Echange avec des étudiants tunisiens à la Cité des sciences

M. François Fillon, Premier ministre de la République française, a conduit cet échange avec des étudiants tunisiens, le jeudi 23 avril 2009, à la Cité des sciences de Tunis.

Maintenant, c’est à vous de vous exprimer. Je prends la direction des opérations, peut-être que le ministre de l’Enseignement supérieur me le pardonnera, mais j’ai été deux fois ministre de l’Enseignement supérieur, c’est le métier le plus difficile qui soit au gouvernement, d’ailleurs.

Question : Je suis étudiante-chercheure en linguistique française. Monsieur le Premier ministre, merci pour ce meeting tout à fait intéressant.
Vous avez traité d’un thème auquel étudiants et chercheurs sont extrêmement sensibles, à savoir la mobilité et le partenariat. J’ai quelques observations à faire sur les deux concepts. D’abord, la mobilité n’a de sens que si elle est facilitée par une politique qui la favorise. Or, on constate qu’il y a de plus en plus de difficultés à obtenir des visas pour l’Europe. La politique de voisinage signifierait donc : « Soyons bons voisins, mais que chacun reste chez soi ».
C’est pourquoi, une charte de la mobilité des étudiants et des chercheurs est absolument nécessaire aussi bien au niveau euroméditerranéen, au niveau de l’Union pour la Méditerranée, qu’au niveau de la coopération bilatérale tuniso-française. Aujourd’hui, on voit bien ce à quoi sert la mobilité au sein de l’Europe, mais la visibilité de la mobilité autours de l’ensemble de la Méditerranée n’est pas évidente.
Que signifie cette charte ? Cette charte régit d’abord la mobilité euroméditerranéenne pour en faire un vecteur de développement scientifique, de partage de la connaissance et de la technologie. Elle définit également les intérêts stratégiques à moyen et à long terme de cette mobilité. Elle protège les intérêts des communautés scientifiques et détermine les droits des chercheurs. Elle donne enfin de la visibilité à cette mobilité qui se pratique, mais on ne sait pas trop à quoi elle sert, quels en sont les tenants et les aboutissants. Merci Monsieur le Premier ministre.

Réponse : D’abord, je voudrais commencer par une idée reçue selon laquelle ce serait de plus en plus difficile d’obtenir des visas pour venir étudier en France. La vérité, c’est que le nombre de visas qui ont été accordés pour les étudiants tunisiens en France a été plus que doublé depuis 2002. Pour ne prendre que l’année 2008, ils ont augmenté de 7% alors même que vous ressentez - et vous allez me dire que c’est ce qui compte - une plus grande difficulté à les obtenir.

Pourquoi ressentez-vous une plus grande difficulté à les obtenir ? Parce que vous êtes beaucoup plus nombreux à être étudiants. C’est ce que j’évoquais à l’instant, ce phénomène évidemment très important et que la France a connu il n’y a pas si longtemps d’ailleurs, puisqu’il y a une vingtaine d’années, la France avait grosso modo 500.000 ou 600.000 étudiants et qu’elle en a aujourd’hui un peu plus de deux millions. Ce qui fait d’ailleurs que tout le monde se trouve serré dans des universités qui sont trop petites où il faut investir et où on ressent une difficulté d’être et de vivre du fait de cette croissance.

D’une certaine façon, vous ressentez vous aussi une difficulté, qui est liée au fait qu’il y a une demande beaucoup plus forte et, en même temps, des pays européens dont la capacité d’accueil universitaire dans des conditions normales, de bonnes conditions pour les étudiants, n’a pas été multipliée par deux ou par trois. Il faut donc bien qu’on décide ensemble, d’abord d’État à État. C’est ce que nous avons fait avec l’accord signé en 2008 qui va être ratifié dans quelques semaines par le Parlement français : décider des conditions générales de cette mobilité.

Et puis ensuite, il faut qu’entre les établissements universitaires se nouent ces coopérations qui vont permettre d’augmenter le nombre des étudiants accueillis dans chacun des pays dans des conditions qui soient des conditions qui respectent ce que vous êtes. C’est-à-dire qu’on ne vous accueille pas sans s’occuper de vous, sans vous apporter le soutien dont vous avez besoin, mais simplement sur la base du nombre. Il s’agit d’une coopération qui doit être qualitative. Chaque étudiant étranger, chaque étudiant tunisien accueilli en France doit être un cas particulier, traité comme tel, soutenu, qu’on va conduire à la réussite et au succès.

Ce n’est pas franchement indispensable d’augmenter. C’est d’ailleurs un des sujets des réformes que nous conduisons en ce moment avec Valérie Pécresse. Le nombre trop important d’échecs dans les premiers cycles des universités françaises est une des grandes difficultés que nous rencontrons aujourd’hui puisque près de la moitié des étudiants français connaissent à la fin du premier cycle un échec qui les conduit souvent à une réorientation.

Vous voyez, le sujet est plus complexe que la perception que vous en avez, et deuxièmement, il nécessite de multiplier ces accords de coopération, ces accords sur la délivrance de diplômes communs, ces accords qui permettent d’effectuer une partie de sa scolarité ou de son parcours universitaire dans un établissement d’un pays puis dans celui d’un autre. C’est dans ce sens que nous allons ; c’est dans ce sens que va la Tunisie avec la modernisation, la réforme de son système pour se mettre au niveau de ce qu’on appelle le LMD, c’est-à-dire le système européen qui facilite lui aussi beaucoup la mobilité.

Donc, ce que vous souhaitez c’est ce que nous sommes en train d’essayer de faire mais, comme toujours naturellement, vous êtes impatients et c’est normal. Vous avez plus d’exigences. Nous sommes capables, au rythme où les choses se font, au rythme où les investissements réels se réalisent, au rythme où les recrutements humains se font, d’apporter des réponses à vos questions.

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Photo Fethi Belaïd

Question : Monsieur le Premier ministre, merci de nous avoir donné cette occasion de vous rencontrer et de dialoguer avec vous. Je travaille à l’Institut de presse et des sciences de l’information.
Bien évidemment, la coopération universitaire et scientifique entre la Tunisie et la France est forte de ses acquis et de ses traditions. Alors je pense que le moment est venu pour que nos chercheurs et nos universitaires puissent bénéficier d’un accès meilleur aux médias français pour qu’ils puissent exprimer leur point de vue sur les performances de la Tunisie dans les domaines de la libération de la femme, du dialogue des civilisations et des religions, de la recherche scientifique et de l’innovation technologique.
La Tunisie fait un effort de développement humain et scientifique de grande ampleur. Mais les médias internationaux n’en rendent pas compte comme il se doit. Par exemple, nous avons des chaires de recherche sur l’approche comparée des religions et des civilisations qui sont peu connues par les Occidentaux. La femme tunisienne a des acquis qui sont également peu connus. Par exemple, avec 60% des étudiants qui sont des filles, la Tunisie a rejoint dans ce domaine les pays les plus développés. Alors des documentaires sur la femme tunisienne, ses acquis, ses performances, ou peut-être sur l’université de la Zitouna, université de théologie, ses programmes, ses diplômés, ses méthodologies sont à faire puisqu’il s’agit là d’une approche progressiste qui rompt avec les images figées que les médias internationaux diffusent de l’Islam.
Il faut montrer qu’il existe un Islam tolérant, un Islam ouvert, dont se réclame la Tunisie et que cet Islam est à prendre comme modèle. Il faudrait que la France, le pays d’Europe le plus proche de la Tunisie, fasse un plus grand effort pour diffuser au niveau européen et international le modèle de société tunisien qui est bâti sur l’investissement lourd dans l’éducation, la recherche, la technologie ainsi que sur la libération du potentiel créateur de la femme. Merci.

Réponse : Je ne suis pas sûr que je sois le mieux placé pour vous expliquer comment est-ce qu’on peut convaincre les médias de dire du bien de la Tunisie comme moi j’essaie de faire en sorte que les médias disent du bien du gouvernement français et de la majorité qui le gouverne.

Ce qui est certain, c’est que la richesse de la coopération qui existe entre nos deux pays, notamment la coopération non gouvernementale, la coopération entre les entreprises, la coopération entre les laboratoires, la coopération entre les universités, montre bien que la Tunisie est un pays dont l’image n’est pas, sur le plan international, exactement au niveau de la réalité.

Je le disais tout à l’heure, la France est le premier partenaire de la Tunisie. Le taux de croissance de l’économie tunisienne, malgré les difficultés de la crise économique, est parfaitement remarquable. Cet effort fait en matière d’éducation est spectaculaire et, encore une fois, j’en mesure toutes les difficultés et tous les efforts qu’il représente pour le gouvernement tunisien et pour le pays, pour la communauté toute entière.

Il faut naturellement, mais c’est plus à vous de le faire, faire connaître tout cela, être présent dans le débat international. D’une certaine manière, ce que nous proposons, avec le président de la République et avec l’Union pour la Méditerranée - vous allez dire que je ramène l’Union pour la Méditerranée à chaque instant, parce que je crois vraiment que c’est un changement qualitatif considérable pour toute la région -, c’est un nouveau forum, c’est un nouveau lieu d’échange, c’est un nouveau lieu de débat et c’est un nouveau lieu que nous avons voulu d’égal à égal. C’est-à-dire qu’il n’y a pas d’un côté la rive Nord de la Méditerranée qui apporte de l’aide à la rive Sud. Ce sont les deux rives qui décident ensemble d’une politique commune de développement. Je pense que c’est un très bon endroit pour faire valoir les mérites du fonctionnement de la Tunisie, de son développement et de son économie. Il faut qu’il y ait un vrai dialogue entre les deux rives de la Méditerranée et c’est de cette façon-là que les choses se passeront.

Au fond, je sais que la comparaison n’est pas totalement raisonnable, mais quand nous avons, avec le président de la République, conçu cette idée d’Union pour la Méditerranée, nous sommes partis d’un raisonnement qui était très simple : l’Europe, pendant des siècles, était la région la plus divisée du monde. Celle où les affrontements étaient les plus sanglants. D’ailleurs, au XXe siècle, c’est là que les affrontements ont été les plus sanglants dans le monde. Qu’est-ce qu’on a fait au lendemain de la Seconde guerre mondiale, pour essayer de sortir de cette situation qui était la nôtre depuis des siècles et des siècles ? On a fait l’Europe.

C’est-à-dire qu’on a essayé de concevoir une coopération autour de projets concrets. Au début c’était l’énergie, ensuite cela a été l’économie, le marché commun. On a essayé de concevoir une coopération concrète pour en finir avec nos affrontements et organiser le dialogue entre nos peuples. Et bien au fond - toute proportion gardée naturellement, nous ne sommes pas dans la même situation -, c’est cette idée que nous essayons de promouvoir avec l’Union pour la Méditerranée : faire du Bassin méditerranéen, de nouveau, (la source de) rayonnement d’un renouveau culturel, d’un renouveau technologique, qui apportera naturellement, même si ça prend du temps, cette coexistence pacifique, ce dialogue des cultures que, d’une certaine façon, vous trouvez qu’on ne rapporte pas suffisamment sur la scène internationale.

Et puis, multiplions les échanges entre nos moyens d’information. Je disais tout à l’heure au Premier ministre que je souhaitais qu’il y ait peut-être plus de chaînes francophones sur les écrans de télévision tunisiens. Il y a des propositions à faire dans ce domaine. C’est aussi une façon de multiplier les échanges et les échanges d’information.

Question : Merci, Monsieur le Premier ministre. Je suis étudiant en français à l’École normale supérieure de Tunis et je suis très honoré d’être convié à ce meeting.
Je voudrais juste faire une remarque au sujet de la mobilité des étudiants entre la Tunisie et la France. L’École normale supérieure a de solides acquis dans ce domaine avec les Écoles normales françaises, notamment sur la base de partenariats assez équilibrés et multiformes, sous la forme de stages estudiantins, écoles d’été, échanges de professeur, etc.
Néanmoins, les réductions budgétaires effectuées notamment pas votre gouvernement, dont nous ne pouvons pas discuter des raisons objectives internes, ont eu une incidence négative sur le nombre de normaliens tunisiens en stage annuel en France. Nous souhaitons que les réductions en question n’affectent pas les écoles d’élite comme l’École normale supérieure. La vocation de ces élites pour des domaines aussi importants que l’enseignement et la recherche méritent peut-être des mesures exceptionnelles dans le cadre de la coopération bilatérale. Merci Monsieur le Premier ministre.

Réponse : J’interrogeais le ministre de l’Enseignement supérieur parce qu’il n’y a pas de raison que ce soit moi qui soit obligé de répondre à toutes les questions. Surtout que là, en l’occurrence, elle est directement concernée.

Ce que je veux simplement dire avant qu’elle ne réponde, c’est qu’il y a peut-être à l’École normale supérieure des difficultés financières liées à la gestion passée de cette école mais il n’y a pas de réduction des crédits de l’enseignement supérieur. C’est-à-dire que, comme je l’ai dit tout à l’heure, nous augmentons actuellement le budget de l’enseignement supérieur d’un milliard d’euros chaque année et nous allons, en cinq ans, l’augmenter de cinquante pour cent. Je pense que cela ne s’est jamais produit dans l’histoire, au moins moderne, de notre pays. Donc il n’y a pas de réduction de crédits. Mais il y a peut-être, à l’École normale supérieure, une difficulté particulière.

Valérie Pécresse : J’imagine que vous parlez de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, à Paris. Cette école a connu un plan de restructuration très important mais qui date d’avant même mon arrivée au gouvernement. À l’arrivée de Madame Canto-Sperber, il y a trois ans, on lui a donné comme mission de rétablir les comptes de l’École. Il y a donc eu, effectivement, un effort très important de retour à l’équilibre des comptes de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm.

Mais aujourd’hui, grâce à la loi sur l’autonomie qui vient de passer, il y a d’abord la possibilité pour l’École de développer des partenariats nouveaux, y compris avec des fondations, et donc de recueillir des fond nouveaux. Et puis il y a les crédits budgétaires nouveaux que nous accordons à toutes les écoles.

La rue d’Ulm est dans un partenariat quadriennal. Il se trouve que là, pendant ces quatre ans, il y avait vraiment un effort d’assainissement des comptes à faire. L’École était structurellement déficitaire et il fallait faire cet effort. Jean-Claude Mallet, Monique Canto-Sperber l’ont fait très courageusement et, l’année dernière, je leur ai donné une gratification d’1,5 millions d’euros supplémentaires pour tenir compte justement des efforts qu’ils avaient faits.

Alors vous avez été "victimes" de cet effort de rationalisation budgétaire de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, qui est vraiment très ponctuel. Mais aujourd’hui, elle est à l’équilibre et elle est à nouveau dans une logique de dynamique. L’année prochaine, dans le cadre du plan de relance, nous allons donner quatre millions et demi d’euros à Hulmes pour que l’École puissent refaire complètement son bâtiment.

Question : Monsieur le Premier ministre, merci pour ce meeting et pour cet intérêt pour les étudiants tunisiens. Je suis étudiante à l’École polytechnique de Tunisie.
Je voudrais mettre l’accent sur un point qui me semble essentiel pour l’avenir de la coopération scientifique entre la Tunisie et la France. La Tunisie a créé de solides traditions de recherche et possède une bonne masse critique en matière de recherche appliquée et académique. _ Monsieur le Premier ministre, je voudrais à cette occasion rappeler que les relations entre les institutions françaises et l’École polytechnique de Tunisie sont très étroites. En effet, chaque année, un forum de rencontre avec les entreprises se tient dans notre école. Maintenant, il est devenu un carrefour incontournable pour les acteurs économiques du pays et nous sommes heureux de compter parmi les entreprises présentes un nombre important d’entreprises françaises.
Par ailleurs, nos élèves ingénieurs sont accueillis par des laboratoires et des sociétés françaises dans le cadre de stages et de voyages d’études. Je peux nommer à titre d’exemple les sociétés Total et Thalès. Ces relations s’étendent également pour des recrutements annuels de nos élèves par les entreprises françaises installées en Tunisie, comme ST microélectronique et Sagem.
En outre, dans le cadre de notre formation, plusieurs professeurs visiteurs français interviennent à travers des modules et des conférences. Ainsi, nous ne pouvons à cette occasion que souhaiter que cet échange de visites se renforce et s’étende pour que les étudiants puissent également en bénéficier.
Enfin, je pense que nous devons nous orienter davantage vers la recherche/développement pour que nos structures de recherche contribuent d’une manière plus efficace au développement du pays et apportent à l’économie et à la société les solutions et les alternatives dont elles ont besoin. Monsieur le Premier ministre, je pense que la coopération tuniso-française pourrait être dorénavant mieux focalisée sur cette nouvelle dimension, car nos traditions en recherche/développement sont encore assez élémentaires.

Réponse : Je vous remercie et je vous dis que c’est exactement ce qu’on est en train de faire. Ce sont les accords que nous venons de signer. C’est au fond le passage à la vitesse supérieure dans une coopération d’égal à égal, sur beaucoup de sujets.

On évoquait tout à l’heure l’accord qui avait été signé en matière aéronautique par nos deux présidents il y a un an. Cet accord n’est pas seulement un accord qui vise, pour la Tunisie, à acheter des avions fabriqués en Europe, mais c’est un accord qui vise à mettre en place les structures qui vont permettre à la Tunisie d’acquérir des compétences en matière d’entretien, en matière de maintenance, et qui vont lui donner progressivement une base industrielle.

La coopération que nous lançons dans le domaine nucléaire découle évidemment de ce point de vue-là encore, à travers une idée simple et que franchement nous aurions pu avoir depuis longtemps selon laquelle nous pouvons partager notre compétence, notre expertise en matière d’énergie nucléaire, parce que c’est l’avenir de la planète qui est en jeu. C’est l’avenir de la planète en termes de lutte contre le réchauffement climatique et en termes d’égalité d’accès à l’énergie face à la diminution progressive des énergies fossiles.

Et bien, derrière cette coopération qui se met en place, il y a tout une coopération universitaire, technologique, la création d’instituts, des formations croisées qui vont être mis en place et qui vont avoir un impact très très fort sur la recherche et sur la qualité de la formation, ici en Tunisie. J’évoquais tout à l’heure cette idée pour laquelle nous avons signé ce protocole relatif à une nouvelle école d’ingénieurs. Aujourd’hui, il n’y a pas d’école d’ingénieurs sans lien avec les établissements de recherche, avec les établissements universitaires.

Voilà, nous sommes en train de mettre en place un réseau qui va déboucher sur des coopérations naturelles. C’est-à-dire qu’il y aura de moins en moins besoin de visites du Premier ministre français à Tunis et de visites du Premier ministre tunisien à Paris parce que la toile d’araignée des accords industriels et universitaires va elle-même générer de plus en plus de liens. Nous sommes donc parfaitement dans la perspective que vous avez évoquée et j’ai dit tout à l’heure au Premier ministre qu’il y avait entre la France et la Tunisie une relation qui était vraiment une relation spéciale. Je pense que la qualité de la coopération, et sur le plan intellectuel et sur le plan économique, entre la France et la Tunisie n’a pas d’égale entre d’autres pays de ces deux rives de la Méditerranée.

Une dernière question, parce que l’Ambassadeur, qui veille sur mon emploi du temps avec vigilance, me dit qu’on ne pourra malheureusement pas répondre à toutes.

Question : Je suis également étudiante à l’École normale de Tunis. Tout d’abord, c’est un grand honneur de pouvoir m’adresser au Premier ministre français et également à Madame la ministre de l’Enseignement supérieur. La France est un pays que j’admire et dont j’étudie la civilisation et la littérature depuis des années.
Je voulais revenir sur le projet d’Union pour la Méditerranée. Comme vous l’avez si bien évoqué, le projet a été très bien accueilli en Tunisie, avec beaucoup d’optimisme. Nous espérons donc qu’il aura un grand impact sur le système d’enseignement supérieur des pays riverains de la Méditerranée et qu’il pourra - pourquoi pas ? - aboutir à la création d’un espace commun d’enseignement supérieur de confluence euromediterranéenne où pourront dialoguer avec plus d’harmonie les civilisations et les cultures avec des échanges de tous ordres. Merci.

Réponse : C’est la meilleure illustration de la force de ce projet. Et ce projet, il ne vivra que si vous, en particulier, vous les jeunes de tous les pays méditerranéens, vous exigez que, progressivement, cet espace se mette en place. Cela prendra du temps, il ne faut pas rêver ! Nous-mêmes, dans le cadre de l’Union européenne, nous avons mis des années et des années pour fonder cet espace commun que nous venons par exemple de réaliser sur le plan de l’enseignement supérieur et de la recherche. Mais c’est vraiment l’essence même du projet que nous avons essayé d’impulser, c’est-à-dire le contraire de ce qui se faisait jusqu’à maintenant.

Ce qui se faisait jusqu’à maintenant, c’était le Nord, l’Union européenne qui proposait des coopérations qu’elle choisissait d’ailleurs elle-même, aux pays du Sud de la Méditerranée. C’était Barcelone. Et bien, ce que nous voulons, c’est un système dans lequel c’est, dans un premier temps, l’Union européenne à égalité avec les pays riverains de la Méditerranée qui bâtissent ensemble un projet de développement, lequel, de mon point de vue, a vocation à déboucher sur un vrai projet regroupant d’abord et en premier lieu, les pays riverains de l’Union pour la Méditerranée.

Nous allons mettre en place un Institut de recherche dans le cadre de cette Union pour la Méditerranée qui peut être un peu le laboratoire qui permettra de développer cet espace commun auquel vous rêvez. Si nous parvenons à ce résultat là, à celui que vous-même venez d’indiquer, je pense que nous aurons profondément changé l’avenir de tous les peuples du Bassin méditerranéen, dans le sens du progrès pour toute l’humanité.

Dernière modification : 24/03/2011

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