Conférence de presse de M. François Loos

Conférence de presse conjointe de M. François Loos, Ministre délégué à l’Industrie, et de M. Afif Chelbi, Ministre tunisien de l’Industrie, de l’Énergie et des PME.
Propos du ministre français et des signataires des accords
(Tunis, le 12 janvier 2007)

Q : Ma première question concerne les relations bilatérales. Est-ce que cette visite qui entre dans une dynamique des relations tuniso-françaises prépare d’autres étapes plus importantes ?
Ma deuxième question porte sur les menaces proférées récemment par le GSPC à l’endroit de la France qui ont été, selon mes informations, prises au sérieux par le gouvernement français. Est-ce que vous pouvez nous donner des éclaircissements et est-ce que vous avez eu des concertations avec vos partenaires à ce sujet ?

R : Vous avez posé une première question sur le cadre dans lequel s’inscrit cette visite. En fait, il y a huit mois, le Premier ministre Ghannouchi était venu en France et j’avais eu l’occasion de signer avec mon homologue Afif Chelbi un accord-cadre de coopération dans les matières industrielles. Nous avons mis en œuvre toutes les parties de cet accord-cadre et nous concrétisons aujourd’hui la partie qui concerne le rapprochement de nos pôles de compétitivité avec les technopôles, ou techno-parcs, tunisiens et celui entre centres techniques industriels français et tunisiens.

Cette rencontre d’aujourd’hui est donc la concrétisation de l’accord-cadre passé il y a huit mois. Il y en eu d’autres puisque nous avions dans l’accord-cadre d’autres sujet mais je me réjouis de cette concrétisation parce qu’elle est très importante vu la qualité des pôles et des centres techniques qui s’engagent à mettre en place une collaboration approfondie qui peut porter à la fois sur la formation, le développement de nouveaux produits et les échanges de projets. C’est une façon directe d’aider le développement économique dans les deux pays.

Concernant la deuxième question, je n’ai pas de réponse à faire. Bien évidemment, toute menace est prise au sérieux.

Q : Ma question est plutôt spécialisée dans le domaine de l’énergie. Quel est l’état actuel de la coopération entre la France et la Tunisie en matière d’énergie. Y aura-t-il prochainement des contrats de coopération dans ce domaine ?

R : Effectivement, beaucoup d’entreprises françaises sont impliquées dans les différents aspects de la politique énergétique en Tunisie et vous y retrouvez aussi bien Alstom qu’AREVA ou le pétrolier Total et j’en oublie probablement. Il y a dans les différents aspects de l’énergie des entreprises françaises qui sont présentes et souhaitent participer aux projets. Ceci est tout à fait naturel.

Concernant ce que nous souhaitons dans le domaine des économies d’énergie, il y a aussi, en application de notre accord-cadre, un accord permettant aux agences d’économie de nos deux pays - la nôtre s’appelle l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) et la vôtre s’appelle l’ANME (Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie) - de collaborer sur le développement d’une politique d’économie d’énergie qui est indispensable chez tout le monde. Nous avons aussi une coopération entre le CEA (Commissariat à l’énergie atomique) et le Centre tunisien de l’énergie nucléaire. Nous travaillons ensemble sur toutes les questions énergétiques.

Nous sommes évidemment dans le projet de réseau euro-méditerranéen électrique. Nous nous intéressons à tout ce qui peut faire circuler vers l’Europe du gaz ou de l’électricité. Par conséquent, nos entreprises s’intéressent à cela.

L’Agence française de développement finance également des projets dans tous ces domaines.

Q : Monsieur le Ministre, avez-vous défini des termes pratiques pour la mise en œuvre des accords que vous venez de signer ?

R : Je vous propose de donner la parole aux signataires qui vont vous dire ce qu’ils ont signé :



M. Kamel Belkahia, Président directeur général de la société de gestion du pôle de compétitivité de Bizerte :

Nous avons signé avec Q@limed et Agroparc-Avignon. Nous avons bien sûr d’abord discuté avant de signer ces accords et dans les accords nous avons des axes de coopération qui sont très clairs. Par exemple, pour Q@limed, c’est la veille technologique et la formation universitaire et professionnelle et pour Agroparc-Avignon, c’est le transfert de technologie technologique.

Bien sûr, nous allons avoir un dynamisme qui va actionner des accords qui resteront à financer pour mettre en place, dans une première phase un technopôle de services et dans une deuxième phase le technopôle proprement dit avec ses trois fonctions qui sont la formation, la recherche et la production.


M. Paul Gérard Schoch, Président délégué du technopôle régional d’Avignon "Agroparc" :

Je veux bien expliciter ce qu’est un centre régional d’innovation et de transfert technologique. La particularité du site d’Avignon, si vous voulez, ce n’est pas de dire aux industriels : « voilà ce qu’il faut faire ! » parce que vous avez toujours du mal à convaincre quelqu’un de faire quelque chose quand il n’en a pas envie. Le problème, c’est donc de recenser les besoins des industriels de l’agroalimentaire et leurs problèmes, et après, éventuellement, de cibler les réseaux en disant : « j’ai une solution » ou « je peux trouver une solution dans la littérature (spécialisée) » ou même : « il faut monter un projet de recherche ». Et là, nous avons des centres de recherche sur Agroparc d’Avignon pour résoudre quelques problèmes.

Vous faites cela avec un industriel et puis après... Je citerai une anecdote qui plait beaucoup : comment faire boire un âne qui n’a pas soif ? Et bien j’ai une solution. Vous prenez un âne qui a soif, vous le faîtes boire, l’autre âne boit immédiatement.


M. Vollaire, Directeur de ARD et membre du conseil d’administration du pôle de compétitivité mondial "Solutions communicantes sécurisées, SCS" :

Je voudrais dire un petit mot sur la coopération avec le pôle SCS. La dynamique des pôles, en compétitivité, c’est de mettre en relation des acteurs pour monter des projets d’innovation. Nous le faisons déjà au niveau de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et nous allons intégrer à très court terme des acteurs tunisiens dans des projets.

Nous avons pu visiter ce matin, avec Monsieur le Ministre, des entreprises françaises comme "Alcatel" et "ST Microelectronics" qui sont présentes ici mais aussi des entreprises tunisiennes comme "Telnet", qui est très performante et pour laquelle des idées de coopération sont déjà là. Nous allons donc accélérer pour intégrer ces entreprises dans des projets d’innovation à très court terme.


M. Gleizes, Président du pôle Q@limed - Agropolis Montpellier :

Un petit mot complémentaire pour Q@limed agroalimentaire-Montpellier. Au delà de l’identité de nos projets qui tournent autour de l’agroalimentaire, nous rencontrons les mêmes problèmes, par exemple pour la sélection des espèces végétales résistant à la sécheresse. Autour de ces sujets qui sont très pratiques, très industriels, et quelque part inscrits dans une réflexion de développement local, notre souci c’est, bien au delà de la formation, d’enclencher une réflexion croisée qui amène du concret.

Je crois que là, nous avons tous des axes nutrition/santé. Nous avons un vrai réseau de pôles, sur Montpellier qui est très ouvert : l’INRA (Institut national de recherche agronomique), le CIRAD (Centre international de recherche agronomique pour le développement), Agropolis. Et je pense que des relations vont être très rapidement développées.

Simplement, une image très pratique pour répondre en partie à la question. Nous avons prévu des correspondants, autrement dit des échanges physiques de personnes qui vont siéger à nos bureaux respectifs dans nos pôles de compétitivité. Je crois que cela passe aussi par là parce que c’est une construction qui est d’abord humaine.


M. Vollaire, Directeur ARD du pôle SCS :

Encore un petit mot pour dire que ces dynamiques de pôles de compétitivité nous amènent évidemment à nouer des relations autour de la Méditerranée et même un petit peu plus loin. Monsieur le Ministre le disait ce matin puisque nous avons un pôle de compétitivité lillois, qui est donc du nord de la France, qui déjà s’intègre et qui est présent aujourd’hui, ce qui montre une ouverture plus large, au niveau européen, sur cette zone Euromed à laquelle nous croyons beaucoup.


M. André Beirnaert, Président du pôle français UP-TEX :

Le Lillois va vous dire un mot. Je vais simplement vous donner, par rapport à la question que le journaliste a posée, les règles de gouvernance. On se les invente, pour autant qu’on soit dans le cadre des objectifs sur lesquels nous sommes réunis. Finalement, les outils, c’est l’inventivité, tout simplement. Il faut se mettre dans la position d’aboutir, avec des méthodes qui nous sont propres et qui tiennent compte de ce que nous sommes. C’est-à-dire nombreux, pas nombreux, compétents plus ou moins les uns les autres, plus ou moins avancés, etc. Finalement le réseau se met en place au fur et à mesure qu’il se développe et je peux vous assurer - étant en charge de ce pôle depuis maintenant deux ans - que nous avons inventé en allant les règles qui nous régissent dans le cadre d’une gouvernance générale qui nous avait été proposée par les pouvoirs publics et sur laquelle nous avons apporté au passage - sans que cela soit critiqué mais bien au contraire accepté - des modifications de comportement quotidien ou de gestion, tout simplement parce que cela ne sert à rien d’inventer à notre place ce que nous avons à faire.

Je retiens donc comme la plus efficace des possibilités celle que vient d’évoquer notre collègue : l’échange structurant de partenaires qui viennent voir de chaque côté ce que l’un apporte et ce dont il peut s’enrichir.


Mme Neïla Nouira Gongi, Présidente directrice générale de la Société de gestion du pôle de compétitivité de Monastir-El Fejja :

Peut-être un mot pour rebondir dans le même sens. Le pôle de compétitivité Monastir-El Fejja est spécialisé dans le textile. Nous venons de signer avec le pôle UP-TEX de Lille-Nord-Pas de Calais un accord de jumelage et de collaboration. Des actions structurantes vont toucher dans une première phase l’échange d’expérience comme vient de le présenter mon collègue M. Beirnaert : mieux connaître le fonctionnement du pôle français et nous coacher un peu dans notre démarrage. Mais cela va aussi porter sur l’innovation, la veille technologique, la formation au profit des pôles et de leurs partenaires et le partenariat. Aujourd’hui, dans le cadre des séances de travail que nous venons d’avoir - je l’annonce officiellement - nous allons avoir des partenariats croisés au niveau des deux pôles à travers des projets concrets que nous venons d’identifier. Nous allons également travailler sur un rayonnement à l’international pour le pôle tunisien, pour le pôle UP-TEX et pour la région euro-méditerranéenne.


M. Risbet, Président de réseau des centres techniques industriels français (CTI) :

Concernant les centres techniques industriels, nous avons signé aussi un accord sur la création d’un réseau des centres techniques industriels en Tunisie que nous allons mettre en place en 2007 et en 2008. Bien sûr, les centres techniques industriels existent depuis longtemps en Tunisie, comme en France, et il y a beaucoup de relations bilatérales entre tous les centres techniques français et tunisiens. Il existe en France un réseau des centres techniques industriels depuis maintenant une quinzaine d’années, qui sert surtout à faire travailler ensemble des centres sur des thèmes qui intéressent l’ensemble des centres ou qui peuvent intéresser les autorités de tutelle.

Nous avons parlé tout à l’heure, par exemple, de maîtrise de l’énergie. Il faut savoir qu’actuellement, le réseau des centres techniques industriels français a fédéré dix centres techniques pour travailler sur ce qu’on appelle les "bilans carbone". Nous travaillons donc avec l’ADEME qui est assez contente de trouver un interlocuteur plutôt que d’en trouver dix-huit, puisqu’il y a dix-huit centres techniques en France.

C’est un peu ce que l’on pourrait faire aussi en Tunisie, c’est-à-dire habituer les centres techniques industriels à travailler ensemble sur des thèmes vraiment sociétaux et qui pourraient apporter beaucoup de choses au tissu industriel tunisien.

Ce n’est pas le réseau qui dirige les centres. C’est vraiment une fédération, une adhésion volontaire au réseau qui sert à faire travailler tous les centres techniques ensemble puisqu’en fait nous faisons tous un même métier, que ce soit ici ou de l’autre côté.



Q : Ma première question concerne le mode de financement de la mise en oeuvre de ces accords.
Ma deuxième question est un peu éloignée du sujet du jour. Elle concerne le textile. Quelle est la position de la France concernant la directive européenne sur le "made in" ?

R : Le financement est à la charge de chacun des pôles. Un pôle, en France, est une association d’entreprises et de laboratoires de recherche. En moyenne, il y a 77 entreprises et 15 laboratoires de recherche. Quand on dit un pôle, c’est en moyenne cela. Ces entreprises et ces laboratoires de recherche décident de leur vision du futur, des programmes de recherche qui sont importants pour eux et qu’ils mènent ensemble et nous apportons un soutien aux projets qu’ils mènent ensemble. Pas à tous mais aux meilleurs d’entre eux pour accélérer cette avance qu’ils veulent prendre dans la compétition.

La participation des pôles tunisiens, à partir du moment où elle se fait comme vous l’avez entendu, leur permettra d’être partie prenante de ces projets communs et de participer à des projets communs financés par la France. Ils se débrouilleront de leur côté pour avoir des financements tunisiens. Voilà comment cela marche.

Ensuite, le "made in". Nous sommes dans cette affaire partenaires du textile qui a évidemment besoin d’un "made in" Euromed. La base industrielle du textile-habillement, c’est l’Euromed. Je l’ai répété ce matin, nous soutiendrons évidemment cette position.

Q : L’emploi industriel en France est en déclin. La plupart des salariés sont âgés, la moitié sont des ouvriers. L’industrie manufacturière participe à hauteur de 12% au PIB de la France. Avez-vous besoin de gens qualifiés ? Avez-vous besoin d’une coopération avec les pays du Maghreb ?

R : La France, contrairement à ce que vous dîtes, est un grand pays industriel. L’industrie représente 25% du PIB depuis 20 ans. Ce n’est donc pas en diminution. Je ne compte là que l’industrie c’est﷓à﷓dire que je ne compte pas les BTP (bâtiment, travaux publics) et je ne compte pas le service à l’industrie. Je vais vous donner un chiffre sur ce que représente le service à l’industrie : l’industrie automobile stricto sensu représente en France 300 000 emplois ; l’industrie automobile et les services à l’industrie, c’est 1 300 000 emplois. L’industrie stricto sensu externalise beaucoup de ses activités de service et l’emploi industriel en France reste de l’ordre de 3,9 millions. Il est en érosion mais pas en PIB puisque le PIB inclut la valeur ajoutée des services à l’industrie.

Est-ce que nous avons une base commune et un intérêt commun ? Les industriels français exportent environ 400 milliards d’euros. L’industrie française exporte à peu près le tiers de ce qu’elle fabrique et plus elle exporte, plus elle tirera profit de la mondialisation. Mais pour exporter, il faut aussi être présent à l’international. L’industrie française est présente à l’international, elle investit à l’étranger et elle se développe en modulant sa production suivant les pays dans lesquels elle fabrique, suivant les marchés qu’elle espère servir.

Nous avons visité ce matin une entreprise française, "Alcatel-Lucent" ; nous avons visité une entreprise franco-italienne "ST Microelectronics", on voit bien que ce sont des entreprises qui sont fortement implantées en France mais qui sont également fortement implantées ici. Il y a des centaines d’entreprises textiles françaises qui sont ici et qui revendiquent le marquage d’origine Euromed pour qu’elles puissent continuer à faire une partie de leur activité en France et une partie de leur activité ici, en Tunisie.

Je pense que l’attractivité de la France, pour l’industrie, est également reconnue par les investisseurs étrangers. Nous accueillons chaque année des entreprises étrangères qui investissent et qui créent de l’emploi en France. La création d’emplois industriels par les investisseurs étrangers en France représentait, ces deux dernières années 33 000 emplois. Je n’ai pas encore les chiffres 2006 mais 2005 et 2004, c’était 33 000 emplois.

Il ne faut donc pas dire que la France n’est pas un grand pays industriel.

Q : Ma question, c’est : est-ce que vous avez besoin des gens qualifiés qui existent dans les pays du Maghreb ?

R : Si vous parlez strictement de l’industrie manufacturière, il y a une campagne pour inciter les jeunes à choisir l’industrie. Nous avons mené au ministère de l’Industrie, avec le ministère de l’Éducation nationale, une campagne pour que plus de jeunes aillent travailler dans l’industrie. Actuellement, nous avons effectivement beaucoup de secteurs - même des secteurs manufacturiers - qui ont du mal à recruter. Par conséquent nous avons des campagnes pour cela.

Notre loi sur l’immigration, que nous avons fait passer l’année dernière, si c’est à cela que vous pensez, est également une loi qui permet de faire appel à de la main d’œuvre qualifiée pour les secteurs qui en ont besoin. C’est la raison pour laquelle cette loi est positive pour l’industrie en France.

Q : Est-ce que la France est concernée par cette crise gazière qui se profile à l’horizon ? Quelle est l’approche française pour réduire sa dépendance en matière d’énergie ?

R : La France est approvisionnée à partir de plusieurs pays et la part de gaz qui vient de la Russie est de l’ordre de 20%. Notre premier fournisseur de gaz est la Norvège, le second doit être la Hollande, ensuite vous avez la Russie, l’Algérie, l’Égypte. La première précaution qu’il faut prendre quand vous parlez de sécurité d’approvisionnement, c’est diversifier ses sources d’approvisionnement. Comme vous le remarquez, nos sources d’approvisionnement sont nombreuses et diversifiées.

Pour parler du fournisseur russe, il est, vis-à-vis de la France, un très bon fournisseur qui remplit ses contrats. Mais notre politique, effectivement est d’assurer la sécurité par la diversité et par une part grandissante de gaz naturel liquéfié pour lequel nous avons des terminaux dont la capacité permet de voir venir.

Nous avons à la fois du gaz qui vient par pipe, du gaz qui vient par bateau et nous avons des marges de manœuvre qui font que nous ne sommes pas inquiétés par les problèmes qui se sont posés cette année avec la Biélorussie et l’année dernière avec l’Ukraine.

Dernière modification : 19/04/2010

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