Discours devant la communauté française

Résidence de France de La Marsa
Jeudi 12 mars 2009

L’Ambassadeur de france en Tunisie, M. Serge Degallaix :
Je voudrais, en votre nom, remercier le ministre Jean-Marie Bockel et son épouse d’être venus nous rendre visite. Une visite officielle qui l’amène aujourd’hui à la Marsa, à Tunis et demain dans le Sud, sur cette fameuse ligne de Mareth. La visite de M. Bockel est naturellement symbolique de l’intensité et de la diversité des relations qui unissent nos deux pays.

Je voudrais également remercier le général Ammar, Chef d’état-major des armées, son épouse et le colonel qui l’accompagne, de l’honneur qu’ils font à cette maison d’être présents pour la visite de M. Bockel à qui je cède immédiatement la parole.

Le Secrétaire d’État à la Défense et aux anciens combattants, M. Jean-Marie Bockel :
Merci beaucoup à Serge Degallaix et à son épouse de nous accueillir tous dans cette belle maison de France avec l’ensemble de ses collaborateurs parmi lesquels, bien sûr, l’Attaché de défense et les différents responsables militaires français impliqués dans la coopération.

Je ne voudrais pas oublier de saluer nos amis tunisiens qui nous font l’honneur de leur présence - le Général Rachid Ammar, de nombreux responsables militaires tunisiens, nos anciens combattants que j’ai salués tout à l’heure - et, bien sûr, l’ensemble de la communauté française.

Je salue aussi parmi vous les jeunes des lycées Pierre-Mendès-France et Gustave-Flaubert qui étaient tout à l’heure à nos côtés, dans ce très émouvant cimetière de Gammarth, avec les anciens combattants et avec les soldats tunisiens qui rendaient les honneurs. Ils ont chanté en musique les deux hymnes nationaux et c’était un moment fort que nous avons pu vivre ensemble.

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Photo Anis Mili

Je vous salue tous et toutes.

Dans le cadre de mes fonctions au gouvernement, secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants, le but premier de ma visite concerne, bien entendu, le monde combattant. Le monde combattant, c’est le respect d’un certains nombre d’engagements que nous avons à l’égard des anciens combattants, un droit qu’ils ont acquis par leur sang, au service de la France, de nos idéaux communs et de nos valeurs communes. C’est aussi la mémoire de ceux qui sont morts ici pour notre liberté pendant les grands conflits mondiaux.

Si les lycéens sont là, ce n’est pas uniquement parce qu’ils ont bien chanté les deux hymnes nationaux tout à l’heure. C’est aussi parce qu’ils ont travaillé sur cette question et qu’ils sont allés voir des vétérans dont certains sont présents parmi nous.

Ils ont travaillé sur leurs combats, les batailles qu’ils ont menées, ici en Tunisie, en Afrique du Nord, en Italie et ensuite, en France, après le débarquement de Provence en août 44, jusqu’en Alsace, ma région natale. Je pense notamment à l’épopée du 4e Régiment de tirailleurs tunisiens. J’ai vu tout à l’heure votre exposition, les panneaux qui montraient Orbaix et la marche par-delà le Rhin, vers l’Allemagne.

Vous avez fait un travail remarquable et en faisant ce travail - je le dis devant les anciens combattants ici présents - vous avez finalement fait vivre cette mémoire partagée. Car, par-delà les moments d’histoire que nous avons pu vivre ensemble, ce qui a pu nous séparer par moment et nous réunir à d’autres moments, il y a cette mémoire partagée et ces soldats qui se sont battus. Certains ont perdu la vie ici et d’autres dans la neige du Nord. Ces soldats savaient pourquoi ils se battaient. Ils étaient frères d’armes, quels que soient leur origine, leur lieu de naissance, leur histoire personnelle.

Et vous, en faisant cette exposition, en préparant ces voyages - vous en préparez un pour le mois d’avril à Strasbourg, en Alsace - vous prenez vous-mêmes conscience et vous faites connaître autour de vous, l’importance qu’il y a aujourd’hui à être fiers de ces moments terribles qu’il ne faut pas oublier et qui ont été vécus ensemble par ces soldats.

Mon père a été combattant dans cette armée d’Afrique qui a débarqué à Saint-Tropez. Il était à la tête d’une section du Génie dont il était le seul Européen. Tous les autres soldats étaient des pieds-noirs et beaucoup de Nord-Africains, venus d’Algérie, du Maroc, de Tunisie. Lorsqu’il a perdu une jambe en déminant dans le col de la Schlucht, en Alsace, ce sont des soldats d’Afrique du Nord qui lui ont sauvé la vie, qui l’ont ramené à l’ambulance, puis à l’hôpital. Dans toute nos familles, nous avons des récits de cette nature. C’est quelque chose qui, aujourd’hui, nous lie !

Nous qui sommes là pour vivre le présent et construire l’avenir, nous savons bien qu’il n’y a jamais d’avenir dans l’oubli et que cette mémoire, non pas la nostalgie mais la connaissance de ce qui s’est passé, de ce que nous avons vécu ensemble, de ce que nous avons pu souffrir ensemble, est très importante dans les liens qui nous unissent dans le présent et pour l’avenir.

Ce matin, avant de nous rendre au cimetière de Gammarth, nous avons rendu visite aux agents du secrétariat d’État aux Anciens combattants, qui sont au service des anciens combattants, autour de leur directeur qui est là. Ils sont pour la plupart Tunisiens ou Franco-Tunisiens et j’ai pu constater le sérieux et la qualité de leur travail, leur accueil, leur capacité à répondre à un certain nombre de soucis de santé de personnes qui forcément, d’années en années, vieillissent et ont besoin de soins plus importants, d’une attention particulière. Ils gèrent tous ces aspects, à la fois matériels, financiers, sanitaires, de santé, mais aussi moraux et humains. Il était donc important que je puisse rencontrer nos agents, parler avec eux, tout comme j’ai salué nos agents qui entretiennent les cimetières.

Permettez-moi de leur rendre hommage et de rendre hommage au-delà d’eux, aux anciens combattants qui sont ici présents, anciens combattants de la dernière guerre, j’en ai parlé, anciens combattants d’Indochine également. J’ai pu les saluer et il y avait parmi eux des officiers généraux, notamment un capitaine vétéran né en 1918. Il y avait des combattants de tous grades, chacun avec son histoire, son vécu, ses décorations méritées. Je voulais vraiment les saluer avec émotion, reconnaissance, et dire qu’ils peuvent être fiers de ce qu’ils ont accompli, de génération en génération. Eux, leur famille, leurs enfants, leurs petits enfants, le peuple tunisien et le peuple français.

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Photo Anis Mili

Je suis ici également avec cette responsabilité de secrétaire d’État à la Défense auprès du ministre français de la Défense, M. Hervé Morin. Dans ce cadre, mon Général, Mesdames et Messieurs, je sais que nous faisons, avec tous nos officiers et soldats de la coopération militaire, du très bon travail ensemble, notamment dans le domaine de la formation militaire professionnelle. Nous irons d’ailleurs à Béja, cet après-midi, voir ce qui se fait déjà, et nous irons, demain à Gafsa, voir ce qui pourrait se faire. Il s’agit d’une coopération extrêmement concrète, qui permet de faire beaucoup avec des moyens somme toute raisonnables et dans le strict respect de vos compétences et de vos choix, évidemment.

Il y a aussi, M. le Chef d’état-major, la coopération d’état-major, avec la présence, depuis longtemps, d’officiers tunisiens dans les différentes écoles et centres de formation militaires français. Mais il y a aussi à présent, et c’est une innovation, des officiers français qui seront présents par périodes de cinq mois dans vos écoles de guerre. C’est formidable, c’est une vraie réciprocité qui montre bien le climat de confiance dans lequel nous travaillons.

Nous avons bien sûr aussi une coopération en matière d’armement, en matière opérationnelle, non seulement avec l’armée de terre mais aussi avec la marine et l’aviation. C’est une coopération qui n’est exclusive d’aucune autre et qui contribue à ce climat d’amitié et de confiance.

Et puis il y a une dimension stratégique. Le président de la République française, Nicolas Sarkozy, qui était en visite d’État en avril 2008, a pu s’entretenir, comme il le fait d’ailleurs régulièrement, avec le président Ben Ali, qui s’est montré d’emblée partie prenante de l’Union pour la Méditerranée. Il y aura un Centre d’études maghrébines et de recherche stratégique (CEMRS) pour donner un contenu à ce concept en matière stratégique, CEMRS, sans parler de toutes les démarches 5+5.

Tout ceci pour vous dire que notre coopération, pour être concrète et ancrée dans l’histoire, regarde loin et aborde toutes les questions. Les questions stratégiques, de guerre et de paix, de risques auxquels nous sommes confrontés ensemble, de lutte contre le terrorisme et contre ces risques-là, qui nous touchent tous, mais également de développement, car l’Union pour la Méditerranée c’est d’abord un projet de développement partagé, respectueux de la culture, de l’économie, de l’histoire de chacun. C’est la prise de conscience que nos destins sont indissolublement liés, que nous ne pouvons réussir qu’ensemble, de part et d’autre de Mare nostrum !

(...)

Vous savez, j’aime votre pays. J’y suis venu pour la première fois il y a 40 ans, en camp scout. C’était en 1968. J’y suis revenu régulièrement depuis, y compris à titre privé. Alors je voulais simplement vous remercier de tout ce que vous faites les uns et les autres, en mémoire de tous ceux qui nous permettent d’être là, libres et amis.

Vive l’amitié entre la Tunisie et la France. Merci beaucoup.

Dernière modification : 24/03/2011

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