Éditeurs et libraires du monde entier à Tunis

Éditeurs et libraires francophones du monde entier se sont donnés rendez-vous à Tunis, les 21 et 22 novembre 2011, à l’occasion de journées professionnelles organisées par le Bureau international de l’édition française (BIEF), avec le soutien de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) et du Centre national du livre (CNL), en liaison avec l’Association internationale des libraires francophones (AILF), les professionnels du livre tunisiens et l’Institut français de Tunisie (IFT).

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Rencontres professionnelles des éditeurs et libraires francophones

Au programme : les politiques du livre, les nouvelles formes de coopération éditoriale, les nouveaux canaux de diffusion, l’évolution des relations entre éditeurs et libraires, l’émergence d’une offre numérique ou encore la culture du livre dans le monde francophone.

L’Ambassadeur Boris Boillon a eu le plaisir de recevoir les participants à la résidence de France, pour une réception marquée par l’engagement et le sérieux des conversations.

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A gauche, le président du Bureau international de l’édition française Alain Gründ ; à droite, l’ambassadeur de France en Tunisie Boris Boillon.

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Intervention de l’Ambassadeur de France en Tunisie

Chères éditrices, chers éditeurs, chers libraires,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Je suis heureux de vous accueillir ce soir avec mon épouse à l’occasion de cette importante rencontre entre éditeurs et libraires de la francophonie. Je remercie l’ensemble de ceux qui ont contribué à son organisation, le Bureau international de l’édition française, l’Organisation internationale de la Francophonie, l’Association internationale des libraires francophones, le Centre national du livre et, naturellement, les professionnels du livre tunisiens (et l’Institut français de Tunisie).

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A gauche, Valéry Freland, Dr de l’Institut français de Tunisie ; à droite, Faouzi Daldoul, dirigeant des librairies Clairefontaine.

1- Je me réjouis qu’après Québec en 2007 et Beyrouth en 2009, votre choix se soit porté cette année sur Tunis. J’y vois un hommage au rôle majeur joué par la Tunisie dans l’émergence de la communauté francophone, communauté de langue mais aussi de valeurs. Chacun se souvient en effet que cette belle idée, nous la devons à des pères fondateurs, parmi lesquels figurait le Président Habib Bourguiba, aux côtés notamment de Léopold Sedar Senghor, d’Hamani Diori (président nigérien) ou encore de Norodom Sihanouk.

Mais je vois aussi dans votre présence ici aujourd’hui un hommage à la Révolution tunisienne du 14 janvier et votre volonté de manifester au peuple tunisien votre admiration pour cet évènement à l’origine du "printemps arabe", ainsi que pour un processus démocratique en cours exemplaire. Ces principes de liberté, de dignité, de droits de l’Homme et de démocratie sont parmi les principes fondateurs de la Francophonie et de l’Organisation internationale qui l’incarne.

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De gauche à droite, Mohamed Salah Rassaa des éditions Sahar, Dominique Bergouignan, Dr de la médiathèque Charles-de-Gaulle, et Belgacem Belgaroui, des éditions Kitabi.

2- Au-delà de ce signal fraternel et politique, votre rencontre est avant tout une rencontre entre professionnels du livre, entre éditeurs et libraires, afin de réfléchir aux enjeux auxquels, ensemble, vous êtes confrontés, et de regarder comment cet espace commun qu’est la Francophonie peut contribuer à y apporter des réponses.

Et les questions qui se posent à vous, dans un contexte de mondialisation et de mutation technologique sans précédent, sont nombreuses.

Dans le contexte actuel, comment promouvoir la diversité culturelle et la pluralité des langues ? Comment s’emparer au mieux des nouveaux canaux de diffusion – on pense naturellement à internet - sans abandonner la médiation et la qualité de service qu’apportent les librairies traditionnelles, dans lesquelles chacun aime à flâner ? Quel rôle dans cet environnement en pleine transformation pour l’éditeur, le libraire ? Et quelles missions pour les pouvoirs publics, entre soutien et régulation ?

Il s’agit là de vastes chantiers et d’enjeux culturels primordiaux. Je suis persuadé que la Francophonie peut contribuer à y apporter des réponses, elle qui est fondée sur les valeurs de démocratie, mais aussi de diversité et de solidarité.

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Au premier plan à gauche, Raouf Dakhlaoui, de la librairie Art Libris.

3- Car la diversité est en effet consubstantielle à la Francophonie : réunis autour de la langue que nous avons en partage, nous représentons à travers l’OIF près d’une soixantaine de pays et 220 millions de locuteurs - 750 millions en 2050, selon les prévisions de l’OIF - issus des cinq continents. Ce sont autant de cultures, de traditions, d’expressions artistiques.

Il est d’ailleurs frappant de constater à quel point, de plus en plus, ce sont des artistes de langue française, nés sur les cinq continents, qui renouvellent et enrichissent l’apport essentiel de cette langue à la culture universelle, comme ont pu le constater les États généraux du français, qui se sont tenus récemment à Paris, ou comme l’a encore illustré le dernier Salon du livre francophone de Beyrouth.

C’est la raison pour laquelle la Francophonie a été à la pointe du combat pour la diversité culturelle et a joué un rôle majeur en faveur de l’adoption par l’UNESCO, en 2005, de la convention en vertu de laquelle les « biens et services culturels ne sont pas des produits comme les autres ». Car si les mutations en cours peuvent nous permettre d’accéder à une offre toujours plus grande, nous devons veiller à ce qu’elle n’aboutisse ni à l’appauvrissement et à la standardisation de cette offre culturelle, ni à son uniformisation.

Très tôt, la France a milité pour que soit reconnu aux biens culturels un statut particulier afin qu’ils ne soient pas à la merci de la seule loi du marché. C’est ainsi que la loi sur le prix unique du livre, adoptée en 1981, a permis de maintenir un réseau de librairies indépendantes qui aurait sans cela disparu au profit de la grande distribution. Cette loi fait encore aujourd’hui de nombreux émules dans le monde, et je m’en félicite.

Quant à la Tunisie, de par sa très longue histoire qui l’a placée au croisement des peuples et des cultures, elle est également l’un des pays les mieux placés pour être à l’avant-garde du combat pour la diversité culturelle.

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Nebiha Belmahdi, directrice de la lecture publique au ministère de la Culture.

4- Ce combat pour la diversité va de pair avec celui pour la solidarité. La langue française peut en effet jouer un rôle moteur dans les rapports Nord-Sud mais aussi Sud-Sud, tant sur le plan économique que culturel.

L’Organisation internationale de la Francophonie joue à cet égard un rôle important, comme cela vous a été rappelé ce matin par son représentant.

C’est dans cette perspective aussi que notre coopération apporte tout naturellement son soutien aux éditeurs, aux libraires et aux auteurs francophones de Tunisie. Elle aide chaque année une vingtaine de projets éditoriaux en langue française. Elle apporte également son soutien à la modernisation de la lecture publique tunisienne et suit de près les projets en cours fondamentaux de numérisation du patrimoine national et de création d’un Centre national du livre tunisien. L’institution française qui porte ce même nom et dont nous accueillons ici ce soir le président, M. Jean-François Colosimo, a fait ses preuves en France et a largement démontré son utilité au service de toutes les professions du livre.

Je vous souhaite une excellente poursuite de vos travaux qui sauront, nous l’espérons tous, faire naître de nouveaux et fructueux partenariats au service de la Francophonie, de la démocratie, de la diversité culturelle et de la solidarité.

Je vous remercie.

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Lotfi Essid, des éditions View design, et Boris Boillon, ambassadeur de France en Tunisie.

Dernière modification : 29/11/2011

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