Conférence de presse de M. François Fillon

Conférence de presse de M. François Fillon, Premier ministre de la République française
Tunis, le vendredi 24 avril 2009

Je veux vous rendre compte en quelques mots des résultats de la visite que je viens d’effectuer en Tunisie et qui se situait dans le prolongement de la visite du président de la République française il y a un an. Il s’agissait pour moi, avec le Premier ministre tunisien, de faire en sorte que tous les engagements pris à l’occasion de cette visite d’État soient tenus.
Et je vous indique que c’est le cas, puisque nous avons hier signé des accords très importants sur la coopération universitaire, sur la coopération dans le domaine du transport aérien, dans le domaine ferroviaire.

Nous avons signé les accords qui vont permettre d’enclencher la coopération dans le domaine du nucléaire civil, et concrétiser ainsi l’offre faite par la France de partager ses compétences - qui sont parmi les meilleures du monde dans ce domaine - avec la Tunisie pour lui permettre d’accéder à l’énergie nucléaire qui est pour longtemps une énergie qui préserve l’environnement et en même temps qui est une solution au problème de raréfaction des sources d’énergie fossile.

Nous avons signé hier un accord très important pour permettre de clarifier le financement d’une école d’ingénieurs que nous voulons réaliser ensemble, avec le gouvernement tunisien, à Bizerte.

J’ai eu l’occasion, il y a quelques instants, dans le cadre de l’entretien que j’ai eu avec le président Ben Ali, de concrétiser la mise en place d’un accord pour la fourniture de rames de matériel ferroviaire pour le métro de Tunis, pour un montant de 65 millions d’euros.

Enfin, je vous indique que la Tunisie a décidé de demander la livraison anticipée de deux Airbus A320 sur ceux qui avaient été commandés lors de la visite d’avril 2008.

Nous avons évoqué, avec le Premier ministre comme avec le président Ben Ali, la coopération franco-tunisienne pour l’avenir, la coopération franco-tunisienne dans le long terme. Et cette coopération franco-tunisienne s’inscrit pour nous, pour une large part, dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée.

Et cela n’est pas parce que l’Union pour la Méditerranée rencontre des difficultés liées à la situation à la suite de la crise de Gaza, que nous pensons qu’il faut baisser les bras. Nous pensons que l’Union pour la Méditerranée n’est pas un problème mais que c’est une solution et avec le président Ben Ali, ce matin, nous sommes tombés d’accord sur l’idée qu’il fallait poursuivre le processus, mettre en place les comités techniques qui permettent de faire émerger les projets concrets pour que, sur les deux rives de la Méditerranée, on constate que l’Union pour la Méditerranée, ce ne sont pas des problèmes institutionnels, ce ne sont pas seulement des discussions pour savoir où se tiennent les réunions et avec qui, mais ce sont des projets qui profitent d’abord aux peuples. La dépollution, les autoroutes de la mer, le développement de l’énergie solaire, ce sont bien des projets dont ont besoin les deux rives de la Méditerranée.

Enfin, nous avons évoqué la crise économique qui frappe évidemment la Tunisie, comme elle frappe l’ensemble du monde. J’ai indiqué au Premier ministre comme au président Ben Ali que cette crise économique ne conduirait pas le gouvernement français à réduire les financements qu’il apporte aux projets tunisiens, et nous avons également évoqué ensemble la réforme des institutions financières, la réforme de la gouvernance mondiale, la France jouant un rôle de premier plan pour modifier cette gouvernance mondiale et faire en sorte qu’elle soit beaucoup plus ouverte aux pays émergents.

Voilà donc le bilan d’une visite que je juge extrêmement fructueuse. C’est un lieu commun de dire que les relations franco-tunisiennes sont excellentes ; je n’ai donc pas besoin de le dire devant vous. Elles se manifestent à travers l’intensité de la coopération économique, de la coopération culturelle, de la coopération dans le domaine de l’éducation et de la recherche. C’est sur ce terrain déjà excellent que nous allons poursuivre nos efforts pour les développer encore.

Je suis maintenant à votre disposition pour répondre à vos questions.

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Photo Anis Mili

Question : Dans la délégation de personnalités françaises, ministres, parlementaires et chefs d’entreprises, qui vous accompagnent ne figure pas Rama Yade, secrétaire d’État aux Droits de l’Homme. Hier, lors d’un échange très long et dense avec les étudiants tunisiens, vous n’avez pas évoqué ce sujet sensible en Tunisie. Est-ce que, pour autant, vous avez évoqué ou éludé ce sujet avec le président, M. Ben Ali ?

Réponse : D’abord, Rama Yade ne m’accompagne pas dans tous mes déplacements. S’agissant des problèmes de droits de l’Homme, ils se posent à peu près dans tous les pays du monde ; elle serait donc conduite à m’accompagner à chacun de mes déplacements. Je le dis parce que je pense qu’il y a parfois des choix qui sont faits, par les observateurs, de discrimination entre des pays. Je pense en particulier aux pays de la région où les problèmes se posent.

La France a une attitude qui est une attitude bien connue. D’abord, nous ne donnons pas de leçons. Mais en même temps, nous sommes très attentifs à la question du respect des droits de l’Homme. Je pense qu’on demande plus à la Tunisie qu’à d’autres pays de la région, simplement parce qu’elle nous ressemble davantage, parce que la Tunisie a atteint un niveau élevé, par exemple en termes de développement économique et social ou encore, s’agissant de la place qui est faite aux femmes.

La démocratisation, c’est un processus continu. Le président Ben Ali a annoncé la présence d’observateurs internationaux pour les élections de l’automne 2009 ; je veux vous dire que l’Union européenne est prête à y contribuer. Nous avons évoqué ces sujets, nous les évoquons à chaque fois que nous avons l’occasion de nous rencontrer, et nous le faisons dans l’esprit d’améliorer les choses, d’aider chacun à faire un pas vers le progrès et vers l’avenir.

Je pense qu’au fond, le plus utile que nous puissions faire, nous la France, pour aider la Tunisie comme tous les autres pays qui sont confrontés à des difficultés s’agissant des droits de l’Homme, c’est d’encourager le développement économique, d’encourager la formation, d’encourager l’éducation, d’encourager les échanges entre les établissements universitaires, entre les établissements culturels.

Question : Monsieur le Premier ministre, j’ai écouté avec beaucoup d’intérêt votre discours en conclusion du forum UTICA/MEDEF et j’ai relevé une phrase très importante : « nul État ne peut faire cavalier seul ». Chose que la Tunisie a très bien compris, elle a toujours été au rendez-vous de l’Histoire. Premier pays à signer la convention de libre-échange avec l’Europe, présente au sommet 5+5 de Barcelone, signataire des accords de Baal II, active au sein de l’UPM, je crois qu’elle a été un partenaire en matière de bonne gouvernance, de lutte contre le blanchiment d’argent. Malheureusement, à mon humble avis, les résultats enregistrés sont en deçà des attentes, comparés à ce qu’ont obtenu les pays du PECO, par exemple, ou les pays d’Asie nouvellement indépendants, en matière d’investissements directs étrangers.

Réponse : Ce n’est pas une question qui s’adresse au Premier ministre français puisque les investissements français en Tunisie sont comparativement beaucoup plus élevés que ceux que notre pays peut faire dans les pays d’Europe de l’Est ou dans les pays asiatiques. La Tunisie vient au quatrième rang des pays dans lesquels la France investit et c’est pour nous un choix qui est un choix historique, mais en même temps, qui correspond à notre vision du monde.

J’ai indiqué tout à l’heure que nous nous battons avec le président Sarkozy pour défendre le multilatéralisme, pour défendre un monde qui soit plus équilibré. Mais pour que le monde soit plus équilibré et que ce multilatéralisme s’exprime, il faut des pôles forts. Nous avons créé, après la Seconde guerre mondiale, un pôle très fort en Europe, qui d’ailleurs s’est étendu aux pays d’Europe de l’Est, après la chute du rideau de fer.

Il faut maintenant que se crée ce pôle au Maghreb, sur les rives de la Méditerranée, qui va donner à cette région méditerranéenne une force dans son expression internationale.

Si la France a fait ce choix de défendre, de promouvoir l’idée européenne, alors que notre pays est un grand pays, qui est fier et qui a longtemps pensé qu’il n’avait besoin de personne pour faire entendre sa voix et pour s’exprimer, c’est parce que nous nous sommes rendu compte que dans le monde nouveau qui était en train de se construire, la voix de la France serait mieux entendue si elle était adossée aux autres grands pays européens. C’est exactement la même démarche que doivent conduire les pays riverains de la Méditerranée, et c’est pour les y aider que la France a proposé ce projet d’Union pour la Méditerranée.

C’est pour nous une conviction extrêmement forte : l’avenir du monde, c’est le multilatéralisme. Le multilatéralisme repose sur de grands ensembles régionaux, cohérents, qui se dotent se politiques communes, de règles communes et qui peuvent peser sur l’avenir du monde.

En tout cas, soyez rassurés s’agissant de la France, elle continuera à investir fortement en Tunisie parce que c’est une stratégie commune de développement. En investissant en Tunisie, nous pensons que nous constituons un ensemble économique qui est capable de mieux résister à la concurrence très vive, par exemple, des blocs asiatiques.

Question : Monsieur le Premier ministre, l’Égypte, qui co-préside l’Union pour la Méditerranée, a lancé ce matin une sévère mise en garde à l’Iran concernant le danger de sa politique dans la région. Est-ce que vous, Premier ministre de la France, considérez que l’Iran est une menace pour la région de la Méditerranée ?

Réponse : Madame, vous connaissez bien la position de la France dans ce domaine. Nous sommes très inquiets des politiques qui sont conduites en Iran, notamment s’agissant de la volonté de l’Iran de se doter d’une arme nucléaire. Nous avons exprimé cette position avec la plus grande netteté, avec la plus grande force. Nous avons indiqué à la communauté internationale que nous étions favorables au renforcement des sanctions à l’égard de l’Iran si l’Iran persévérait dans cet objectif de se doter d’une arme nucléaire.

Et en même temps, nous disons que le moment est venu d’engager le dialogue avec l’Iran. Nous voulons parler avec l’Iran parce que nous pensons que c’est une impasse que de refuser de dialoguer avec un si grand pays qui joue un rôle si important dans cette région et, d’une façon plus générale, dans les grands équilibres du monde, mais nous disons à l’Iran que cette discussion doit s’engager sans tarder parce que sinon nous serons conduits à renforcer les sanctions.

C’est une position qui, aujourd’hui, est rejointe par l’administration américaine qui s’est exprimée à peu près dans les mêmes termes et j’espère que, malgré les propos encore irresponsables du président iranien à Genève, cette discussion va pouvoir s’engager avec un gouvernement iranien qui a derrière lui un grand peuple pour lequel nous avons beaucoup de respect et qui doit jouer un rôle important dans le monde.

Question : Dans le cadre d’une éventuelle coopération tuniso-française en matière de technologie nucléaire, il semblerait, Monsieur le Premier ministre, que la technologie nucléaire française soit en compétition avec plusieurs offres, dont celle du Canada. Quelles-sont vos chances réelles par rapport à une technologie nucléaire canadienne qui se dit écologique par excellence ?
Deuxième question : l’un des effets de la crise financière et économique internationale sont les mesures prises par votre gouvernement en vue de décourager en quelque sorte la délocalisation. En quoi la France peut-elle réellement aider l’économie tunisienne dans cette conjoncture difficile ?

Réponse : Je commence par répondre à la deuxième question. Luc Chatel disait, il y a quelques instants, qu’il y a une entreprise française qui s’installe en Tunisie tous les cinq jours. Donc, franchement, pour un pays fermé qui retient ses entreprises, vous conviendrez qu’on peut faire mieux. Nous ne sommes pas un pays fermé, j’ai dit tout à l’heure à l’occasion du forum combien le protectionnisme et le repli sur soi viendraient aggraver la crise mondiale que nous connaissons.

Simplement, comme tous les pays qui sont confrontés aujourd’hui à une crise d’une extrême brutalité, nous essayons de faire en sorte de préserver notre tissu stratégique. Nous ne voulons pas laisser partir des pans entiers de notre industrie qui disparaîtraient à tout jamais avec le savoir-faire qui va avec.

Donc, oui à des implantations industrielles françaises en Tunisie et dans le reste du monde ; non à la disparition du secteur automobile, à la disparition de toute compétence dans des domaines qui sont des domaines stratégiques.

Il y a quelques années, on pensait ; les experts, les économistes nous expliquaient qu’au fond l’industrie, c’était fini pour les pays développés et qu’il fallait tout concentrer sur les services. On voit aujourd’hui ce que cela donne. Il n’y a pas d’économie équilibrée sans industrie. Il faut des industries et des services. Donc, nous avons dit en particulier à notre industrie automobile, à nos constructeurs automobiles, qui nous ont sollicités pour des prêts très importants pour leur permettre de passer cette crise, que nous souhaitions qu’il y ait un équilibre respecté entre les fabrications en France, les implantations en France et la poursuite de leur délocalisation, c’est-à-dire en réalité de leurs investissements dans les pays étrangers.

Sur le premier sujet, je n’ai aucune inquiétude sur la compétitivité de l’offre française en matière nucléaire. Je voudrais d’abord vous faire remarquer que nous sommes le pays au monde qui a le plus investi dans cette technologie, nous sommes le pays au monde, aujourd’hui, où la part de production électrique d’origine nucléaire est la plus importante, nous sommes un pays dans lequel la sécurité est à un niveau maximal puisque l’ensemble de notre parc fonctionne dans des conditions qui sont absolument exemplaires.

Enfin, nous sommes aujourd’hui le pays qui est le plus avancé dans la mise en œuvre des nouveaux réacteurs de génération future puisque nous ne nous contentons pas de parler de réacteurs de nouvelle génération : nous sommes en train de les construire. La France construit en ce moment un réacteur de nouvelle génération en France, qui est en cours de réalisation, un deuxième en Finlande, et nous avons décidé de lancer le troisième sur le territoire français dans les prochaines années.

C’est dire si nous sommes confiants dans notre technologie, dans nos capacités et si nous sommes prêts à en faire profiter la Tunisie. Je pense que le partenariat que nous allons établir avec la Tunisie n’est pas seulement un partenariat commercial. Le nucléaire, ce n’est pas n’importe quel produit. On ne vend pas des centrales nucléaires comme on vend des voitures ou des usines de dessalement de l’eau de mer. Vendre des centrales nucléaires, c’est en réalité conclure un partenariat d’État à État, un partenariat extrêmement profond pour permettre à la Tunisie d’acquérir les compétences nécessaires, de développer l’expertise dont elle a besoin dans le domaine technologique, dans le domaine de la sécurité. C’est vraiment un partenariat que nous sommes en train d’engager pour les cinquante prochaines années. Naturellement, le meilleur gagnera dans cette compétition mais je suis convaincu que la France est extrêmement bien placée pour remporter cette coopération.

Question : De l’avis général, experts et politiques confondus, la réussite de l’Union pour la Méditerranée restera essentiellement tributaire de la réalisation de ce que l’on appelle les GPF, les grands projets fédérateurs qui, vous en convenez, Monsieur le Premier ministre, nécessiteront d’énormes investissements. L’actuelle crise mondiale ne constitue-t-elle pas un frein à cette démarche ? Comment voyez-vous une UPM réellement réalisable et productive à court ou moyen terme, dans un tel contexte de crises au pluriel ?

Réponse : Je ne partage pas ce sentiment. Je pense que la crise n’est en rien un frein à la mise en œuvre des projets de l’UPM, au contraire. Je pense que c’est justement dans la crise qu’il faut investir. C’est d’ailleurs ce que fait le gouvernement français en axant toute sa relance sur l’investissement. C’est ce que font d’ailleurs la plupart des autres gouvernements européens, et je ne crois pas du tout que la difficulté aujourd’hui soit liée à la crise. Je pense que la difficulté est liée à la situation dans la région et aux suites de ce qui s’est passé à Gaza. Il est compréhensible que le dialogue soit difficile à renouer entre les différents pays riverains de la Méditerranée mais c’est pourtant là qu’il faut faire porter tous nos efforts.

Pour le reste, je vous le dis, nous ne diminuerons pas nos efforts en matière d’investissement ; l’Europe ne diminuera pas ses efforts en matière d’investissement à l’égard du Bassin méditerranéen. Nous avons même décidé d’augmenter les nôtres, d’augmenter la part des crédits que nous consacrons à soutenir les entreprises françaises qui exportent, en particulier vers la Tunisie et vers les pays du Bassin méditerranéen.

Il faut vraiment se servir de cette crise comme d’un levier pour faire accoucher ce projet d’Union pour la Méditerranée qui est si important pour l’avenir de la région, pour l’avenir de l’Europe comme pour l’avenir de la région. Mais je crois qu’il faut concentrer nos efforts sur la question liée aux suites de Gaza. C’est-à-dire, d’un côté, faire une pression maximale - ce que fait le gouvernement français - sur Israël, pour qu’il y ait des changements très importants qui soient enclenchés et qu’en particulier on mette en œuvre une diplomatie qui permette d’aboutir à ce résultat que tout le monde attend et sur lequel, au fond, tout le monde est d’accord, qui est celui de la création d’un État palestinien souverain, viable économiquement. C’est la seule façon de sortir de cette crise et c’est dans cette direction que nous, nous allons consacrer tous nos efforts, à la fois pour régler cette question palestinienne, mais en même temps pour faire en sorte qu’elle n’empêche pas la réalisation de l’UPM qui est si importante pour l’avenir de la région.

Je vous remercie beaucoup, Mesdames et Messieurs.

Dernière modification : 24/03/2011

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