Conférence de presse de Mme Anne-Marie Idrac

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Forum Med-Allia 2008
Tunis, le 1er avril 2008

Mme Anne-Marie Idrac : Mesdames, Messieurs, avant de répondre à vos questions, nous pourrions l’un et l’autre dire le sens que nous donnons à cette manifestation. En ce qui me concerne, nouvellement nommée secrétaire d’État au Commerce extérieur depuis une dizaine de jours, j’ai souhaité lors d’un premier voyage insister sur l’importance de l’Euroméditerranée. J’étais donc en Égypte hier, je suis aujourd’hui, avec grand bonheur, chez vous et je serai en Libye demain.

La manifestation à laquelle nous participons aujourd’hui est la première raison de mon voyage et j’ai tenu à accompagner de nombreuses entreprises, près de 500 dont 200 entreprises françaises, qui vont nouer dans les heures et les jours qui viennent plusieurs milliers de contacts, en particulier des contacts entre PME.

Comme j’ai eu l’occasion de le dire à M. Le Premier ministre qui m’a fait l’honneur de me recevoir ce matin, cette manifestation qui a déjà eu lieu au Maroc l’année dernière me semble devoir être placée sous le signe de deux mots clé : celui de la diversification de nos relations économiques et celui de l’innovation.

"Diversification" de nos relations économiques lorsque l’on a en tête que, d’ores et déjà, pas moins de 1200 entreprises françaises contribuent à l’emploi et à la croissance dans votre pays, de même que les flux d’échanges ont un effet tout à fait dynamique et positif sur nos économies, évidemment de manière réciproque des deux côtés de la Méditerranée.

Mais diversification parce que nous savons bien que pour améliorer encore les flux d’échanges qui, en ce moment, ne sont pas favorables en terme de solde à la France, et pour contribuer encore davantage à l’accueil des jeunes diplômés sur le marché du travail tunisien, c’est dans ce sens là qu’il faut aller.

Et puis "innovation" avec la signification suivante : moi je pense que nous devons, autour de la Méditerranée, construire un modèle de développement sur l’idée de co-compétitivité, c’est-à-dire en nous considérant par rapport aux autres parties du monde. Nous avons ce matin, avec le Premier ministre, particulièrement parlé de la Chine bien sûr, et cette co-compétitivité, nous la construirons avec des innovations, avec de la montée en gamme - comme on dit -, ou de la remontée dans la filière sur les types de produits que nous pouvons proposer aux marchés et avec une approche totalement coopérative et partenariale.

Mon dernier mot sera pour dire que la préparation du voyage de Nicolas Sarkozy, le président de la République qui sera ici à la fin du mois, se fait bien sûr dans un esprit de relance des relations autour de la Méditerranée, dans le cadre du Processus de Barcelone / Union pour la Méditerranée et avec ces concepts d’innovation et de diversification sur des projets partagés, à inventer ensemble, et sur une base aussi pragmatique et concrète que possible.

En ce qui nous concerne, pour la partie commerciale du domaine "Euroméditerranée", j’aurai la chance d’accueillir à Marseille le 2 juillet prochain, à la fois une réunion des ministres du Commerce des deux côtés de la Méditerranée et une réunion des communautés d’affaires à laquelle je suis sûre, après le succès de cette manifestation, que de nombreuses entreprises tunisiennes et venues des autres pays invités participeront au côté d’entreprises européennes.

Voilà ce que je voulais vous dire en introduction.

M. Afif Chelbi, ministre tunisien de l’Industrie, de l’Énergie et des PME :
Bien entendu, je partage tout ce que vient de dire Mme la Ministre à laquelle je souhaite la bienvenue et que je remercie d’avoir programmé sa première visite officielle au sud de la Méditerranée. Je pense que c’est significatif car cela marque que notre région revêt effectivement une importance particulière aux yeux du gouvernement français. Que la Tunisie figure parmi les pays visités au cours de cette visite officielle nous réjouit particulièrement.

Nous nous réjouissons également de la réussite de la manifestation Med-Allia et nous saisissons l’occasion de féliciter les organisateurs, Ubifrance et la Chambre tuniso-française de commerce et d’industrie. Je pense que les chiffres parlent d’eux-mêmes, ils ont été rappelés par Mme la Ministre.

Cela traduit également une évolution importante, quantitative et qualitative, du partenariat industriel tuniso-français. En 1995, la Tunisie a signé l’Accord de libre-échange avec l’Union européenne. C’était le premier pays du sud-MEDA à l’avoir fait. Le 1er janvier 2008, la Tunisie est le premier pays MEDA à avoir terminé un processus de démantèlement tarifaire de douze ans, selon le calendrier prévu. Donc nous sommes, depuis le 1er janvier 2008, le premier pays sud-MEDA dans la zone de libre-échange et les produits européens qui rentrent en Tunisie, français en particulier, ne paient pas de droits de douane. Nous somme le seul pays dans ce cas.

Ces deux dates, 1995-2007, sont significatives de notre partenariat bilatéral dont tous les chiffres ont été multipliés par trois ou par quatre. Les échanges sont passés de moins de deux milliards à sept milliards d’euros, les exportations tunisiennes ont quadruplé et les importations tunisiennes en provenance de France ont un peu moins que triplé. Le nombre d’entreprises, qui s’élève actuellement à 1200, n’était que de 400 en 1995.

Tous ces indicateurs sont importants mais il y a également, comme l’a dit Madame la Ministre, une diversification et une montée en gamme. Ce concept de co-compétitivité par l’innovation représente en fait la caractéristique de notre zone et si le secteur textile par exemple - mais également tous les autres secteurs - a résisté à la levée des quotas de l’Union européenne, puisque les exportations textiles tunisiennes ont continué à croître après le 1er janvier 2005 et après le 1er janvier 2008 qui représentait la fin de la période transitoire définie par Bruxelles, c’et bien parce que nous sommes sur les créneaux de réassort et sur les créneaux à haute valeur ajoutée. Comme disent tous les industriels français et tunisiens qui travaillent dans ce secteur : depuis dix ans, nous sommes sortis des produits basiques.

Une centrale d’achat française qui veut acheter des dizaines de milliers de pulls ou de jeans avec six mois de délais s’adressera à la Chine. Mais par chance, 65% du marché en Europe est un marché de réassort. En fait, les centrales achètent de petites séries, avec des délais de réponse qui peuvent être d’une semaine. Et cela avec une qualité et des prix beaucoup plus élevés que pour les grandes séries.

Nous sommes sur ces créneaux là ; toutes les entreprises françaises qui travaillent en Tunisie sont sur ce créneau là et c’est cette compétitivité par le haut, si je puis dire, qui permet au tissu industriel des deux rives de la Méditerranée de résister aux autres ensembles géographiques.

Car comme vous le savez, notre zone géographique est la moins intégrée du monde. Elle est moins intégrée que la zone asiatique, moins intégrée que l’Amérique du Sud. Je pense donc que le projet d’Union méditerranéenne que le président Ben Ali a approuvé dès qu’il a été énoncé par le président Sarkozy sera un instrument pour renforcer cette intégration de notre zone, dans l’intérêt bien compris des deux parties.

Encore une fois, nous comprenons en Tunisie qu’il ne s’agit pas d’un projet en faveur des pays du Sud de la Méditerranée mais d’un projet pour le renforcement global de la compétitivité de la zone. Et les 100 000 emplois créés par les entreprises françaises installées en Tunisie – qui étaient 50 000 il y a dix ans – permettent de pérenniser un nombre équivalent d’emplois en France puisque s’il n’y avait pas eu cette péréquation des coûts entre les deux sites, le chiffre d’affaires des centaines d’entreprises implantées ici aurait nettement baissé face à la concurrence mondiale.
Nous nous réjouissons donc encore une fois de cette manifestation.

Question : Je voudrai savoir quelle est aujourd’hui la position officielle du gouvernement français à propos des délocalisations dans les pays du Maghreb, sachant que les délocalisations industrielles ont fait l’objet d’une polémique lors de la campagne présidentielle en France ?

Mme Anne-Marie Idrac : C’est en pensant à cette question, importante bien sûr puisque dans tous les pays on se soucie de l’emploi et de la compétitivité, que j’ai évoqué tout à l’heure le terme de co-ompétitivité.

Il me semble en effet que si nous voulons avoir une approche qui tienne compte de la réalité du monde tel qu’il est aujourd’hui, il faut bien situer l’ensemble méditerranéen, pays du Nord et pays du Sud, dans la globalisation. Les concurrents des pays des deux rives de la Méditerranée sont surtout les autres pays du monde et j’ai cité la Chine tout à l’heure.

C’est donc dans cet esprit d’intérêt mutuel, d’intérêt commun par rapport aux autres grands compétiteurs que nous devons approcher les choses, en étant bien sûr attentifs aux questions sociales et en étant attentifs au respect de toutes les règles de toutes natures. Mais je crois que si l’on veut avoir une approche moderne, une approche qui tienne compte de la réalité de la compétitivité, c’est à cette échelle là qu’il faut désormais penser les choses et c’est bien l’un des enjeux de cette intégration de la zone méditerranéenne.

Dans mon domaine, je souhaiterais que le Processus de Barcelone / Union pour la Méditerranée signifie l’achèvement d’une zone de libre-échange autour de la Méditerranée, dans l’intérêt conjoint de tous les pays qui constituent cette zone.

M. Afif Chelbi : Je partage totalement la définition que vient de donner Madame la Ministre. Nous avons l’habitude de parler en Tunisie de délocalisation "partielle" et "de proximité", qui préserve l’emploi des deux côtés, par rapport aux délocalisations lointaines et totales qui détruisent des emplois en Europe.

Question : Que peut apporter à la Tunisie, en terme d’investissements, l’Union pour la Méditerranée qui est un Processus de Barcelone ravigoré et revisité ?

Mme Anne-Marie Idrac : L’Union pour la Méditerranée est un processus global avec des dimensions politiques, diplomatiques et culturelles très vastes et c’est à ce niveau que le président Ben Ali et le président Sarkozy le situent.

En ce qui me concerne, c’est-à-dire les aspects économiques et commerciaux, je crois qu’il faut que nous ayons une approche très pragmatique et très partenariale. "Pragmatique", c’est-à-dire qu’il faut trouver des sujets sur lesquels on peut avoir une véritable valeur ajoutée, par exemple la formation professionnelle, les infrastructures et, de manière générale, les questions de transport, de télécommunications ou encore d’énergie.

Et quand je dis "partenariale", cela veut dire que personne ne doit savoir à l’avance, avec l’idée de l’imposer aux autres, comment les choses vont se passer. Il s’agit donc bien de construire des projets avec la géométrie variable qui conviendra et en y associant autant que possible non seulement les gouvernements, les approches institutionnelles, la Commission européenne, mais aussi la communauté d’affaires qui lui insufflera son énergie.

Comme vous l’avez dit, c’est un nouvel élan pour le Processus de Barcelone. Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a dit je crois : c’est une cure de jouvence. C’est un nouvel élan, une nouvelle impulsion dans un état d’esprit très ambitieux et pragmatique en même temps.

Question : On susurre par ailleurs que l’Union méditerranéenne pourrait avoir son siège à Tunis, est-ce que vous le confirmez ?

Mme Anne-Marie Idrac : Eh bien c’est vous qui le susurrez et on en restera là aujourd’hui !

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Dernière modification : 19/04/2010

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