Conférence de presse de Nathalie Kosciusko-Morizet

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CONFÉRENCE DE PRESSE DE MADAME NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET,
MINISTRE DE L’ÉCOLOGIE, DU DÉVELOPPEMENT DURABLE,
DES TRANSPORTS ET DU LOGEMENT
(Tunis, le 7 mars 2011)

Verbatim

Bonjour à tous. Je voudrais vous remercier de vous être joints aussi nombreux à ce point de presse, à l’occasion de mon déplacement en Tunisie avec une délégation dont je vais vous dire quelques mots. C’est un voyage de 24h que j’ai tenu à faire très rapidement ; 24h, c’est court. Je pense d’ores et déjà qu’il faudra revenir pour un premier point d’étape. Néanmoins, c’était important pour moi de venir très vite.

Mon programme était concentré ce matin autour de rencontres ministérielles. J’ai pu voir le ministre en charge de l’Environnement et de l’Agriculture, le ministre en charge du Transport et de l’Équipement et enfin celui en charge de l’Industrie, des Technologies et de l’Énergie. J’avais commencé hier par un dîner avec des représentants de la société civile, aussi bien du monde associatif que du monde de l’entreprise, et puis je poursuivrai tout à l’heure avec quelques associations, encore le monde universitaire et, cet après-midi, des visites de terrain, notamment la visite d’une station d’assainissement, un sujet qui a été présent ce matin dans mes discussions avec mes homologues.

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Nathalie Kosciusko-Morizet en conférence de presse à Tunis, le 7 mars 2011.

Je suis venue avec une délégation qui est composée de personnes qui servent de soutien, dans toutes sortes de dimensions, à l’action de l’État. Ce n’est pas une délégation de chefs d’entreprise mais une délégation de personnalités qui ont vocation à accompagner l’action publique en France mais qui peuvent aussi, dans le cadre de coopérations, l’accompagner à l’étranger. Je voudrais vous citer leurs noms pour que vous puissiez en apprécier la variété et mieux appréhender quel est l’esprit de ce déplacement que je fais aujourd’hui en Tunisie.

Nous avons donc Tristan Mocilnikar, responsable des questions de développement durable pour l’Union pour la Méditerranée, à la Présidence de la République.

Nous avons Bernard Videau, de mon administration, et Christian Leyrit, vice-président du Conseil général de l’écologie et du développement durable (CGEDD). Il s’agit d’un pool de 250 ingénieurs généraux et inspecteurs généraux de l’environnement que nous utilisons comme expertise que nous pouvons projeter, en quelque sorte, sur tous les sujets du ressort de mon ministère qui comprend, je vous le rappelle le transport, le logement, l’urbanisme, l’équipement, l’écologie et le développement durable ainsi que les énergies renouvelables.

Nous avons Philippe Lorec, conseiller auprès du directeur général de l’énergie et du climat, avec lequel nous pouvons traiter des sujets comme le plan solaire méditerranéen ou le plan solaire tunisien ; Dov Zerah, directeur général de l’Agence française de développement (AFD) ; Philippe Van de Maele qui est président de l’Agence française de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) ; André Merlin, président de Medgrid, qui travaille sur l’interconnexion électrique autour de la Méditerranée ; Pierre Ducret qui est président directeur général de la filiale "Climat" de la Caisse des dépôts et de consignation (CDC), avec lequel il s’agit notamment de valoriser, en termes de crédits carbone, des initiatives et des projets menés par ailleurs et Eric Francoz, représentant d’Inframed, qui travaille sur le financement des financements mixtes. Dans Inframed, vous retrouvez toutes sortes de partenaires financiers institutionnels du Nord et du Sud de la Méditerranée. Nous avons aussi Pascale Chabrillat, de la Caisse des dépôts et de consignation et Fabrice Bernard du Conservatoire du littoral, pour une coopération qui existe déjà et que l’on pourrait renforcer, avec mon collègue de l’environnement.

Vous voyez, l’idée de cette délégation, c’est de très vite nous mettre à l’écoute de ce nouveau gouvernement et pouvoir proposer un soutien, entendre les nouvelles priorités, bref, être très opérationnels pour que nos coopérations, nos partenariats soient les plus efficaces possible et les mieux concentrés autour de ce que sont les priorités, aujourd’hui, du peuple tunisien.

Je voudrais d’abord dire, puisque je vais entrer, après, dans le très concret des différents projets, mon émotion. Je tenais beaucoup à venir, naturellement pour des raisons techniques, parce qu’il faut relancer rapidement ces coopérations, parce que nous avons des choses à faire, mais aussi à titre personnel pour partager ce moment historique avec le peuple tunisien qui a été un véritable pionnier, qui a lancé un mouvement sur un motif qui est celui des valeurs morales. On sait bien qu’il peut y avoir différentes motivations à un mouvement politique. Dans le mouvement que suit actuellement le peuple tunisien, il s’agit clairement du rejet d’un certain nombre d’excès, du rejet d’un système corrompu et d’une insurrection au nom de la dignité qui est celle du peuple tunisien. Pour ces motifs particuliers là, je tenais en plus à être présente très vite.

Dans mes rencontres, il y a eu deux axes principaux : écouter ce que disent mes différents partenaires en matière de nouvelles priorités. Il y a beaucoup de coopérations historiques qui se sont développées à travers le temps entre la France et la Tunisie. Il y a de la coopération institutionnelle mais il y a aussi de la coopération qui fait intervenir le secteur privé. J’avais besoin d’entendre d’abord ce que disaient mes homologues tunisiens sur ce que sont aujourd’hui leurs priorités pour que nous puissions ensemble réorienter, peut-être, un certain nombre de partenariats, notamment grâce aux nouveaux moyens que la France souhaite engager fortement avec les partenaires européens pour participer utilement de la nouvelle espérance qui parcourt aujourd’hui la Tunisie et de la relance économique qui est nécessaire.

Comment est-ce qu’on fait pour choisir ensemble de mettre l’accent sur tel ou tel projet parmi ceux qui existent ? Là, j’ai été très frappée par l’unanimité qui traversait mes différents interlocuteurs ce matin. D’abord, il fallait que les projets se poursuivent. Il n’était pas question d’arrêter des projets, d’attendre, de tout retravailler et de remettre en place. Non, non, il fallait que les projets se poursuivent. Il y a un besoin d’activité économique et d’emploi. Un projet qui est lancé et qui a créé de l’emploi est aujourd’hui un projet qui existe, qui a une valeur ajoutée. Il n’est donc pas question de faire table rase du point de vue des coopérations.

En revanche, et là aussi j’ai trouvé une certaine unanimité parmi mes interlocuteurs, du point de vue technique mais peut-être surtout du point de vue géographique, il va y avoir de nouvelles priorités. Tous mes interlocuteurs ont souligné leur souhait de mettre l’accent sur les régions du centre les plus défavorisées qui, peut-être, jusqu’à maintenant, ont fait l’objet de moins d’attention par rapport à un littoral qui a pris les devants en matière de développement. Voilà quel était mon premier axe : Que fait-on des projets existants et comment choisit-on ceux sur lesquels on va mettre l’accent ?

Et puis nous avons un certain nombre de nouveaux projets à construire ensemble. Notre souhait est très fort d’accompagner le mieux possible ce formidable mouvement historique et pionnier qu’est en train de vivre la Tunisie. On ne va donc pas en rester seulement à l’existant et à faire le tri dans l’existant. Nous avons de nouveaux projets à monter ensemble.

Il y a peut-être une action qui va traverser les différents champs de mon ministère et c’est le soutien technique. J’évoquais tout à l’heure l’existence d’un pool de 250 ingénieurs généraux et inspecteurs de l’environnement qui regroupe toutes les compétences dont on peut rêver. L’idée, c’est de pouvoir les mettre à disposition du gouvernement tunisien, quand il le souhaite, sur tel ou tel projet, en renfort et en accélérateur. Je vous donne un exemple : le collègue des Transports me disait qu’il était ennuyé par la durée de l’étude qu’on lui annonçait sur l’autoroute du centre. Il évoquait une durée de 23 mois pour simplement étudier ce projet qui est clairement prioritaire au regard des enjeux de désenclavement des territoires les plus défavorisés. J’ai proposé une mission d’appui qui viendrait en soutien technique pour simplement accélérer les procédures. Sous réserve d’analyse, on doit pouvoir diviser par deux ce délai. Ce travail du Conseil général de l’écologie et du développement durable de mon ministère pourrait être engagé très rapidement puisque dès la semaine prochaine, autour de la mi-mars, un ingénieur général sera sur place, ici à Tunis, et fera le tour des différentes personnes auxquelles nous avons parlé ce matin pour regarder avec elles les priorités et les réorganiser en fonction de ce que souhaitent les autorités tunisiennes.

C’est un travail qui sera couplé avec le fonds d’études mis en place par l’AFD à la suite du déplacement de ma collègue en charge des Finances Christine Lagarde, il y a dix jours. Le travail de techniciens des ingénieurs généraux sera donc couplé avec des moyens financiers qui seront ceux du fonds d’études et avec les experts de l’Union pour la Méditerranée qui ont une ancienneté sur tous ces sujets.

Si je rentre dans le détail des différents secteurs, mon collègue en charge de l’Environnement et de l’Agriculture a beaucoup insisté sur l’assainissement dans les zones et les quartiers les plus défavorisés. L’Agence française de développement a développé une assez grande expertise sur le sujet des quartiers défavorisés et nous pourrons avoir un travail global sur l’assainissement, l’économie d’énergie et l’urbanisme en nous fondant sur des activités qu’a déjà développées l’AFD. Nous sommes là à la rencontre entre des compétences qui existent et un désir exprimé par le nouveau pouvoir tunisien de mettre l’accent sur des quartiers défavorisés qui ont porté la révolution de jasmin.

Nous avons des coopérations qui existent et qu’il nous faut renforcer, en particulier dans cette période de troubles. J’ai lu quelques articles dans la presse sur les risques qui se sont reportés sur les zones naturelles, les parcs. Nous avons un partenariat ancien avec le Conservatoire national du littoral, dont le représentant est ici, qui va être renforcé car il ne faut pas qu’une période intermédiaire, transitoire, se traduise par un abaissement des protections environnementales. Au contraire, il faut reconquérir ces avantages qui peuvent être de vrais avantages compétitifs. Je pense par exemple au tourisme durable.

Toujours dans la partie environnementale, il y a des problèmes de pollution chimique importants, notamment du fait des anciennes activités minières, sur lesquels nous allons pouvoir développer des coopérations dans la région de Kasserine et ailleurs. Là encore, il y a des recoupements entre des priorités géographiques et les compétences de mon ministère.

Enfin, nous avons évoqué le problème des ferrailles et c’est l’ADEME qui va pouvoir travailler là-dessus avec le gouvernement tunisien. Il y a un potentiel de recyclage de la ferraille en Tunisie qui est trop peu utilisé. De mémoire, les besoins s’élèvent à 600 000 tonnes par an et seulement 200 000 tonnes viennent du recyclage. Le reste est importé. C’est dommage parce qu’il y a des gisements locaux et le recyclage est à la fois bon pour l’environnement, bon pour l’emploi et bon pour l’industrie.

Si je viens du côté des transports, je vous donne un exemple de ce que je disais sur les nouvelles priorités. J’ai bien senti que le projet de port en eaux profondes à Enfidha allait se poursuivre mais que, à l’aune de ce que je disais tout à l’heure, l’autoroute du centre serait considérée comme prioritaire. C’est la raison pour laquelle j’ai proposé une assistance technique sur l’autoroute du centre. Probablement aussi une assistance financière sur le montage.

Nous avons parlé, avec mon collègue des Transports, de la formation. Il m’a parlé de son souhait de professionnaliser tout le monde de la logistique. Il m’a dit qu’aujourd’hui les entreprises tunisiennes font chacune leur propre logistique, ce qui nuit fortement à leur compétitivité et à la fluidité de leurs échanges. Or, la France a des compétences à partager dans le domaine de la logistique.

Vous savez qu’à l’occasion du déplacement du président de la République, en 2008, il avait été question de créer un nouveau type de visa, quelque chose qui s’était appelé l’immigration circulaire. Pour 9000 personnes par an, l’idée était d’avoir des séjours d’un an, deux ans, trois ans en France, dans le cadre de parcours de formation. Aujourd’hui, ce dispositif n’est pas complètement utilisé et il y a des possibilités. J’ai proposé à mon collègue en charge du Transport que l’on utilise ces possibilités dans le monde de la logistique. Il s’agit de former de jeunes Tunisiens à la logistique car c’est manifestement un domaine qui nécessiterait des compétences en Tunisie. Cela permettrait de développer la compétitivité de l’ensemble de l’économie, ce à quoi nous pouvons aider à partir de la France.

Nous avons aussi fait une petite revue des programmes existants, l’occasion de constater que des choses formidables qui avaient été lancées n’avaient peut-être pas encore donné tout leur potentiel. Nous avons par exemple parlé de l’optimisation du port de Radès, un projet de l’Union pour la Méditerranée qui est engagé mais dont le ministre des Transports considère lui-même qu’il pourrait être beaucoup plus efficient. Il s’agit d’améliorer beaucoup les disponibilités en matière d’import-export à partir des ports de Tunisie. Vous voyez bien tout l’intérêt que cela peut avoir pour l’ensemble de l’économie. C’est un sujet sur lequel, là aussi, on va pouvoir mettre à disposition des compétences pour avancer plus vite.

Enfin, dernière rencontre, le ministre de l’Industrie, de la Technologie et de l’Énergie. Là, la base de travail est encore mieux encadrée. C’est quasiment une base européenne. Vous savez qu’il y a ce qu’on appelle l’article 9 qui offre la possibilité de transférer les obligations en matière d’énergies renouvelables, c’est-à-dire, pour les pays de l’Union européenne qui doivent atteindre certains objectifs en matière d’énergie renouvelable, la possibilité d’acheter des électrons verts au sud de la Méditerranée. C’est quelque chose que l’on peut faire en y associant des financements au titre du carbone, par exemple avec l’aide de la Caisse des dépôts “climats”. Il y a donc des moyens particuliers de rentabiliser ces projets très rapidement. Cela nécessite une meilleure interconnexion et je citais tout à l’heure des membres de ma délégation qui travaillent sur ce sujet et qui, pour certains, ont voulu revoir leurs homologues tunisiens.

Nous avons plus particulièrement parlé, à court terme, d’un projet auquel je suis très attaché qui est un projet de pompes solaires dans le milieu agricole. Là, nous sommes vraiment dans le croisement entre des compétences et des financements, d’un côté, et les nouvelles priorités politiques puisqu’il s’agit du développement durable des zones défavorisées. C’est un projet tripartite entre la France, la Tunisie et Monaco qui pourrait être réalisé sur 200 sites. Nous avons désigné parmi nous un chef de file qui est présent ici et qui est chargé de coordonner les travaux à la fois sur la dimension technique et sur la dimension financière, pour faire aboutir ce projet avant l’été.

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Question : La Tunisie a besoin d’assistance en agriculture biologique. Nous avons un centre technique pour l’agriculture biologique mais il n’est plus opérationnel depuis dix ans. Dans le domaine du tourisme, nous avons été envahis par les tours opérateurs européens et nous avons un tourisme de masse qui n’est pas fait pour notre pays, ne serait-ce que sur le plan de l’eau. Ce serait bien de développer l’écotourisme dans les régions intérieures qui représentent un potentiel énorme. Enfin, nous avons actuellement un gouvernement de transition et la véritable autorité, c’est le peuple : il faudrait prendre contact avec la société civile.

Réponse : Sur la question, du pouvoir, du peuple et de la société civile, croyez bien que je suis tout à fait consciente du moment particulier dans lequel se place ma visite en Tunisie. Certains de mes conseillers disaient la semaine dernière en voyant l’évolution : on ne peut pas y aller, nous n’avons pas de correspondants, on ne sait pas très bien, il y a un remaniement... Moi, j’ai absolument voulu maintenir cette visite et l’organiser comme elle pouvait l’être à ce moment particulier de l’histoire de la Tunisie, c’est-à-dire des rencontres avec la société civile – hier un dîner, aujourd’hui un déjeuner avec des universitaires – et en même temps des rencontres avec les ministres en place qui disent tous en début d’entretien : voilà, nous considérons que nous sommes là pour quatre mois et nous nous posons la question d’être utiles en l’espace de quatre mois.

J’admire beaucoup, j’insiste là-dessus, la grande sagesse avec laquelle les choses sont faites ici. J’ai des interlocuteurs qui me disent : nous ne voulons pas tout arrêter, nous ne sommes pas là pour tout fracasser, il faut que l’économie continue. Nous voulons en revanche mettre en place nos priorités et nous disons très clairement ce qu’elles sont. Nous voulons faire ceci dans un temps limité qui est celui que nous donne cette période transitoire compliquée jusqu’au mois de juillet. Il me semble que notre responsabilité, à nous Français, c’est d’essayer de proposer le maximum de choses dans ce cadre là. Cela passe par des contacts avec la société civile, ce qui figure clairement dans les trois priorités du plan d’action que nous mettons en place. La première priorité du plan d’action, c’est le développement de contacts avec la société civile. Et puis cela passe aussi par des liens institutionnels sur des coopérations qui doivent pouvoir trouver un écho au niveau institutionnel. C’est vrai que lorsqu’on travaille sur les infrastructures ou sur le port de Radès, on parle avec les autorités.

Sur la question du tourisme, nous sommes un peu sur la même ligne. Je suis absolument convaincue qu’à cette période de l’histoire du monde, où l’on est en train de remettre en cause les systèmes de production et de consommation, vivre une révolution peut être une opportunité formidable pour partir sur de bonnes bases. Les bonnes bases, dans le monde contemporain, ce sont celles de la qualité, pour toutes les productions. La qualité, c’est la demande des sociétés aujourd’hui et c’est là qu’il y a le plus de valeur ajoutée.

Qualité en matière alimentaire : quand on est dans le bio, on est sur des marchés à très forte valeur ajoutée. Il y a une demande considérable, en ce moment, en Europe. En France, nous sommes en train d’essayer d’augmenter nos surfaces mais énormément de produits bios consommés sont néanmoins importés. Ce sont des marchés qui ne vont faire que monter en puissance.

Est-ce que l’on peut développer des coopérations dans le domaine de la formation à l’agriculture biologique ? Très certainement. Honnêtement, nous n’en avons pas parlé avec mon collègue de l’Agriculture et de l’Environnement ce matin mais on peut très bien le faire. J’ajoute que l’on peut travailler sur une base institutionnelle mais aussi sur une base associative. Il existe, à l’Agence française de développement, des lignes de crédit pour travailler sur la coopération entre ONG qui s’insèrent tout à fait dans l’esprit du plan d’action France/Tunisie que je citais. On pourrait très bien imaginer le développement d’une coopération dans le monde de l’agriculture, en particulier dans la formation en bio.

Sur la question du tourisme vert, je suis totalement d’accord avec vous. La Tunisie est un territoire qui a de belles ressources mais qui a aussi ses fragilités en matière d’environnement et de nature. C’est un profil qui doit appeler le développement d’un tourisme à haute valeur ajoutée. De façon évidente, ce n’est pas totalement ce qui a été fait jusqu’à maintenant et c’est pour moi un axe du nouveau développement.

Cela ne veut pas dire que l’on jette tout ce qui a été fait, encore une fois. Je respecte beaucoup la façon dont mes interlocuteurs prenaient les choses ce matin. On part de l’existant et il faut que l’économie tourne, mais il est certain que pour les nouveaux développements, il y a un travail important sur la montée en gamme et la qualité. C’est un travail à faire aussi du côté de l’urbanisme. Je n’en ai pas parlé tout à l’heure mais j’ai proposé à mon collègue des Transports et de l’Équipement, qui est aussi en charge de l’urbanisme, de travailler la coopération sur ce sujet parce qu’en fait, monter en gamme en qualité, cela veut dire aussi mieux maîtriser son territoire, c’est-à-dire préserver des espaces, arrêter de considérer que la terre, c’est du consommable. La terre, c’est quand même la première richesse ; on choisit ce qu’on en fait et on essaye d’en tirer la plus grande valeur ajoutée et le meilleur pour l’emploi et pour le rayonnement du pays. Cela nécessite une réflexion un peu en amont et je sens, du côté de mes interlocuteurs, qu’il y a vraiment le désir de la mettre en place.

Question : Pourriez-vous préciser ce qu’est la nouvelle politique de la France en matière de visa pour les jeunes Tunisiens ?

Réponse : En fait, c’est un dispositif qui avait été mis en place en 2008, à l’occasion de la visite d’État du président Nicolas Sarkozy en Tunisie. Il avait été ouvert à cette occasion la possibilité de 9000 personnes par an. Cette possibilité n’a pas été totalement exploitée et nous sommes plutôt à 2500 personnes par an. Ce que je propose, dans les parties qui sont les miennes, c’est d’utiliser cette possibilité qui existe de façon à renforcer les compétences de la Tunisie dans les domaines où elle en a besoin. Il ne s’agit pas d’un nouvel accord mais d’une meilleure utilisation de quelque chose qui existe et qui n’est pas bien mis en œuvre.

Question : Avant la révolution, les associations ne recevaient aucun financement. Les fonds étaient versés au gouvernement et ils allaient ailleurs. Aujourd’hui, nous souhaitons un programme clair, de l’Union européenne et de la France, pour des financements directs aux associations.

Réponse : Je travaille beaucoup, dans mon ministère, avec les associations. Nous avons préparé un grand mouvement de réformes qui est le Grenelle de l’environnement, tournant beaucoup autour des associations. J’ai un dîner, tous les mois, avec les associations du Grenelle de l’environnement. Le dialogue s’est établi dans la durée et c’est quelque chose qui est maintenant très institutionnalisé, même s’il est bizarre d’utiliser ce terme pour des ONG. C’est vrai que cela génère pour moi une gêne en Tunisie parce que les associations sont très peu apparentes. Elles sont plutôt en cours de développement, de constitution.

J’ai deux éléments de réponse à votre intervention. D’abord, l’Agence française de développement a ouvert des lignes de crédit directement sur les associations, ce qui répond à votre question. Ce sont des lignes de crédit qui ne passent pas par les gouvernements mais par des coopérations associatives entre ONG du Nord et ONG des pays destinataires de l’aide. Naturellement, nous en parlions ce matin avec l’Ambassadeur Boris Boillon, il y aura des possibilités pour la Tunisie. Il faut monter des projets concrets et on pourra les financer. L’objectif s’insère vraiment dans le cadre du plan d’action France/Tunisie dont je vous disais que le premier volet consistait à développer les contacts entre la société française et la société tunisienne.

La deuxième chose, c’est que nous avons beaucoup parlé, ce matin au ministère de l’Environnement, de gouvernance. Nous avons mis en avant ce qui est fait par le Conservatoire national du littoral. À chaque fois, localement, il y a la recherche d’un nouveau type de gouvernance dans lequel on essaye d’associer la population locale, parce qu’on est dans la préservation de territoires. Cela ne sert à rien de signer un contrat gouvernemental sur la protection d’un territoire si la population locale n’est pas impliquée. Là, il y a un nouveau type de gouvernance qui s’est développé, dont nous essayons de faire la promotion et que nous aimerions voir se développer autour des autres genres de coopération.

On peut avoir des coopérations institutionnelles et des coopérations gouvernementales dans lesquelles la société civile trouve sa place. C’est quelque chose à construire dans la durée. Il est normal que, spontanément, à l’occasion des évolutions récentes, cela ne se mette pas en place tout de suite mais je suis sûre que la volonté est là et mon collègue de l’Environnement, ce matin, était très attentif à cette possibilité.

Question : Vous avez évoqué l’accord sur la gestion concertée des migrations signé en avril 2008. Cet accord n’a pas eu l’efficacité escomptée pour deux raisons majeures. D’une part, les profils correspondant aux 77 métiers ciblés n’existent pas en Tunisie. Par ailleurs, il n’y a pas eu la communication souhaitable autour de cet accord, ni en France, ni en Tunisie, alors qu’il est fondé sur la possibilité de contrats de travail à durée déterminée, à signer entre les entreprises françaises et les candidats tunisiens. Je suggère donc la révision de la liste des 77 métiers ainsi qu’une publicité active auprès des entreprises françaises et des candidats tunisiens à l’emploi.

Réponse : C’est en effet de cela qu’il est question. Aujourd’hui, sur 9000 possibilités par an, on ne compte effectivement que 2500 candidats. Je fais remarquer en passant que la Tunisie doit être le consulat dans lequel le taux de rejet des demandes de visa est le plus faible au monde. Je crois qu’il y a seulement 10% des demandeurs qui n’obtiennent pas leur visa. Mais on n’a pas réussi à faire se rencontrer l’offre et la demande et c’est bien l’objet poursuivi. Mon collègue en charge des Transports me proposait là un secteur sur lequel il y a manifestement quelque chose d’intéressant à construire, quelque chose qui sera intéressant en retour pour l’économie tunisienne. Il est vraiment très frappant de voir qu’il y a si peu de logistique organisée. La Tunisie est une économie exportatrice et c’est curieux de constater que chaque artisan est obligé de se préoccuper des conditions d’exportation de ses propres produits. Il y a donc bien là le souhait de faire mieux rencontrer l’offre et la demande.

Question : On déplore la remise en cause des engagements annoncés pour le Grenelle de l’environnement, la crise économique étant passée par là. Est-ce qu’il restera vraiment des financements pour les projets concrets dans des pays comme la Tunisie ?

Réponse : Sur le Grenelle de l’environnement, mon engagement comme celui du président de la République qui l’a réaffirmé récemment avec le Premier ministre, est bien de tout mettre en œuvre. On pourrait prendre sujet par sujet ce qui est en train de se faire. Les financements du Grenelle ont été maintenus et on y a rajouté même des financements du plan de relance, au moment de la crise, et maintenant des financements du grand emprunt. C’est donc quelque chose qui se poursuit. Je vous donne des exemples : nous avions d’abord annoncé 800 millions d’euros sur les transports en commun en site propre en province et là, je viens d’annoncer la deuxième tranche qui s’élève à 600 millions d’euros. Il y avait un milliard deux cent cinquante millions d’euros annoncés dans le Grenelle pour le financement des travaux sur la précarité énergétique pour les personnes qui n’ont pas la trésorerie nécessaire pour financer des travaux de rénovation thermique. Cette somme est au rendez-vous : 750 millions d’euros de l’Agence de l’habitat et 500 millions d’euros du grand emprunt. Il y a une chose sur laquelle le Grenelle de l’environnement ne s’est pas mis en place et qui n’est pas prévue pour 2012, c’est la taxe carbone. Le président de la République a voulu pousser la taxe carbone mais cela n’a pas été facile. Cela a rencontré le problème de l’échec de la conférence de Copenhague et de la crise économique. En dehors de la taxe carbone, il y a des débats sujet par sujet mais il n’y a pas de renoncement au Grenelle de l’environnement. Au contraire, je me bats pied à pied pour que tout puisse être mis en œuvre.

Vous me demandez, dans ce contexte budgétairement tendu qui est une réalité aujourd’hui du fait de la crise, comment est-ce que la France est en mesure d’aider. Voyez, ce qui m’a beaucoup frappée, c’est que la plupart des projets que j’ai évoqués aujourd’hui avec mes homologues sont financés ou finançables.

Sur l’assainissement, il y a aujourd’hui des projets qui sont financés. Le sujet, c’est plutôt : est-ce qu’il y a un changement de priorités ? Est-ce que c’est vraiment cela que vous voulez qu’on fasse ? Est-ce qu’on y va ?

On a tendance à s’inquiéter des financements et on a raison mais ils ne sont pas toujours le seul problème. En l’occurrence, sur beaucoup des projets de coopération que j’ai évoqués ce matin avec mes homologues, les financements sont là et ne représentent pas le problème principal qui peut être le montage technique, le calendrier ou encore des choix à faire. Encore une fois, il est complètement légitime qu’un nouveau pouvoir qui se met en place puisse redire quels sont ses choix et ses priorités. Nous, nous sommes là pour faire en sorte que cela puisse se passer de la manière la plus fluide possible.

Question : Avez –vous évoqué avec vos interlocuteurs le problème de la sécurité alimentaire de façon à prévenir les phénomènes de famine ? Avez-vous parlé de la formation aux métiers de l’environnement et avez-vous une idée des sommes affectées aux dossiers de votre compétence qui ont été dilapidées par le régime précédent ?

Réponse : Ce matin, avec mon homologue de l’Agriculture et de l’Environnement, nous avons beaucoup parlé environnement, assainissement et nous n’avons pas évoqué la question de la sécurité alimentaire dont je sais qu’elle est une cause de souci aujourd’hui, avec la très grande fluctuation du prix des matières premières sur les cours agricoles. Ceci dit, c’est une préoccupation constante du président de la République, en France, qui s’investit beaucoup dans le G8 et dans le G20 pour qu’il puisse y avoir un encadrement de ces fluctuations importantes qui cassent certaines agricultures plus fragiles et qui font souffrir les populations.

La question de la formation, nous l’avons un peu évoquée. Je me garderai bien de donner des conseils en matière de formation aux métiers de l’environnement parce que je ne trouve pas moi-même que ce qui est fait en France soit parfait. C’est très inégal, aussi bien du côté de la formation complémentaire que de la formation initiale. Pour le moment, les objectifs de formation dans le domaine de l’environnement inscrit dans le Grenelle de l’environnement sont bien engagés dans le secteur du bâtiment, pour toutes sortes de raisons historiques, mais les résultats sont assez insuffisants dans d’autres secteurs.

Nous avons évoqué la question sans avoir d’idées formidables mais je comptais aussi en parler au déjeuner avec le monde universitaire parce que toutes les bonnes idées ne viennent pas forcément du sérail, comme le soulignait votre collègue.

Dernière chose sur la question de l’argent dilapidé. Je n’ai aucune évaluation mais j’ai une conviction très forte. C’est que sur une occasion historique comme celle que vous êtes en train de vivre, notre responsabilité à nous était de revenir vous voir très vite et de vous dire : voilà quels sont les projets qui étaient en cours ; voilà quels sont les projets qui existent. Nous avons eu plein d’idées dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée mais c’est à vous de nous dire aujourd’hui ce que vous voulez dans ces projets là.

Mon engagement aujourd’hui consiste à faire en sorte que tous les nouveaux investissements correspondent bien aux priorités du peuple tunisien aujourd’hui. Maintenant, évaluer dans quelle mesure, par le passé, ils ont pu rencontrer ou ne pas rencontrer ces priorités, franchement, j’en suis incapable.

Question : Les médias français utilisent toujours l’expression “révolution de jasmin” pour désigner la révolution tunisienne et je crois que c’est péjoratif car cette révolution a fait plus de 200 martyrs.

Réponse : Écoutez, je n’utiliserai plus ce terme et je me ferai l’écho de cette remarque. Je dois préciser que, dans mon esprit, ce n’était pas quelque chose de péjoratif ni de négateur vis à vis des 200 martyrs que vous soulignez. Je pense que ce terme a émergé parce que le jasmin est tellement associé à la Tunisie mais qu’il ne venait pas en minoration du terme révolution. Mais s’il ne plait pas aux Tunisiens eux-mêmes, il n’est pas question de l’utiliser et on en trouvera un autre.

Question : Il se vend aujourd’hui des séjours all inclusive en Tunisie à 269 euros et pour un euro supplémentaire, vous pouvez inviter une seconde personne. Cela fait à peu près 8 euros TTC par personne et par jour. Les touristes français et européens ne dépensent pas un sou et n’encouragent pas l’économie marchande. Or la Tunisie possède un potentiel extraordinaire en tourisme écologique. Il faudrait vraiment changer ce tourisme de masse.

Réponse : Vous n’imaginez pas à quel point j’adhère à ce vous dîtes là. En fait, le tourisme qui s’est développé est trop souvent indifférencié. C’est mer et soleil, en quelque sorte. Mer et soleil en Tunisie, cela doit pouvoir être différent. C’est cette valeur ajoutée là qui fera une vraie différence pour l’économie tunisienne et qui permettra de développer le tourisme à l’intérieur des terres en valorisant le territoire, en valorisant l’histoire et le patrimoine, avec une forte dimension culturelle. Quand il y a un désir de faire la connaissance d’un peuple, on peut aller dans des endroits plus originaux et participer d’un vrai développement.

Je suis absolument convaincue que l’avenir du tourisme pour un pays comme la Tunisie qui est en train de prendre un tournant, cela doit être un tourisme de qualité. Il y a des exemples à travers le monde d’économie réussie qui s’est développée à travers le tourisme de qualité. Très souvent, dans ce cas là, il y a eu association entre un projet très construit de tourisme de qualité et une protection de l’environnement remarquable.

Je prends l’exemple très particulier du Costa Rica qui n’est pas applicable, je m’empresse de le dire, dans un pays comme la Tunisie. On y a développé un tourisme de très grande qualité avec une valeur ajoutée considérable sans surexploitation des ressources. Certains pays d’Afrique subsaharienne ont opté eux aussi pour le tourisme de qualité et on observe aujourd’hui de fortes différences entre ceux qui ont choisi un tourisme ordinaire et ceux qui ont choisi un tourisme de qualité.

En même temps, on ne peut pas raisonnablement tout arrêter. Ce qu’il faut, c’est à la fois vivre de l’existant et, pour l’avenir, construire quelque chose de différent. Je pense que cela participera aussi de la construction d’une image, d’une identité tunisienne à laquelle, me semble-t-il, le peuple tunisien aspire fortement. La Tunisie, ce n’est pas mer et soleil. La Tunisie, c’est une histoire, c’est aujourd’hui un peuple qui a été pionnier dans ce mouvement de révolution et de changement qui traverse les pays d’Afrique du Nord, au nom d’une certaine dignité.

Cela aussi, c’est quelque chose à valoriser. Cela va se construire dans le temps. Il va falloir faire la démonstration que la Tunisie est aussi une culture, une ambition particulière et cela aura des effets induits sur le tourisme. Le tourisme peut en fait partager quelque chose avec l’idéal national qui s’exprime très fortement en ce moment. Cela demande à être mis en musique techniquement à travers l’offre touristique et probablement valorisé médiatiquement.

Dernière modification : 08/03/2011

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