Conférence de presse de MM. Luc Chatel et Khelil Laajimi

Ministère tunisien du Tourisme
11 février 2008


M. Khelil Laajimi, ministre tunisien du Tourisme : Nous avons le plaisir d’accueillir aujourd’hui M. Luc Chatel, Secrétaire d’État à la Consommation et au Tourisme.
Voici l’objet de sa visite en deux mots : nous avons des accords de coopération initiés en 2003 entre la Tunisie et la France, par les ministres du Tourisme respectifs. Nous avons essayé de travailler pour reconduire cet accord qui va englober tous les domaines : la formation professionnelle, la qualité, les échanges d’expérience, l’accueil de stagiaires français en Tunisie et de stagiaires tunisiens en France. C’est globalement l’objet de cette visite : consolider nos relations qui sont, comme vous le savez, des relations excellentes au plus haut niveau.

M. Luc Chatel : Merci Monsieur le Ministre.
M. Laajimi vous a effectivement très bien présenté l’objet de ma visite et la signature de ce relevé de conclusion qui est important parce qu’il permet d’actualiser des échanges déjà anciens et nourris, dans le domaine du tourisme. Je pense que nos deux pays ont beaucoup à attendre d’une coopération renforcée dans le domaine touristique. Je sais que c’est le cas de la Tunisie mais c’est aussi le cas de la France. La France a beau être la première destination mondiale en matière touristique, elle a beaucoup à apprendre des initiatives qui sont prises ailleurs, comme nous en avons parlé avec Monsieur le Ministre.

Nous avons souhaité une mise à jour et prendre en compte de nouvelles préoccupations qui sont liées à l’évolution mondiale du marché du tourisme : montée en gamme, développement de produits très porteurs comme la thalasso, le golf ou la plaisance.

Nous avons aussi des accords renforcés en matière de formation, qui sont très utiles à la Tunisie mais aussi à la France, j’y insiste beaucoup.

Nous avons évoqué ensuite la prochaine organisation en France, les 15 et 16 mai prochains à Ajaccio, du Sommet 5+5 "tourisme" qui réunit, comme vous le savez, cinq pays du nord et cinq pays du sud de la Méditerranée. La Tunisie avait été la première organisatrice de ce sommet en 2006. C’est au tour de la France de l’organiser. Il était donc logique que nous ayons avec M. Laajimi un échange sur les thèmes qui seront abordés au cours de ce prochain sommet.

Voilà donc le but de ma visite ici, sachant que le président de la République, M. Nicolas Sarkozy, se rendra en Tunisie au printemps. Et au moment où se prépare l’Union méditerranéenne, on sait que le développement touristique et le développement d’un tourisme durable est l’un des enjeux de l’ensemble des pays de la Méditerranée. Il était utile que nous ayons un échange approfondi sur ces sujets.

Question : Est-ce que cela va prendre du temps de mettre à jour ce partenariat ? Au mois de janvier, la Tunisie a entamé des opérations professionnelles en province. Qu’en pensez-vous et pourra-t-on atteindre les chiffres prévus ?

M. Luc Chatel : Je rappelle d’abord que les Français aiment la Tunisie et qu’ils sont les premiers en nombre avec plus d’1 300 000 touristes qui se rendent chaque année dans votre pays. D’abord, il y a un lien historique entre les deux pays que nous connaissons tous mais c’est aussi la démonstration que les campagnes que vous menez en matière de promotion fonctionnent, à un moment où la compétition mondiale est féroce. Il y a aujourd’hui de nouvelles destinations. La Tunisie est depuis longtemps une destination, je dirais, traditionnelle pour les Français. Aujourd’hui, il y a une nouvelle concurrence de pays émergents. Le fait de rester le premier est un signal fort et montre que vous menez dans notre pays des campagnes actives et efficaces.

Je le vois aussi à travers la présence que vous avez sur les salons professionnels que j’inaugure régulièrement. La semaine dernière encore, le salon "Bedouk" [1] à Paris. C’est donc le signe d’un vrai dynamisme de votre promotion dans notre pays.

Sur le premier point, je voudrais d’abord rappeler les résultats que nous avons obtenus à travers cet accord de coopération qui sont très bénéfiques : l’Agence française de développement a financé par exemple un certain nombre de projets de coopération entre nos deux pays en matière de formation ou d’investissements dans les établissements hôteliers. Elle a participé à la mise aux normes, à la montée en gamme et à la revalorisation de l’offre, comme nous en parlions ce matin.

Il y a donc eu des résultats très bénéfiques. Je pense aussi à l’étude qui a été menée sur la plaisance grâce à des financements du ministère de l’Économie et des Finances. Vous voyez qu’il y a des secteurs dans lesquels nous avons bien avancé grâce à cet accord de 2003.

Ce que nous voulons, c’est effectivement peut-être accélérer, concrétiser les choses davantage grâce à ce nouvel accord, et puis, comme je l’ai indiqué dans mon propos liminaire, prendre en compte le fait qu’aujourd’hui il faut sans doute aller plus vite, être plus exigeant, plus réactif, prendre en compte le fait que, si nous voulons capter ce nouveau flux touristique, nous avons besoin de dégager des synergies et de coopérer davantage.

M. Khelil Laajimi : Juste un point sur cet accord de coopération. Il ne s’agit pas d’accélérer. L’accord de 2003 couvrait une période de cinq ans. Là, nous sommes en 2008 et il s’agit donc d’un renouvellement de ce contrat. Il ne s’agit pas d’aller plus vite ou moins vite. Nous avons approfondi certains points mais cet accord qui a été conclu il y a cinq ans s’étalait sur une période de cinq ans. Nous ne sommes allés ni trop vite ni moins vite.

Question : Monsieur le Ministre c’est vrai que la coopération tuniso-française est très développée mais il me semble qu’elle est un peu disparate. Nous avons eu par exemple l’année dernière un séminaire sur la thalassothérapie organisée ; sur le plan culturel, la France participe notamment à la mise en valeur du site de Dougga ; il y a deux ou trois ans nous avons organisé une rencontre franco tunisienne de mise à niveau. Ne pensez vous pas qu’il serait peut-être utile d’organiser des assises franco-tunisiennes qui pourraient donner lieu à une évaluation de toute cette coopération notamment entre secteurs privé et public et où l’on parlerait d’investissement vu le nombre important de sociétés françaises présentes en Tunisie ?

M. Luc Chatel : C’est précisément l’objet de l’accord qui se préfigure. C’est-à-dire que l’accord que nous allons construire, sur la base du relevé de conclusions que nous avons signé ce matin, part bien évidement d’un bilan, d’un état des lieux et nous avons analysé la coopération que nous menons ensemble depuis quatre ans. Nous ne sommes pas partis d’une page blanche. Nous avons bien regardé ce qui avait fonctionné et ce qui pouvait progresser en la matière. La rencontre que nous avons eue a pour objet de faire l’état des lieux de ce qui fonctionne et de ce qui fonctionne moins bien et peut-être de mieux coordonner certaines actions.

Vous avez évoqué la thalasso, elle figure en bonne place dans le relevé de conclusions que nous avons signé. La rencontre qui avait été organisée par Ubifrance a, je pense, représenté un apport important pour mettre à disposition l’expertise professionnelle de la France dans ce domaine. J’ai d’ailleurs rappelé au Ministre tout à l’heure qu’Ubifrance avait vocation à coordonner cette action.

Notre rencontre d’aujourd’hui a aussi pour objet de replacer en perspective un certain nombre d’actions qui existent déjà et de renforcer certains points, sur la base du bilan des quatre dernières années.

M. Khalil Laajimi : Juste un point pour rappeler - et là je parlerai en tant qu’ancien membre du gouvernement chargé de la coopération et de l’investissement étranger – que la France est notre premier partenaire. Plus de 1000 entreprises françaises sont installées en Tunisie pour à peu près 100 000 emplois et les opérateurs touristiques français sont présents également. Cela cadre avec nos objectifs de partenariat de renforcer et de consolider cette voie-là.

M. Luc Chatel : Monsieur le Ministre, pour prolonger ce que vous dîtes, j’ai reçu ce matin les opérateurs français qui sont présents en Tunisie. J’ai été très frappé de voir qu’ils partagent parfaitement votre vision de montée en gamme de l’offre touristique tunisienne, de se concentrer sur quelques créneaux, d’avoir une offre plus visible et donc d’investir sur le plan qualité et sur la classification également pour que les clients aient des critères de perception de l’offre plus adéquats. J’ai donc été très frappé de voir une adhésion des professionnels, en tout cas des Français, en Tunisie.

Question : Existe-t-il des projets d’élargir la coopération à d’autres pays ? Cet accord va-t-il relancer des investissements dans le domaine touristique et hôtelier ?

M. Khalil Laajimi : Ce qu’on peut dire, c’est que la coopération entre la Tunisie et la France en matière touristique est exemplaire et c’est l’unique accord que nous ayons aujourd’hui avec un pays de la rive nord de la Méditerranée dans ce domaine.

Les investissements touristiques et hôteliers français sont les bienvenus en Tunisie. Ils sont en bonne place et si cet accord peut contribuer à relancer les investissements français dans le domaine touristique, ils seront les bienvenus comme toujours. (...)

Question : Quelles sont, selon vous, les faiblesses du tourisme tunisien ? Y aura-t-il de nouvelles lignes de crédit de l’AFD ?

M. Luc Chatel : Je vais démarrer par ce dernier point. Il y a des lignes de crédit de l’AFD qui sont disponibles aujourd’hui. Elles ont été mobilisées à la fin de l’année et sont disponibles, notamment pour le plan de revalorisation de quatre centres de formation professionnelle.

Deuxièmement, vous évoquez des faiblesses. Vous savez, nous ne sommes pas là pour porter tel ou tel jugement mais pour essayer de progresser ensemble. Nous nous étions déjà rencontrés, avec M. Laajimi, à Deauville lors du salon Top Resa au mois de septembre, et ce qui est très frappant, c’est qu’au-delà du nombre de touristes que nous accueillons chaque année, au-delà de l’offre touristique qui est spécifique pour chacun de nos pays, nous nous apercevons dans la discussion que nous rencontrons les mêmes difficultés.

Je disais ce matin à M. Laajimi que nous devons, en France, relever le même défi que la Tunisie, c’est-à-dire la revalorisation de notre offre. Nous avons en France une hôtellerie de proximité, deux étoiles. Je suis l’élu d’un département rural et nous savons que si l’État n’est pas là pour accompagner la modernisation, la mise aux normes, la transmission de ces entreprises, dans une dizaine d’années, ce secteur aura beaucoup de difficultés.

Nous avons échangé ce matin sur la classification des hôtels. C’est un chantier tunisien mais c’est également un chantier français puisque je suis en train de mener la réforme du classement des hôtels. Elle aboutira cet été et nous aurons pour le 1er janvier 2009 un nouveau système de classement des hôtels en France.

On voit donc bien que, malgré nos différences, il y a énormément de similitudes dans les chantiers qui s’ouvrent à nous. Le premier point de coopération de ce relevé de conclusions, c’est la formation. Jean-Jacques Descamp qui a été l’un de mes prédécesseurs comme ministre du Tourisme, va me remettre dans les prochains jours un rapport sur une mission effectuée depuis plusieurs mois sur l’état de la formation et de la recherche dans le domaine touristique en France qui sont aujourd’hui insuffisantes, complètement atomisées, où vous avez des centaines d’établissements répartis sur tout le territoire mais qui sont complètement diffus, insuffisamment connus et pas forcément adaptés aux besoins. Nous avons besoin de faire le ménage et de réorganiser notre offre en matière de formation. Eh bien j’observe que c’est aussi une priorité de la Tunisie.

Vous voyez que l’on peut parler de faiblesses mais je pense que le devoir d’un pays comme le nôtre consiste aussi à regarder devant sa porte et à être capable de se rendre compte que nous avons beaucoup à progresser sur un certain nombre de points.

Question : Il a été question de créer en Tunisie un véritable observatoire du tourisme et de voir dans quelle mesure on pourrait s’inspirer de l’exemple que nous donne la France pour restructurer l’Office national du tourisme tunisien. Est-ce que ces deux sujets ont fait l’objet de discussions ?

M. Khalil Laajimi : Pour la seconde partie de votre question, concernant la restructuration de l’ONTT, c’est une question tuniso-tunisienne. S’il y a lieu de restructurer l’ONTT, on le fera. C’est notre devoir en tant que ministère de tutelle. Je ne suis pas au courant du projet relatif à votre première question mais si l’on peut travailler ensemble sur cette question, on le fera.

Comme l’a dit tout à l’heure Luc Chatel, nous convergeons sur plusieurs points. C’est-à-dire que nous avons beaucoup de travail à faire pour revaloriser notre offre touristique. Nous y travaillons. L’ensemble de la presse ici présente sait déjà ce que nous avons fait. Nous avons établi un premier diagnostic de l’état des lieux. Nous avons lancé l’étude stratégique 2016. De son côté, la France travaille sur un plan horizon 2020.

Nous sommes très sensibles à la question de la qualité et à la question de la classification, pour essayer de revaloriser l’offre tunisienne, pour monter en gamme et essayer de présenter un produit qui puisse tenir la concurrence, surtout du côté sud. Vous savez que pour ce qui concerne la Tunisie, les concurrents ne sont ni la France ni l’Espagne, ni l’Italie. Nos concurrents se trouvent du côté de la rive sud de la Méditerranée. Nous devons y travailler, présenter une offre capable de soutenir cette concurrence, être compétitifs et être en mesure de drainer le plus de touristes possibles avec une plus grande valeur ajoutée.

Nous vous remercions.

[1Le salon "Bedouk" est le RDV de la filière du tourisme d’affaires (congrès, événementiel et réunions d’entreprise).

Dernière modification : 19/04/2010

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