Discours de Laurent Fabius devant la communauté française

Allocution de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères,
devant la communauté française de Tunisie
Résidence de France, le 14 mai 2013

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Merci beaucoup d’être là, d’avoir pris ce temps, en fin d’après-midi, pour venir dans cette belle maison, car cela me fait plaisir de vous voir.

Je suis venu ce matin. Depuis que François Hollande a eu la grande idée de me nommer au Quai d’Orsay, c’est le 52ème pays que je visite. Je voulais absolument répondre à l’invitation très gentille du gouvernement parce que des ministres français sont venus, notamment mes trois ministres délégués qui ont visité ce pays, mais à quelques semaines de la visite du président de la République, nous avons pensé, avec François Hollande, qu’il était bon de faire le point et d’avoir un contact direct avec des responsables que je connaissais déjà et de les voir en situation.

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Et donc, très gentiment, j’ai été accueilli, bien sûr, par mon homologue le nouveau ministre des affaires étrangères, mais aussi par le président de la République, le Premier ministre et le président de l’Assemblée nationale. Et puis nous avons rencontré aussi les dirigeants des principaux partis d’opposition, la presse et enfin vous-même. Je repars juste à l’instant pour Paris avant de repartir demain matin pour Bruxelles afin de traiter la question du Mali.

Je suis venu dire aux autorités tunisiennes et, à travers elles, aux Tunisiens, à vous-mêmes, un message tout à fait simple. Parfois il faut des messages simples pour qu’ils passent. C’est un message d’amitié, vis-à-vis de la Tunisie. La France aime la Tunisie. C’est un message de confiance. Nous savons que tout n’est pas facile, et vous le savez encore mieux que moi, mais nous avons confiance dans le futur de la Tunisie, dans ce qu’elle a commencé à faire. Et c’est un message de solidarité puisque la tradition de la France à l’égard de beaucoup de pays, notamment de celui-ci, c’est d’être au soutien de ce qui se fait.

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Bien sûr, ici a commencé un processus, je ne sais pas comment il faut l’appeler - on parle de Printemps arabe mais je ne sais pas si le terme est excellent parce qu’on nous dit qu’après le printemps viennent d’autres saisons, etc. On parle aussi de révolution, de transition, d’un grand changement... Mais c’est ici que ça a commencé, à l’intérieur du pays et ce n’est pas ici par hasard.

Du coup, la Tunisie est porteuse de quelque chose de plus. J’ai dit dès le début que la Tunisie, de tous les pays arabes qui connaissaient ce mouvement, était probablement le pays qui avait le plus de chances de surmonter cette évolution positivement et vite.

Pourquoi cet optimisme ? D’abord parce que c’est un pays qui est à taille humaine. Ensuite c’est un pays qui a un niveau d’éducation important et qui, malgré un certain nombre de drames récents, a une tradition pacifique. C’est un peuple dans l’ensemble raisonnable, qui a le soutien de l’Europe, de la France et d’autres. Je pense qu’il y a beaucoup de raisons d’être confiant.

Bien sûr, il y a des hauts et des bas, et vous les vivez. Économiquement, c’est sûr qu’au début, lorsque des pays font leur révolution ce n’est pas une incitation extraordinaire pour les investisseurs à venir. Mais quand on regarde les chiffres, on a tout de même un taux de croissance cette année qui n’est pas mauvais, même s’il est insuffisant par rapport au nombre de jeunes. Quand on regarde le nombre de touristes, il a baissé mais les touristes français représentent plus à eux seuls que les Britanniques, les Italiens et les Allemands réunis, beaucoup plus. Et puis il y a des mouvements d’investissement positifs qui viennent de France.

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Il se pose cependant la question de la sécurité. Mais c’est une question - malheureusement, après ce que nous avons vécu au Mali nous sommes bien placés pour le dire - qui concerne toute la région. La question n’est pas "la Tunisie". La question, c’est comment est-ce que les démocraties font face au terrorisme international.

C’est une des questions dont j’ai beaucoup parlé avec le Premier ministre et le président de la République, cet après-midi, parce qu’il faut - c’est déjà le cas mais de plus en plus - que la Tunisie, la France et d’autres pays travaillent ensemble sur ces questions. Il n’est pas possible, face à des groupes qui sont internationalisés, organisés, richissimes malheureusement, que les démocraties y aillent « gamberges au vent », en pensant qu’elles vont s’en sortir comme ça.

Nous avons un chemin de coopération entre la Tunisie et la France extrêmement ouvert. Économiquement, bien sûr. Lorsque le président de la République viendra, il annoncera un certain nombre de choses, les visites présidentielles ont en particulier cette utilité. Nous savons qu’il y a beaucoup d’entreprises françaises ici, 1 500 qui font vivre plus de 100.000 personnes. Donc nous devons essayer de pousser tout cela avec un certain nombre de décisions prises soit par la France, soit par l’Europe, soit par les Tunisiens eux-mêmes, soit par d’autres. Il y a des marchés que nous pouvons aller conquérir ensemble.

Il y a une coopération éducative, culturelle. Le français est parlé par beaucoup de monde et c’est un sujet qui a pu être délicat à certains moments mais qui ne l’est pas vraiment. Tous mes interlocuteurs - et ce n’était pas simplement pour être aimable à mon endroit - m’ont dit : « Oui, on a besoin du français, de la France. » Et puis il y a la coopération en matière de sécurité.

Ce que je voulais vous dire c’est tout simple. C’est que nous pensons nous, en tant que gouvernement français, que la Tunisie est un partenaire solide et que nous avons bien l’intention de ne pas le laisser tomber.

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Le tourisme ! Alors j’étais tout à l’heure, quelques minutes, mobilisé par BFM. Et s’il y a des représentants d’agences de tourisme parmi vous, et bien il faut qu’ils m’embauchent ! Je me suis surpris moi-même à dire : « c’est un beau pays, il faut venir ». Mais on ne peut prêcher que par l’exemple. Il faut qu’on élimine toute une série de clichés qui ne sont pas exacts et que l’on retrouve le chemin de ce beau pays.

Un dernier mot, avant que la tempête ne nous arrache. Vous êtes très nombreux ici, beaucoup de binationaux. Vous aimez ce pays, sinon vous n’y seriez pas. Vous jouez un rôle particulier. Parce que - ne prenez pas cela en mal Monsieur l’ambassadeur et Madame la consule - c’est vous les ambassadeurs. Quand vous agissez, c’est vous-même, individuellement, mais c’est un petit peu de l’image de la France. Et je suis reconnaissant pour ce que vous faites, parce que vous n’avez pas eu une période très facile. Parfois même, on a peut-être pris un peu les Français comme des boucs-émissaires, parce que cela arrive dans ce genre de circonstances. Maintenant on a passé le cap.

Et donc je veux vous remercier de ce que vous faites et de ce que vous êtes. Ce n’est pas à vous de me remercier d’être venu trop peu de temps - je reviendrai avec le président de la République mais à ce moment là je serai bien sagement à cette place là et c’est lui qui sera à la tribune - mais c’est à moi de vous remercier du travail que vous faites pour la France, pour la Tunisie et pour notre avenir commun.

Vive la Tunisie, vive la France et vive l’amitié entre la Tunisie et la France.

Dernière modification : 16/05/2013

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