyens de formation pour intéresser à ces métiers des Français mais aussi des Tunisiens et peut-être d’autres pays de la région afin de donner sur ce marché de nouvelles capacités d’encadrement des navires paraît donc une très bonne idée. La pratique en commun de la langue française est naturellement très importante. La langue de travail à bord de ces navires qui ne se manoeuvrent pas comme de petites voitures est très importante.

Je pense donc qu’il y a là un projet et nous allons y travailler avec mon collègue tunisien parce qu’il y a certainement là quelque chose à bâtir ensemble. Je ne peux pas encore vous dire comment mais nous allons essayer de donner un contenu concret à cette idée.

Question : Vous avez parlé d’un partenariat dans l’industrie aéronautique. Là aussi, pourrait﷓on avoir des précisions ?

Réponse : Je voyais tout à l’heure cette usine Latélec à côté de Tunis. C’est tout à fait étonnant de voir qu’elle monte en régime. Il y a actuellement 600 salariés dans cette entreprise et l’idée est de passer à 700 ou 800. Il y a en Tunisie une main d’oeuvre extrêmement formée et de grande qualité grâce aux efforts de formation que fournit votre pays depuis un demi-siècle et il y a vraiment la possibilité pour nos industries de monter en puissance et de produire sur le sol tunisien.

Nous avons vu tout à l’heure des pièces qui sont fabriquées pour l’A320, pour l’A330, pour l’A340 et pour le nouvel avion d’affaires de Dassault. Comme ce sont toutes des séries dont la production augmente, il y a des possibilités d’aller plus loin. Cette entreprise fait du câblage mais demain, elle peut faire plus que du câblage.

Je crois qu’il y a vraiment la possibilité ici d’augmenter cette coopération industrielle, en développant bien ensuite les relations maritimes pour que les produits puissent arriver très vite. C’est un sujet sur lequel j’ai eu le sentiment que les industriels français voulaient monter en puissance. Je crois que cela correspond également au souhait d’EADS (European aeronautic defence and space company) d’avoir de grands sous-traitants de premier rang qui sont des incorporateurs de savoir faire et je crois qu’il y a une place dans l’avenir pour la Tunisie.

Question : Il a été question dans la presse récemment d’un projet qui est peut-être un rêve - je demande votre avis – d’un tunnel entre l’Italie et la Tunisie. Est-ce que vous en avez entendu parler ?

Réponse : Non. Mais vous savez, les projets de tunnels ferroviaires à haut débit existent partout. Ils sont compliqués car nous avons l’expérience du tunnel sous la Manche, entre la France et la Grande﷓Bretagne, dont l’exploitation n’a pas encore trouvé son équilibre et l’entreprise qui le gère a toujours un certain nombre de difficultés.

J’ai entendu parler au Maroc, la semaine dernière, d’un projet entre le nord du Maroc et Gibraltar qui permettrait de relier le futur TGV Marrakech/Tanger au réseau espagnol. Vous savez que l’Espagne est avec la France l’un des pays d’Europe qui construisent le plus de lignes TGV. Nous sommes en train de relier le réseau français et le réseau espagnol, entre Perpignan et Figueras, par un tunnel en voie d’achèvement qui permettra aux TGV de passer entre la France et l’Espagne. On va faire la même chose du côté d’Andail, dans les Pyrénées orientales.

Les projets de TGV intercontinentaux ne sont pas absurdes. Nous venons de tenir en France ce qu’on a appellé le Grenelle de l’environnement, une sorte de grand-messe sur les problèmes de développement économique ou comment rendre le développement économique compatible avec le développement durable ? Comment aller chercher le point de croissance qui manque à un pays comme la France en Europe avec un développement économique respectueux de l’environnement ? On voit bien que le développement de l’aviation dans le monde est formidable mais il y a le problème de l’effet de serre. L’aviation produit du CO² et il y a une réflexion en Europe non plus seulement sur l’aspect des nuisances sonores mais sur la consommation. Même si les avions modernes, Airbus comme Boeing, pour être objectif, consomment nettement moins d’énergie et sont nettement moins bruyants que ne l’étaient leurs prédécesseurs.

Il n’empêche que de plus en plus, sur des trajets compris entre 200 et 1000 km, le train à grande vitesse peut remplacer l’avion. Vous voyez déjà en France qu’avec Paris/Marseille en trois heures, le TGV a pris tout le marché. Il ne reste quasiment plus rien pour le transport aérien. Avec Paris/Londres, à partir du 9 novembre, en 2h15mn, le trafic aérien ne va pas disparaître mais sera considérablement réduit.

Donc, envisager dans un certain nombre d’années des liaisons ferroviaires à grande vitesse entre l’Afrique du Nord et le continent européen n’est pas une idée absurde. Ce n’est pas une idée folle et je pense que ce sont des choses qui se réaliseront un jour, via l’Espagne et via l’Italie. Peut-être d’abord via l’Espagne pour des raisons géographiques.

Vous savez, les chemins de fer allemands ont fait circuler à titre expérimental un train de marchandises chargé de conteneurs entre Berlin et Pékin et le trajet a été beaucoup plus rapide que par la voie maritime. Il y a donc entre l’Europe et l’Asie, alors que le ferroviaire n’existait pas dans le transport de marchandises, des projets économiques portés par des réseaux de chemins de fer européens.

Un ingénieur français qui était un grand visionnaire et qui s’appelait Louis Armand, le père du chemin de fer en France, disait : « Si le chemin de fer survit au XXème siècle, il sera certainement le mode de transport d’avenir au XXIème siècle ». Il n’avait pas tort. Le train a survécu au XXème siècle alors que beaucoup le pensaient condamné, grâce à la grande vitesse. Regardons les États-Unis : il y a dix ou quinze ans, les compagnies ferroviaires étaient toutes en faillite. Aujourd’hui, elles sont parmi les entreprises américaines les plus rentables parce que le transport se fait à l’échelle intercontinentale, du Canada au Mexique, et une grande partie du fret sur le continent nord-américain passe à nouveau en majeure partie par la voie ferroviaire.

Merci beaucoup.

Dernière modification : 19/04/2010

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