Engagement de la France au Mali

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Discours du président François Hollande à Bamako

Le 2 février 2013

« Monsieur le Président du Mali, vous venez à l’instant de remercier la France à travers ma personne, à travers le gouvernement ici représenté. J’y suis sensible. J’en suis fier. Mais à mon tour d’exprimer au peuple malien toute ma gratitude pour son accueil exceptionnel.
Tout au long de cette journée commencée à Mopti, poursuivie à Tombouctou, se terminant ici à Bamako et partout les mêmes clameurs, la même ferveur pour dire « Vive la France et vive le Mali ! ».

Oui, c’est vrai, j’ai pris une décision grave le 10 janvier d’engager les soldats français avec les soldats maliens. C’était l’appel que m’avait lancé le président Traore. C’était le devoir de la France qui agissait au nom de la communauté internationale avec le soutien des pays européens dans le cadre des Nations unies. Oui, nous devions être là parce ce qu’il était important de combattre, c’était le terrorisme. Le terrorisme ici au Mali, le terrorisme en Afrique de l’Ouest, le terrorisme partout.
Agissant ainsi, la France était à la hauteur de son histoire, de la République, des droits de l’Homme et donc de la démocratie.

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Depuis cette date du 10 janvier, de l’intervention de la France, ville après ville, village après village, les armées du Mali et de la France appuyées par les pays de l’Afrique de l’Ouest rendent enfin au Mali son unité, son intégrité et sa force.

Oui, le terrorisme a été repoussé, il a été chassé mais il n’a pas encore été vaincu. Je veux saluer devant vous le sacrifice des soldats maliens. Je pense aussi au Commandant Damien Boiteux, mort pour la liberté et dont je m’honore de dire que, ici, beaucoup de parents maliens ont appelé leur enfant Damien en souvenir du sacrifice qui fut le sien.

La France est à vos côtés, non pas pour servir je ne sais quel intérêt, nous n’en avons aucun, non pas pour protéger telle ou telle faction, ou pour tel ou tel parti du Mali… Non, nous sommes à vos côtés pour le Mali tout entier et pour l’Afrique de l’Ouest. Nous nous battons ici pour que le Mali vive en paix et en démocratie. Et vous avez donné la meilleure des images aujourd’hui avec votre chaleur, avec votre ferveur mais aussi avec votre douleur pendant tous ces mois où le fanatisme a sévi dans le nord du Mali.

Nous nous battons en fraternité, Maliens, Français, Africains parce que moi je n’oublie pas que lorsque la France a été elle-même attaquée, lorsqu’elle cherchait des soutiens, des alliés, lorsqu’elle était menacée pour son unité territoriale, qui est venu alors ? C’est l’Afrique, c’est le Mali. Merci, merci au Mali. Nous payons aujourd’hui notre dette à votre égard.

Mais je vous l’ai dit, le combat n’est pas terminé. Les groupes terroristes sont affaiblis, ils ont subi de lourdes pertes mais ils n’ont pas disparu. Alors qu’avons-nous à faire ? Continuer, poursuivre. Et la France restera avec vous le temps qu’il faudra c’est-à-dire le temps que les Africains eux-mêmes prendront à travers la MISMA pour nous suppléer, pour nous remplacer. Mais jusque-là, nous serons à vos côtés, jusqu’au bout, jusqu’au nord Mali.

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Cliquez pour en savoir plus sur la visite de François Hollande au Mali (photo AFP)

Mais je vous l’avoue aussi, parce que c’est le respect que je vous dois, la France n’a pas vocation à rester ici au Mali, parce que ce sont les Maliens eux-mêmes, les Africains qui assureront la sécurité, l’indépendance, la souveraineté. C’est ainsi que je conçois les relations entre la France et l’Afrique. Le respect, la démocratie, la transparence. C’est vous, maintenant, qui allez porter votre destin.

Je m’exprime ici devant le monument de l’indépendance, pour rendre hommage à votre histoire mais aussi pour vous dire que votre pays va connaître une nouvelle indépendance qui ne sera plus, cette fois, la victoire sur le système colonial mais la victoire sur le terrorisme, l’intolérance et le fanatisme. Voilà votre indépendance.

La France est aux côtés du Mali par ses soldats mais elle est aussi aux côtés du Mali par son aide, par son soutien. Nous avons décidé d’être à vos côtés pour vous accompagner dans le redressement économique ; dans la renaissance de vos services publics, pour l’éducation, la santé, la sécurité. Nous contribuerons à la réédification des sites culturels maliens.

Nous ne serons pas seuls à le faire, l’Europe est à vos côtés. La communauté internationale est avec vous, l’UNESCO représentée par sa directrice générale est là aussi parce que nous ne pouvons pas accepter ce qui s’est passé à Tombouctou : des lieux saints qui ont été hélas souillés, des monuments qui ont été profanés, des documents historiques qui ont disparu… Nous les reconstituerons avec vous. Parce que c’est le patrimoine du Mali mais aussi parce que c’est le patrimoine de toute l’humanité que vous avez en charge.

Je connais les souffrances qu’a provoquées l’occupation des villes du nord du Mali. Ceux qui se sont associés aux groupes terroristes devront répondre de leur crime. Devant la justice, il ne doit pas y avoir d’impunité pour ces actes. Mais c’est à la justice malienne, à la justice internationale, à la Cour pénale de faire en sorte qu’il puisse y avoir la juste sanction de ces crimes. Mais la justice n’est pas la vengeance. Ce n’est pas l’exaction. Aucune souffrance ne peut expliquer le pillage ou une exaction. On ne répare par une injustice par une autre injustice. Vous devez être exemplaires. Vous êtes regardés par toute la communauté internationale. Oui, nous devons châtier les criminels, les terroristes mais nous devons le faire, vous devez le faire avec le respect des droits de l’Homme, ceux-là même qui ont été bafoués, floués par les terroristes.

Dans cet esprit de confiance à l’égard du Mali, je sais l’effort qu’il reste à faire : retrouver l’intégrité territoriale de tout le Mali. Aucune ville, aucun village ne doit être occupé par les terroristes et échapper à la souveraineté du Mali.

Oui, nous avons aussi à engager ce processus de sécurité par la MISMA, par les forces africaines. Oui, vous avez à faire la transition politique, la démocratie, les élections. Faites de belles élections au mois de juillet. Montrez à toute l’Afrique, à tout le monde que le Mali est un exemple et faites en sorte que la France puisse se dire que ce que vous faites ici au Mali méritait bien le sacrifice de nos soldats.

Ce qui se joue aussi, c’est la relation entre l’Europe et l’Afrique. Nous avons besoin de nos deux continents ensemble pour assurer l’avenir. Nous avons besoin de la communauté internationale, nous avons besoin des aides qui viendront de partout pour vous. Et puis nous avons besoin de la France et du Mali unis, ensemble, les deux peuples qui se retrouvent dans les mêmes fondements, dans les mêmes valeurs.

J’ai parlé aux Maliens qui vivent en France. Je leur ai promis que je viendrais ici à Bamako pour leur dire, pour vous dire que ce que nous avons à faire ensemble est plus grand que nos deux peuples, c’est de montrer que le terrorisme peut être vaincu, que la démocratie peut prévaloir et que les droits de l’Homme valent partout, sur tous les continents et que nous sommes, les uns les autres, unis par le sang versé, unis par la décision que nous avons prise ensemble, unis avec les Nations unies, unis ensemble.

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Faites en sorte, amis Maliens de réussir jusqu’au bout votre nouvelle indépendance. La France est avec vous. La France est à vos côtés. La France est fière de vous.

Et moi, je veux ici vous dire que je viens de vivre la journée la plus importante de ma vie politique. Parce que, à un moment, une décision doit être prise, elle engage la vie d’hommes et de femmes. Cette décision, je l’ai prise au nom de la France. Cette décision, elle honore la France et à travers les clameurs, la ferveur, le soutien que vous m’apportez, c’est à toute la France que vous donnez votre plus grand hommage.

Merci peuple malien. Vive le Mali. Vive la France. Vive l’amitié entre le Mali et la France.


Feuille de route pour la transition (28 janvier 2013)

Déclaration du porte-parole du quai d’Orsay (28 janvier 2013)

L’adoption par le gouvernement malien d’une feuille de route pour la transition, qui comprend un calendrier électoral et prévoit l’ouverture de négociations avec le Nord, constitue une étape décisive et très attendue du processus politique. Cette feuille de route doit être soumise pour examen à l’Assemblée nationale malienne.

Le processus politique doit maintenant avancer concrètement. Il revient aux autorités maliennes de préparer des élections et d’engager sans plus attendre des discussions avec les représentants légitimes des populations du Nord (élus locaux, société civile) et les groupes armés non terroristes qui reconnaissent l’intégrité territoriale du Mali. Seul un dialogue Nord-Sud permettra de préparer le retour de l’Etat malien dans la région Nord.

Prévue par le Conseil de sécurité des Nations unies dans ses résolutions 2056, 2071 et 2085, la feuille de route conditionne la reprise de notre coopération civile bilatérale ainsi que celle de l’Union européenne.

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L’ambassadeur de France au quotidien tunisien "As-Sabah"

Entretien accordé par M. François Gouyette à Mme Essia Atrous,
publié dans le quotidien tunisien "As-Sabah" du 25 janvier 2013

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Version papier : cliquez !

(...) "Cette opération limitée, dictée par l’urgence, en réponse à une demande malienne, vise trois objectifs :
- Tout d’abord, stopper l’offensive des groupes terroristes et criminels qui pouvaient descendre jusqu’à Bamako (et menacer directement les 6000 compatriotes qui sont sur place ainsi qu’un nombre équivalent d’Européens).
- Ensuite, garantir la survie même du Mali en consolidant sa stabilité institutionnelle et son intégrité territoriale. Il ne pouvait y avoir de règlement politique de la crise malienne si le Mali tombait entièrement entre les mains des terroristes et venait à disparaitre en tant qu’État. Aucune intervention ne saurait se substituer au processus politique mais seule l’intervention en assurait la possibilité.
- Enfin, recréer les conditions qui permettent d’assurer la mise en œuvre des décisions des Nations Unies (résolution 2085, déploiement de la MISMA) et de l’UE (déploiement d’EUTM)." (...)

(...) "L’enjeu n’est pas pour la France de conquérir un territoire, de vouloir accroitre son influence ou de chercher je ne sais quel intérêt commercial ou économique. Ce temps-là est fini. En revanche, notre pays, parce que c’est la France, doit venir en aide à un pays ami qui est l’un des plus pauvres au monde et qui est victime d’un terrorisme de plus en plus redoutable." (...)

(...) "Un responsable du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest, une organisation basée dans le nord du Mali dont les positions sont sous le feu des forces françaises, a annoncé que la MUJAO allait "frapper le cœur de la France" parce qu’elle aurait “attaqué l’islam”. La France n’a évidemment pas attaqué l’islam, qui représente la seconde religion sur son propre territoire, mais des groupes terroristes." (...)

Pour lire le texte complet sur le site du quotidien "As-Sabah", cliquez ICI.


Vœux à la presse de M. Laurent Fabius (Paris, 24 janvier 2013)

(...) Et puis, parmi les grandes crises, il y a cette crise qui était là, sous-jacente, mais qui a éclaté d’une façon encore plus tragique, c’est le Mali. Je ne vais pas revenir longuement sur ce qu’il faut bien appeler une guerre et il n’y a pas de guerre joyeuse. Mais vous connaissez les conditions dans lesquelles la France a dû intervenir très rapidement, faute de quoi il n’y aurait plus de Mali, ou plutôt, il y aurait un État terroriste au Mali qui menacerait tous ses voisins. J’ai été frappé, à la conférence d’Abidjan qui a eu lieu la semaine dernière, de voir que tous les chefs d’État et de gouvernement qui étaient là ont insisté, à la fois, pour remercier la France en des termes extrêmement forts, extrêmement émouvants que, personnellement, je n’ai jamais entendu prononcer ainsi. Mais ils ont dit aussi que si les terroristes avaient pris le contrôle du Mali, alors leurs pays étaient menacés. Et lorsque je dis leurs pays, je parle du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Niger, du Burkina Faso.

Bref, ce n’est pas uniquement pour défendre les Maliens, même si c’est essentiel, c’est pour défendre l’ensemble de l’Afrique et aussi l’Europe. En effet, quand vous regardez la position géographique du Mali, vous passez un pays et vous êtes en Méditerranée.

J’ai été frappé par le soutien, extrêmement fort, des dirigeants de l’ensemble de ces pays et des populations. L’un de ces dirigeants me disait - et la comparaison m’a touché - que, quand les premiers Français sont arrivés à Bamako, c’était l’atmosphère de la libération de Paris.

Nous n’avons pas l’intention de rester durablement, qu’il n’y ait pas d’équivoque, mais la France pouvait faire barrage et nous l’avons fait. Petit à petit, nous progressons avec les Maliens. D’autres troupes de la MISMA arrivent, le plus vite est le mieux. D’autres concourent et nous avons comme objectif de repousser les terroristes et d’être relayés par les forces africaines auxquelles il revient en premier lieu de prendre cette responsabilité et d’assumer cette tâche.

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N’oublions jamais que lorsque l’on parle du Mali, il n’y a pas seulement le volet militaire, sécuritaire, à avoir à l’esprit et qui est indispensable et inévitable. Il y a les deux autres volets qui sont importants, essentiels, si on veut trouver une solution durable. C’est le volet politique et le volet du développement.

Le volet politique je l’ai encore évoqué avec le Premier ministre malien, M. Diango Cissoko, que j’avais hier au téléphone. Les Nations unies, à bon droit, se sont exprimées de manière très claire. Il faut qu’il y ait une feuille de route. Je pense, d’après les indications qui nous ont été fournies, qu’avant la fin de la semaine le Conseil des ministres du Mali aura adopté cette feuille de route pour dire comment discuter, avec qui et comment avancer puisqu’il faudra arriver à des élections.

Et puis, il y a la dimension du développement car s’il n’y a pas de développement sans sécurité, l’inverse, à long terme, est également exact. Et c’est tout cela que la communauté internationale et l’Europe, et la France, et d’abord les Africains, et tous ceux qui veulent lutter contre le terrorisme - menace effrayante - doivent maintenant mener à bien.

La conférence des donateurs a lieu mardi prochain à Addis Abeba. D’autres nombreuses réunions auront lieu ensuite. Mais ce qui est important, c’est que, sur le terrain, les troupes arrivent vite, qu’elles respectent - c’est essentiel - le droit civil et militaire.

Des exactions, au-delà de leur caractère dramatique et inacceptable, ne feraient que faire rétroactivement le jeu des terroristes. Il faut que la feuille de route politique et l’action de développement soient menées à bien.

Tout cela est devant nous et cela demandera bien sûr beaucoup de travail dans cette maison avec, évidemment, toute une série de risques qu’il faut essayer d’éviter, de limiter. Des risques pour les populations, pour les pays voisins, pour nos compatriotes, pour les Européens et aussi pour les otages. Il faut donc avoir tout cela présent à l’esprit dans l’action. (...)


Le quai d’Orsay répond aux questions sur Twitter

Le porte-parole du Quai d’Orsay, Philippe Lalliot, a répondu aux questions des internautes sur Twitter au sujet de la situation au Mali le vendredi 25 janvier 2013 à 15h.

Cliquez ICI pour prendre connaissance des échanges.


Ce n’est pas la première fois que Philippe Lalliot participe à une séance de questions/réponses sur Twitter. Il a déjà échangé avec les internautes dans le cadre de la campagne pour l’abolition universelle de la peine de mort ainsi que sur la situation en Syrie.


Conférence de presse de M. Laurent Fabius (14 janvier 2013)

Conférence de presse du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius,
Paris, 14 janvier 2013
- Extraits -

"Je voudrais faire le point sur la situation diplomatique de l’opération militaire au Mali. D’abord, je voudrais vous rappeler les objectifs de cette intervention que nous avons déclenchée à la demande des autorités maliennes pour répondre à une urgence.

J’ai eu l’occasion hier de rappeler les trois objectifs et je veux vous les confirmer. Le premier, c’est de stopper l’offensive des groupes armés terroristes vers le sud qui menaçaient l’ensemble du Mali et notamment la capitale, Bamako. Cette opération est en cours et elle se déroule de façon satisfaisante. Le deuxième objectif, c’est d’éviter l’effondrement du Mali. Il s’agit de la condition sine qua non du retour du Mali à son intégrité territoriale. Le troisième objectif, c’est de permettre la mise en œuvre des résolutions internationales, que ce soit les Nations unies, l’Union africaine, la CEDEAO et l’Union européenne. Cela constitue bien entendu notre objectif principal. S’agissant des Nations unies, il faut avoir à l’esprit que trois volets doivent être traités : le volet sécuritaire - c’est une évidence -, le volet politique et le volet du développement.

Cette intervention, je veux le souligner, s’inscrit dans le cadre strict de la légalité internationale. Elle répond à une demande formelle du président malien et elle est conduite en conformité avec la charte des Nations unies, en cohérence avec les résolutions des Nations unies 2056, 2071 et 2085. Le cadre, c’est donc l’organisation des Nations unies ; le demandeur, c’est le Mali ; nos partenaires, ce sont les Africains et la Communauté internationale.

Nous n’avons évidemment pas vocation à agir seuls. Le soutien politique international dont nous disposons - je voudrais insister là-dessus - est quasi-unanime. Nous avons agi en toute transparence, nous avons informé l’ensemble de nos partenaires. Hier, le Secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-Moon, a tenu à m’appeler au téléphone longuement pour me confirmer – je le cite – que nous avions le plein soutien de l’organisation des Nations unies.

J’ai personnellement été en contact avec beaucoup de mes homologues. J’en citerai plusieurs : il y a quelques instants avec Mme Ashton, la Haute Représentante pour l’Union européenne en politique étrangère ; avec les ministres des Affaires étrangères d’Allemagne, M. Westerwelle, du Royaume-Uni, M. William Hague, d’Italie, M. Terzi, des Pays-Bas, M. Timmermans, du Danemark, M. Sovndal. Je me suis également entretenu avec le président du Sénégal, M. Macki Sall, avec mon homologue algérien, que je vais à nouveau contacter dans quelques instants, M.Medelci, avec Mme Zuma, la présidente de la Commission de l’Union africaine et avec la ministre des Affaires étrangères d’Afrique du Sud, Mme Mashabane. Tous m’ont confirmé le soutien de leur pays.

Ce matin, j’ai reçu le ministre des affaires étrangères du Mali, monsieur Coulibaly, qui m’a rendu visite pour faire le point au nom du président Traoré et du Premier ministre Cissoko, et m’a demandé de remettre au président français une lettre du président malien, remerciant chaleureusement et profondément le peuple français au nom du peuple malien.

Ce soutien de nos partenaires internationaux est également opérationnel. Plusieurs pays sont engagés à nos côtés : le Royaume-Uni fournit des avions de transport tactiques et stratégiques ; l’Allemagne examine une aide logistique, humanitaire et médicale ; les Belges nous fournissent les moyens de transport et le Danemark aussi ; les États-Unis nous apportent un soutien dans le domaine du transport, des communications et du renseignement. Les préparatifs s’accélèrent pour le déploiement d’une force ouest-africaine. Le Nigeria doit fournir 600 hommes. Le Niger, le Burkina-Faso, le Togo et le Sénégal ont annoncé l’envoi chacun de contingents d’environ 500 hommes et le Bénin, 300. Le Tchad devrait également fournir un contingent important ; d’autres soutiens encore sont annoncés. Cette mobilisation internationale est essentielle car la France n’a pas vocation à rester seule aux côtés du Mali. Les décisions prises avant Noël par l’ONU, l’Union africaine, la CEDEAO et l’Union européenne ouvrent la voie à une opération internationale, africaine en premier lieu.

C’est à la mise en œuvre rapide de ces décisions que nous travaillons aujourd’hui. Nous travaillons en étroite concertation avec les Nations unies. Une nouvelle réunion du Conseil de sécurité consacrée au Mali se tient à notre demande cet après-midi même à New York. Notre objectif est celui d’un déploiement aussi rapide que possible de ce qu’on appelle la MISMA, c’est-à-dire la mission de soutien au Mali. L’état-major est déjà en cours de déploiement à Bamako. Une conférence aura lieu demain sur place afin de planifier le déploiement des troupes. Une conférence des donateurs aura lieu à Addis-Abeba à la fin du mois de janvier en marge du sommet de l’Union africaine.

Je viens de parler à Mme Ashton qui m’a confirmé qu’une réunion exceptionnelle du conseil des ministres des affaires étrangères de l’Union européenne se tiendra cette semaine afin d’examiner la situation au Mali. Nous y prendrons des décisions permettant d’accélérer le déploiement de la mission de formation et de conseil de l’Union européenne auprès de l’armée malienne. Nous devrons examiner aussi la participation que nos partenaires européens peuvent apporter au déploiement de cette MISMA.

J’ajoute que tout est fait évidemment pour la sécurité des Français sur place au Mali et dans l’ensemble de la région. Le dispositif de sécurité a été renforcé notamment par l’envoi de gendarmes du GIGN. Le lycée français de Bamako est fermé cette semaine pour permettre une évaluation précise des questions de sécurité et éviter au maximum la prise de risques. Concernant les otages, chacun comprend l’inquiétude des familles qui est légitime. Le directeur du centre de crise, M. Didier Le Bret, est en contact permanent avec ces familles. Je viens moi-même cet après-midi de recevoir la famille de l’otage Gilberto Rodrigues Leal, à qui j’ai redit la détermination de la France.

Tout est mis en œuvre pour limiter les risques mais ce n’est pas en laissant le Mali devenir un sanctuaire terroriste que nous protégerons les otages. Ce sont en effet ces mêmes groupes, il faut toujours l’avoir à l’esprit, qui détiennent nos otages et qui risquaient de se trouver demain maîtres totaux du Mali si nous n’étions pas intervenus.

Voilà, Mesdames et Messieurs de la presse, le contexte international à l’heure où je m’exprime. En intervenant au Mali, la France assume ses responsabilités internationales et remplit ses obligations internationales. Des intérêts essentiels étaient en jeu pour nous, pour l’Afrique, pour l’Europe et pour l’ensemble de la communauté internationale et il fallait donc agir. L’urgence nous a imposé d’agir vite mais nos partenaires européens, africains et aux Nations unies montrent aujourd’hui qu’ils sont prêts à répondre eux aussi présents.

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Question - Une colonne djihadiste a pris la ville de Diabali qui est à l’ouest du pays ; est-ce que ceci vous inquiète ?

R - J’ai eu en effet ces informations, en liaison avec mon collègue ministre de la Défense, qui m’a confirmé ce que vous venez de dire à l’instant. Il s’agit à la fois d’être très actifs et vigilants sur la partie Ouest et, en même temps, actifs et vigilants sur la partie Est. Nos forces ont reçu l’instruction de traiter cela.

Question – Concernant la Somalie, il y a eu des tweets particulièrement frappants cet après-midi. Quel commentaire faites-vous de ces tweets des photos qui ont été publiées par les Shebabs somaliens ?

R - Vous avez su bien sûr cette issue tragique, qui a coûté la vie à nos ressortissants. Nous avions mis en garde contre toute instrumentalisation. Je l’avais fait hier, tout comme mon ami et collègue Jean-Yves Le Drian. Nous condamnons l’instrumentalisation de ce qu’il faut bien appeler des assassinats.

Question - Il y a des informations selon lesquelles le chef d’Ansar Dine a été blessé dans un raid par des frappes françaises ; est-ce que vous pouvez nous le confirmer ?

R - Il y a beaucoup d’informations, mais avant de confirmer tout cela, des vérifications sont nécessaires. Elles sont actuellement en cours.

Question - Est-ce que la France connaît les lieux où sont détenus les otages et est-ce que quelque chose dans ce cas est fait pour éviter que le risque vienne de la France dans des bombardements ?

R - Vous savez que nous avons adopté depuis le début une stratégie qui est d’agir au maximum et de rester également les plus discrets possible car toute indication donnée pourrait être utilisée par les ravisseurs contre les otages. Donc vous me permettrez de rester très discret sur ces points.

Question - Est-ce que vous espérez que le soutien algérien aille au-delà du simple survol du territoire ? Est-ce que vous avez des assurances à ce sujet ?

R - Le Premier ministre Cissoko était en déplacement en Algérie. Je crois qu’à l’heure actuelle, il doit retourner dans son pays. Moi-même, je compte m’entretenir à la fin de l’après-midi, après vous avoir quittés, avec les autorités algériennes. Nous ferons le point, mais j’ai eu l’occasion de dire que les autorités algériennes qui évidemment, comme nous, sont préoccupées par ce qui se passe à leur porte, après avoir elles-mêmes été très durement touchées par le terrorisme pendant des années, mesurent la gravité de tout cela. Les autorités algériennes avaient autorisé nos avions à survoler leur pays. Nous sommes en contact étroit avec elles et nous allons le rester.

Question – (concernant le soutien du Royaume-Uni)

R - La Grande-Bretagne, immédiatement, nous a apporté son soutien. M. David Cameron a précisé cela au président français. William Hague m’a appelé personnellement et nous constatons une fois de plus que lorsque les situations sont difficiles, les Britanniques sont à nos côtés. D’autres nations le sont également bien sûr.

Nous avons donc une réunion qui sera convoquée par Mme Ashton qui m’a dit tout à l’heure qu’elle envisageait cette réunion cette semaine, dans deux jours ou trois jours. À cette occasion, le point sera fait sur la situation avec tous nos collègues européens et nous déciderons certainement une confirmation et une accélération de ce à quoi s’est engagée l’Europe en matière de formation. Et puis il y aura bien sûr des gestes individuels qui seront faits par beaucoup de pays, parmi lesquels la Grande-Bretagne, la Belgique, le Danemark, et d’autres encore.

Nul doute que les Européens seront aux côtés des Maliens et à nos côtés puisque c’est évidemment le Mali et l’Afrique qui sont en jeu mais également l’Europe. En effet je crois que tout le monde l’a compris, ce qui explique le soutien international et le soutien de la population, c’est que si le terrorisme se développe, c’est évidemment l’ensemble de l’Afrique et par contrecoup l’Europe qui sont visés.

Question - Je voudrais revenir sur la prise de la ville de Diabali par les islamistes. Est-ce que vous vous y attendiez et quelles sont les conséquences sur le terrain de la prise de cette ville s’il vous plaît

R - Je préfère, sur l’aspect proprement militaire, vous renvoyer à mon collègue de la Défense.

Question - Sur le déploiement des forces africaines, est-ce que vous pensez que c’est une question d’heures, de jours ou de semaines pour ce déploiement des troupes combattantes ? Deuxième question, sur les consignes pour les entreprises françaises au Mali - je pense au secteur du BTP -, est-ce qu’ils continuent à travailler ou est-ce que leurs chantiers ont été arrêtés et est-ce qu’éventuellement vous rapatriez…

R - Sur le premier point, je vous ai dit que le chef d’état-major était maintenant à pied d’œuvre, que les annonces de contingents de troupes africaines avaient commencé d’être collectées et, bien évidemment, les autorités militaires et civiles vont faire le maximum pour que ces troupes soient engagées très rapidement, le plus rapidement possible bien sûr.

Sur la deuxième question, celle des entreprises, là où la maîtrise est assurée par les Maliens, il n’y a aucun problème. Évidemment, quand il s’agit des zones qui sont en difficulté ou sous le contrôle encore des terroristes, il n’y aura pas d’activité, mais il n’y en avait déjà pas.

Question - Est-ce que vous pouvez nous donner quand même un élément de calendrier plus précis sur le déploiement des forces africaines au Mali ? Vous dites le plus rapidement possible, mais ça veut dire quoi ? Ça veut dire que la France va être seule pendant toute cette semaine sur les opérations ou vous attendez des déploiements dès cette semaine ? Est-ce que ça se compte en jours ou en semaines ou en mois ?

R - Je peux simplement vous dire que le plus vite, à l’évidence sera le mieux. Il y a des questions de transport mais grâce en particulier à l’appui qui nous est donné par un certain nombre de pays, ces transports sont en train d’être mis en place. Une nouvelle fois, mon collègue de la Défense chargé de ces questions sera peut-être plus précis que moi mais l’objectif politique est clair, c’est d’agir au plus vite.

Question - Sur l’Algérie, est-ce que vous considérez que l’Algérie soutient l’opération, la politique française au Mali ? C’est un soutien plein et entier ?

R - Je ne vais pas m’exprimer à la place de nos amis algériens. Ils diront ce qu’ils souhaitent dire. Nous sommes, nous avons été et nous restons en contact étroit avec eux. Lorsque nous avons fait une demande de survol, elle nous a été immédiatement accordée.

Question - Je voudrais savoir ce qu’il en a été de la réunion avec votre homologue malien – il est venu adresser des remerciements, certes, mais il a peut-être eu également quelques demandes précises ?

R - Nous avons fait le point de la situation, bien sûr, puisque c’est lui qui représente le gouvernement malien. Nous avons parlé de la situation sur le terrain, ainsi que de la situation psychologique. Nous avons également fait le point sur les questions que vous avez posées et qui sont légitimes, concernant l’apport des troupes africaines, la conférence des donateurs, mais aussi la nécessité de mener aujourd’hui une action de nature sécuritaire. Il reste nécessaire de traiter aussi les aspects politiques et les questions liées au développement dans un futur proche. Nous avons bien évidemment pris l’ensemble du sujet et nous allons nous revoir rapidement car il est très possible qu’il se joigne à nous pour la réunion qui aura lieu en Europe entre les ministres des Affaires étrangères."


Laurent Fabius devant le "Le Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro"

Entretien du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius,
avec "Le Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro"
Paris, 13 janvier 2013
- Extraits -

Question - Les troupes françaises sont donc engagées au Mali. Vous avez participé à un nouveau Conseil de défense cet après-midi à l’Élysée, c’est le deuxième de ce week-end. Que pouvez-vous nous dire, à l’heure où on se parle, de l’évolution de la situation au Mali ?

R - D’abord, merci beaucoup de m’avoir invité et comme nous allons aborder ces sujets, vous comprendrez que je fasse preuve d’une certaine gravité puisque la situation le requiert.

D’abord, je crois qu’il faut revenir sur les buts de cette opération. L’intervention française poursuit trois objectifs. Le premier consiste à bloquer l’avancée des terroristes. Vous savez en effet que si la France n’était pas intervenue, les groupes terroristes risquaient d’aller jusqu’à Bamako avec des conséquences épouvantables, à la fois pour le Mali mais aussi pour les quelque 6.000 Français et 6.000 Européens qui y sont établis.

Question - Cet objectif est-il atteint ce soir ?

R - C’est fait. Deuxième objectif : permettre de recouvrer l’intégrité du Mali, ce qui nécessite davantage de temps.
Le troisième objectif est de rendre possible l’application des résolutions des Nations unies, celles des organisations africaines qui s’étaient prononcées, ainsi que celles de l’Union européenne. Juste avant de rentrer dans ce studio, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon m’a appelé longuement pour me dire - je cite - qu’« il félicitait la France de sa gestion ».

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Photo Le Figaro

Question - Vous avez dit « recouvrer l’intégrité du Mali » ; cela signifie que la France va intervenir dans le Nord du pays et va chercher à repousser et à ce que les autorités maliennes reprennent le contrôle du Nord du pays ?

R - Ce qui était prévu initialement, selon une décision des Nations unies, il faut le garder en mémoire, c’est qu’interviennent les forces africaines de la MISMA, la Mission de soutien au Mali. Ces forces devaient intervenir dans quelques semaines ; ensuite les troupes maliennes devaient être formées par l’Union européenne et l’ensemble de ces troupes devait reconquérir le Nord. Le problème, c’est que, entre la décision qui a été prise et le moment de son application, il y avait nécessairement un délai, dont les groupes terroristes ont profité pour attaquer. C’est dans cette mesure que la France a été appelée d’urgence par le président du Mali en disant : « Venez à notre secours ».

Ce que nous allons faire, c’est bloquer les terroristes. Nous commençons également à nous occuper des bases arrières des terroristes, Mon collègue et ami M. Le Drian, a rendu public le fait qu’un certain nombre d’avions s’était attaqué à la région de Gao, une base arrière des terroristes…

Question - Plus au nord…

R - Plus au nord, nous devons sécuriser Bamako, avec évidemment les troupes maliennes. Dans les jours qui viennent, nous allons avoir le renfort des troupes africaines qui vont permettre petit à petit de prendre le relais.

Question - Pour que le Mali recouvre son intégrité, y compris dans le nord, est-ce que cela veut dire que la France, l’Armée française, est donc là-bas sur place via les airs ou peut-être au sol, pour longtemps ?

R - Nous espérons que non ! Soyons précis. Au nord, heureusement, il n’y a pas que des terroristes ! Il y a des groupes terroristes qui, maintenant, sont identifiés, qui s’appellent, on les appelle par leur nom, Aqmi, Mujao, Ansar Dine. Mais il y a aussi d’autres groupes et il y a des personnes qui n’appartiennent à aucun groupe ! Il faudra que le gouvernement malien discute avec ces populations du Nord !

Cependant pour le moment, il est nécessaire de continuer à bloquer les terroristes et à faire en sorte que le maximum de groupes soit mis en difficulté, avec le soutien des troupes maliennes et, ensuite, avec celui de nos amis des groupes africains. Des pays africains vont prendre le relais. Nous avons commencé à faire le pointage, en liaison bien sûr avec les Nations unies et dans le cadre des décisions des Nations unies, de tous les pays d’Afrique qui vont venir aider les Maliens…

Question - Mais pour que les choses soient bien claires, nos troupes au sol ont vocation à rester au sud ? Ou bien elles peuvent éventuellement intervenir au nord ?

R - Vous savez, la partition entre le sud et le nord n’est pas écrite dans la Constitution malienne ! C’est même le contraire ! Le Mali, c’est un pays ! Il s’est trouvé - vous aviez raison de le souligner, Monsieur Revel – que, depuis plusieurs mois, il y a des groupes qui sont implantés au nord ! Mais cela doit cesser.

Question - Donc il n’y a bien qu’un Mali et nos troupes peuvent être appelées à intervenir au Nord.

R - Notre vocation essentielle est d’être aérienne, soyons clairs.

Question - D’accord.

R - Maintenant, soyons aussi précis techniquement, pour que les frappes, que ce soit des hélicoptères, ou surtout des avions, touchent leurs cibles, il faut qu’il y ait un certain nombre de correspondants au sol, ce que l’on appelle des « forces spéciales ». C’est ce travail que nous sommes en train de mener aujourd’hui.

Question - Faut-il que les troupes françaises soient renforcées aujourd’hui ? Il y a à peu près 500 soldats, c’est cela ?

R - Il y a plusieurs centaines de soldats, oui.

Question - Est-ce que dans les jours qui viennent, des renforts vont arriver de métropole ?

R - Ma réponse est oui ; de plusieurs sortes. D’abord les troupes françaises se renforcent, les troupes maliennes, les troupes des différents pays africains. Je peux vous citer quelques pays africains qui ont déjà dit qu’ils allaient envoyer des troupes : le Sénégal, le Niger, le Nigeria, d’autres pays ; le Tchad est en situation - probablement ; le président Deby prendra la décision d’envoyer des troupes - et d’ores et déjà aujourd’hui même, le chef d’état-major de la MISMA, la Mission de soutien au Mali, s’est installé à Bamako. Il va être rejoint par son chef d’état-major adjoint qui est un Nigérien.

Une réunion d’état-major est prévue mardi et mercredi se tiendra une réunion des chefs d’État de la CEDEAO. Donc les choses se mettent en place. Simplement, la France devait intervenir de toute urgence, à la demande du Mali et dans le cadre des résolutions internationales.

Sinon, il n’y avait plus de Mali, il y avait un État terroriste qui, non seulement, évidemment, était dramatique pour les Maliens, mais pour l’ensemble de l’Afrique et pour l’Europe !

Question - Un mot, si on essaie d’être précis, pour les effectifs français, à quel niveau seront-ils fixés dans les jours qui viennent Un millier ?

R - Je répondrai comme on le fait parfois dans l’armée : au niveau nécessaire.

Question - Un mot sur les forces adverses, comment évalue-t-on leur efficacité, leur pugnacité ? On a eu des renseignements cet après-midi qui nous disaient que finalement, les Français avaient été assez surpris de voir qu’ils étaient très combatifs, en face.

R - Pas seulement combatifs, cela nous le savions, mais doté d’armes puissantes ! Bien évidemment, on n’a pas d’armes puissantes si on n’a pas les moyens financiers de se les procurer. Cela renvoie à ce qui constitue la base même de ces groupes terroristes, extraordinairement dangereux, c’est-à-dire la drogue, les prises d’otages, les prises d’armes directes. Ces groupes sont malheureusement puissamment armés. La preuve tragique en est qu’un de nos lieutenants a été abattu, ainsi qu’un hélicoptère.

Question - On s’est laissé surprendre, peut-être, par ce niveau d’équipement…

R - Non ! On ne s’est pas laissé surprendre ! Je vous le répète car il est essentiel de comprendre qu’au plan international, ce sont les Nations unies et les Africains qui sont à la manœuvre ! Nous ne sommes qu’un soutien. Le plan général prévoit une intervention des Africains, avec un soutien des Européens en termes de formation, et de la France, s’il est nécessaire de fournir un appui.

Mais il y a un moment quand les terroristes ont décidé de « débouler », c’était une question de vie ou de mort ! Le président du Mali est intervenu en demandant secours, ce que M. Ban Ki-moon et le Conseil de sécurité, à l’unanimité, ont bien voulu soutenir.

Je voudrais ajouter de ce point de vue-là, deux réflexions, si vous le permettez. D’abord, je suis évidemment - c’est mon rôle de ministre des Affaires étrangères - en contact avec soit les présidents, soit les Premiers ministres, les ministres des affaires étrangères de l’ensemble de la planète. Le nombre des soutiens est absolument considérable. Je n’ai entendu, pour le moment, aucun État émettre la moindre protestation. C’est-à-dire que nous intervenons dans le cadre de la légalité internationale.

Question - Est-ce que l’Algérie vous soutient ?

R - Nous avons eu des contacts avec l’Algérie. L’Algérie a autorisé sans limitation le survol de son territoire - ce qui est quelque chose de significatif, dont je remercie les autorités algériennes. Le Premier ministre du Mali, M. Cissoko, est aujourd’hui en Algérie, je m’entretiendrai avec lui demain à son retour. Nous avons bien sûr des contacts avec les autorités algériennes.

Je veux parler de ce soutien international qui est évidemment essentiel, parce que la France n’agit que dans le cadre de la légalité internationale. Mais je veux dire aussi un mot de ce qui se passe en France et remercier la quasi-totalité des personnalités politiques qui ont apporté leur soutien à cette action.

Question - Vous avez dit, Monsieur Fabius à plusieurs reprises, que la France agissait dans le cadre d’une légalité internationale. C’est vrai qu’il y avait une résolution…

R - Oui, plusieurs même…

Question - …votée à l’unanimité par… Mais je pense à la 2085 - pardonnez-moi d’être un peu technique - il y avait trois points essentiels dans cette résolution : favoriser le dialogue avec les groupes armés, organiser…

R - Non, pas les groupes armés, les groupes du Nord. Pas les groupes terroristes.

Q - Pas les groupes terroristes, mais les groupes armés, les groupes armés, je crois que c’est dans la résolution ; il y avait : permettre des élections présidentielles et législatives avant avril 2013 dans ce pays. Est-ce que ces points, pour vous, ont été…

R - Restent à l’ordre du jour ? Bien sûr !

Question - Non, mais attendez, est-ce que l’intervention de la France s’inscrit dans cette résolution 2085 ?

R - Bien sûr !

Question - Favorise-t-on le dialogue avec les groupes armés lorsqu’on intervient ? Est-ce qu’on pourra permettre la tenue d’élections présidentielles et législatives dans ce pays dont on rappelle, Monsieur Fabius, que pour l’instant, c’est un président intérimaire issu d’un putsch militaire ?

R - Oui, Monsieur Revel, la réponse, si je peux me permettre, est dans votre question ! Si les groupes terroristes prennent le contrôle de l’ensemble du Mali, aucune de ces conditions ne peut être remplie.

Je réponds maintenant sur le fond. Bien évidemment, nous intervenons dans le cadre de cette résolution 2085 et des autres résolutions, qui sont au nombre de trois. De même, trois aspects doivent être respectés. L’action des Nations unies n’est en effet pas simplement de nature sécuritaire.

Premièrement, vous avez raison de rappeler la nécessité du dialogue politique. Elle existait avant, elle existe maintenant ! Il appartient au gouvernement malien une fois que les choses seront un peu stabilisées, de prendre contact avec les populations du Nord, avec différents groupes, pour trouver des solutions, car il existe un vrai problème du Nord, indépendamment du terrorisme. Cette nécessité politique existe et nous l’avons rappelé à plusieurs reprises au gouvernement malien qui en est bien conscient.

Deuxièmement, une action doit être menée en matière de développement. Le Mali est un pays pauvre, les pays voisins le sont également, il faut donc les aider en matière de développement.

Et, troisièmement, il y a cette dimension sécuritaire, cette dimension militaire, qui est obligatoirement renforcée aujourd’hui, mais qui n’est qu’un élément de ce plan en trois volets. Donc sur ce point, vous avez tout à fait raison de rappeler quel est l’esprit des résolutions des Nations unies et nous nous situons exactement dans cet esprit.

Question - Donc je vous ai posé cette question - pardonnez-moi - parce que l’on ne comprend pas forcément bien pourquoi la France, soudainement, est intervenue au Mali ! Vous disiez tout à l’heure, « il n’y a pas dans la Constitution malienne »…

R - …Et je vais revenir au chapitre 1 ! Monsieur Revel…

Question - …Non, non, vous disiez qu’il n’y a pas de ligne, il n’y a pas de démarcation entre le Nord et le Sud. Vous avez raison, au Mali, il n’y a pas, constitutionnellement. Mais pourquoi a-t-on décidé que les terroristes du Nord avaient franchi une ligne et qu’ils allaient dans le sud ? Puisqu’il n’y a pas de ligne ? Vous l’avez dit tout à l’heure…

R - Parce que, Monsieur Revel, il n’est pas mauvais, de temps en temps, de descendre du ciel des idées sur le terrain. Regardez une carte de géographie du Mali. Vous verrez que lorsque des groupes terroristes et qui sont revendiqués comme tels, qui pratiquent la torture, l’exaction, l’amputation ou des assassinats, quand vous voyez deux colonnes qui descendent, l’une à l’est, l’autre à l’ouest, qu’ils prennent une ville qui s’appelle Konna, qu’ils se dirigent vers Mopti et s’ils prennent Mopti, ils prennent Bamako.

Question - C’était le dernier verrou.

R - Lorsque vous constatez qu’ils font ça, alors vous ne vous posez pas des questions métaphysiques ! Le président du Mali appelle la France au secours, et dit : « Venez, sinon nous sommes morts ». Et à ce moment-là, dans le cadre de la légalité internationale, la France - et c’est son honneur - décide d’intervenir. Voilà la réponse.

Question - En combien de temps avez-vous décidé d’intervenir ?

R - La main du président Hollande n’a pas tremblé. Nous nous sommes réunis et nous avons réfléchi ensemble, le président, le Premier ministre, le ministre de la Défense, moi-même, et le président a pris la décision, cela a pris 24 heures.

Question - Vous évoquiez tout à l’heure le soutien diplomatique…

R - En connaissant les risques que cela suppose, car une décision politique, et j’allais dire une décision d’État, ce n’est pas une décision positive à 100 % et qui ne comporte aucun risque ! Ça, n’importe qui peut la prendre ! C’est une décision qui comporte des risques. Mais le plus grand risque eut été, aussi bien pour le Mali, pour l’Afrique, pour l’Europe et pour nos ressortissants, de décider de ne rien faire !

J’ai lu telle ou telle opinion totalement minoritaire, de gens disant : « Mais non, il n’aurait pas fallu », etc. Qu’est-ce que cela veut dire ? Aujourd’hui, à Bamako, il y aurait les mêmes qui ont pris les otages, les mêmes qui coupent les mains, les mêmes qui veulent appliquer la Charia, les mêmes qui veulent tuer dès lors qu’on ne pratique pas leur religion, et alors, nous serions là, et on aurait dit « qu’est-ce que fait la communauté internationale ? Qu’est-ce qu’elle aurait dû faire ? Qu’est-ce qu’elle aurait dû faire avant ? C’est l’honneur de la France d’être un pays qui sait dire non.

Question - Pourquoi, justement, en tout cas côté européen, la France est seule dans cette histoire ? Vous avez évoqué les soutiens diplomatiques tout à fait réels à notre intervention. Le soutien opérationnel a l’air quand même, côté européen, assez maigre !

R - Non ! Alors je vais…

Question - On avait parlé des Allemands qui n’y vont pas, les Anglais fournissent un avion ou deux...

R - Je vais compléter votre information. D’abord, le Mali a demandé le secours de la France. La France est ce qu’on appelle la nation cadre, et nous avons le soutien, y compris pratique, de la Grande-Bretagne, de nos amis danois, de plusieurs autres grands pays qui fournissent du transport. Nous avons l’appui des Américains pour ce qui concerne les communications et le transport. Nous avons l’appui sous différentes formes que je n’ai pas à préciser, d’autres nations d’Europe, et nous avons le soutien absolument unanime des pays d’Europe !

Question - Donc l’Europe n’est pas absente de cette affaire ?

R - Mais heureusement que non !

Question - Mais sur le terrain, la France est en première ligne…

R - Mais parce que c’est elle qui était en situation d’intervenir ! Simplement, qu’il n’y ait pas là non plus de confusion, la France va être épaulée, et relayée nous l’espérons, par les troupes africaines !

Question - Vous parliez tout à l’heure aussi de l’Algérie dont vous nous disiez qu’elle avait autorisé le survol de son territoire. En même temps, ces groupes armés qui sont dans le nord, si on les repousse toujours vers le nord, ils vont finir par se retrouver en Algérie ! Et les Algériens n’y tiennent pas…

R - Bien sûr !

Question - Donc quel est leur intérêt, dans cette affaire ?

R - Leur intérêt, vous savez l’Algérie est un grand pays qui a souffert du terrorisme pendant plus de dix ans et qui a connu peut-être 100.000 morts, 200.000 morts. Donc l’Algérie sait ce que c’est que le terrorisme. C’est la raison pour laquelle, les Algériens sont tout à fait conscients de cela.

En même temps, vous avez raison, quand on regarde une carte, on peut se dire - mais ce serait une vision courte et les Algériens n’ont pas la vision courte - que s’il y a des terroristes, il est préférable qu’ils se battent au sud, que chez soi. Simplement, les Algériens ont une vision large, et puis ils doivent se dire « mais les terroristes, maintenant, lourdement armés, un jour, ils peuvent s’en prendre au Mali, voire à l’Europe, mais un jour, ils peuvent aussi s’en prendre à l’Algérie ! ».

Donc, nous travaillons avec les Algériens, nous avons discuté de cela à plusieurs reprises, nous continuons d’en discuter. Je dois souligner notre collaboration et ce que nous avons à l’esprit - mais ce n’est pas pour aujourd’hui, ce sont des choses qui viendront plus tard - c’est que si les troupes africaines doivent remonter au nord, au nord du Nord, eh bien évidemment, il faudra que les Algériens ferment leurs frontières !

Question - Sur le fond, en quoi ce type d’intervention, lorsqu’un gouvernement africain est en danger, je le rappelle, issu d’un putsch, il y a quelques mois à peine, demande l’aide de la France, en quoi la réponse de Paris aujourd’hui, rompt-elle avec ce que faisait la France habituellement, lorsqu’un gouvernement africain lui demandait d’intervenir ?

On se souvient il y a très longtemps, Monsieur Fabius, du discours de Cancun de François Mitterrand ou celui de La Baule, en direction des pays du Tiers-Monde, grande déclaration, « le ciel des idées et la réalité du terrain », pour reprendre votre expression tout à l’heure sur un autre sujet, mais en quoi aujourd’hui, on peut dire que François Hollande rompt avec la façon dont son prédécesseur, critiqué à ce moment-là, avait, de « traiter », entre guillemets, l’Afrique ?

R - Mais cela n’a simplement rien à voir, Monsieur Revel ! Qu’a-t-on pendant longtemps reproché à la France ? Il y a un dictateur qui est au pouvoir en Afrique, il y a une opposition qui représente le peuple, qui voudrait le pouvoir, il y a même parfois des élections, qui lui donnent le pouvoir, et la France intervient et dit : « Non, c’est le dictateur qui reste en place ».

Mais là, cela n’a absolument rien à voir ! Vous avez un président, qui est un président de transition, un Premier ministre, il s’agit de gens parfaitement démocrates et vous avez, de l’autre côté, des terroristes. Le rôle de la France n’est pas de dire : « Bienvenue, mesdames et messieurs les terroristes » ! Enfin, il n’y a pas beaucoup de dames, parce qu’on les tue.

Question - Il y a quand même eu de grandes tirades sur le fait que la France prétendait être le gendarme de l’Afrique, etc., la Françafrique, etc., on a l’impression que cela continue ! Ce n’est pas forcément d’ailleurs une…

R - Mais non !

Question - …une mauvaise chose, mais enfin, cela a l’air quand même de s’inscrire dans la continuité !

R - Non. La communauté internationale reconnaît parfaitement la légitimité du président Traore et du Premier ministre Cissoko. Une autorité légitime attaquée par des groupes terroristes, qui non seulement veulent s’en prendre au pays, mais aux pays voisins, et la France dirait : « Moi, cela m’est égal » ?

Question - Mais peut-être que la situation malienne est un tout petit peu plus complexe ! En fait, les islamistes ont sans doute profité d’une rébellion menée par des Touaregs qui ne sont pas des gens forcément islamisés, pour s’insérer dans cette rébellion et mettre à bas et occuper le nord du Mali. Mais à…

R - C’est la raison pour laquelle, Monsieur Revel, j’essaie de faire attention à mon expression, j’ai dit que l’action devait être menée contre les groupes terroristes, et pas du tout contre le Nord ! Il y a, depuis longtemps, un problème qui, malheureusement, n’a pas été réglé, entre le Nord du Mali et puis la capitale. Il faut prendre en considération - et c’est aux Maliens de le faire - les réalités du Nord.
C’est ce à quoi invitent d’ailleurs les Nations unies dans les résolutions dont nous avons parlé tout à l’heure. Et bien sûr, il faut faire cela. Mais sans confondre le Nord et les groupes terroristes.

Question - Laurent Fabius, vous évoquiez depuis tout à l’heure la guerre contre le terrorisme, vous évoquiez aussi des voies minoritaires, peut-être qu’il s’agissait de Dominique de Villepin qui disait ce matin que « les conditions de la réussite de cette opération n’étaient pas réunies ». Il s’interroge : « comment le virus néoconservateur a-t-il pu ainsi gagner tous les esprits ? » ; il parle de la « guerre contre le terrorisme » qui est le vocable qui était employé…

R - J’ai connu M. de Villepin mieux inspiré.

Question - Oui, parce que l’idée de la guerre contre le terrorisme aujourd’hui est complètement revendiquée, complètement acceptée par le gouvernement que… que vous représentez ?

R - C’est une question ou une affirmation ?

Question - C’est une question !

R - J’essaie de m’exprimer clairement ; j’ai dit qu’il fallait bloquer les groupes terroristes. Je n’ai pas employé le terme que vous venez d’employer.

Question - Lui, le sens de sa démonstration, c’est de dire « finalement toutes ces interventions, cela n’aboutit qu’à essaimer le terrorisme de pays en pays, de Libye vers le Mali…

R - Écoutez, je préfère me concentrer sur les responsables politiques qui, aujourd’hui, exercent des responsabilités.

Question - Il y a, en ce moment, huit Français détenus au Sahel par Al-Qaïda au Maghreb islamique. Est-ce que vous savez s’il y a une possibilité qu’ils se trouvent dans les zones qui sont actuellement bombardées ?

R - Je ne vais pas entrer dans beaucoup de détails sur les localisations pour des raisons que vous comprendrez aisément. Mais j’essaie d’aller au fond de votre question. Nous avons des contacts avec les familles des otages qui sont des personnes extrêmement responsables. La situation des otages est une situation effrayante. La situation des familles est extrêmement difficile.

La séquence telle qu’elle était prévue n’était évidemment pas celle-là ! Puisque, je vous l’ai rappelé, il s’agissait qu’il y ait une intervention des forces africaines, la formation des groupes maliens, avec l’appui des Français. Pour les raisons que j’ai invoquées, les choses, à cause même des terroristes, ont dû se passer autrement.

Deux observations. Premièrement, tous ces groupes terroristes sont mélangés. Or ce sont ces mêmes groupes terroristes qui détiennent les otages et qui voulaient prendre l’intégralité du Mali en otage !
La réponse est toute simple ! Ce n’est pas en cédant aux terroristes qu’on va protéger les otages ! Bien sûr, c’est une situation extrêmement difficile ! Nous sommes en contact avec ces familles, et encore une fois, je respecte leurs sentiments et je partage vraiment la situation extraordinairement difficile qui est la leur.

Le nouveau directeur du Centre de crise du Quai d’Orsay, M. Le Bret, qui est notre ancien ambassadeur en Haïti, qui est un homme tout à fait remarquable, a pour mission d’être au contact en permanence avec les familles d’otages. Le président de la République recevra ces familles dans les prochains jours, comme je les ai reçues très récemment. C’est une situation très difficile ; personne ne peut dire qu’il n’y ait pas de risques !

Question - Le président de la République recevra donc les familles des otages dans quelques jours. En tenant compte à la fois de l’intervention en Somalie et de l’opération au Mali, tout à l’heure vous avez dit « la main du président de la République n’a pas tremblé ». Peut-on dire que François Hollande s’est métamorphosé en chef de guerre, tout à coup, il est chef des Armées, évidemment de par la Constitution, et quel type de chef de guerre est-il aujourd’hui ? « Sa main n’a pas tremblé », est-ce que vous pouvez y ajouter, peut-être, un qualificatif pour qu’on comprenne bien de quelle métaphore il s’agit, de quelle transformation il s’agit ?

R - D’abord, ce qui s’est passé en Somalie, qui est terrible et qui est un échec, n’a aucun rapport dans le temps avec ce qui se passe au Mali.

Question - Oui, c’est une absolue coïncidence si les deux opérations sont en même temps.

R - Oui. Cela fait déjà plusieurs semaines que les services de la DGSE nous avaient informés qu’il y avait une possibilité de mener une intervention pour essayer d’exfiltrer l’agent de la DGSE, M. Allex. Il fallait trouver le moment propice, il y a notamment des circonstances climatiques, etc.

Et finalement, le président de la République, sur proposition des services auxquels il faut rendre hommage parce que c’est évidemment extraordinairement dangereux et risqué, a décidé d’approuver cette opération qui, malheureusement, s’est mal déroulée.

En ce qui concerne le Mali, c’est une décision grave, effectivement, de répondre à l’appel d’un pays qui vous dit : « Je vous demande de venir à mon secours. Sinon je me noie ! » Et donc nous avons discuté de cela. Il se trouve que j’ai une certaine expérience politique et le propre des hommes d’État, c’est de réfléchir, mais le moment venu, c’est également de savoir prendre des décisions qui présentent toujours des risques. Le président de la République a évalué les risques et il a pris la décision de dire oui à ce peuple qui se noie, dans le cadre de la légalité internationale. Et c’est là où je dis, l’ayant vu agir, que sa main n’a pas tremblé.

Question - Sur la Somalie, pouvez-vous nous en dire un peu plus ? On s’interroge pas mal sur le sort de Denis Allex, est-ce qu’il est vraiment mort ? On parle d’un ancien militaire français qui serait disparu ?

R - Les renseignements que j’ai sont ceux que m’ont donnés le ministre de la Défense et la DGSE ! Je n’en ai pas d’autres ! L’extrême vraisemblance est qu’il y ait eu deux de nos hommes qui ne reviendront pas. Je vous demande d’ailleurs d’être attentifs à cela, il est très possible que dans les jours qui viennent, les terroristes, qui avaient enlevé M. Allex instrumentalisent en utilisant des images, etc.

Question - Parce que eux disent qu’il ne serait pas mort.

R - Oui. Il faut faire très attention à cela. C’était une opération très difficile, très risquée…

Question - Qu’il fallait tenter ?

R - Oui, je pense que c’était la recommandation des services eux-mêmes. Il faut bien voir que cet homme appartenait aux services. Ceux qui nous ont recommandé de faire l’opération…

Question - Cela fait trois ans qu’il était détenu…

R - Trois ans dans des conditions inhumaines - ceux qui nous ont recommandé d’intervenir sont ses frères d’armes ! Et c’est sur cette base que la décision a été prise.

Question - Qui va continuer à diriger l’opération ? Vous accompagnez le chef de l’État dans un voyage à Abou Dabi à partir de lundi. La main ne tremble pas, mais qui va avoir la main ferme en votre absence et en celle du président de la République ?

R - Il n’y a aucune absence !

Question - Le conflit continue !

R - Il n’y a aucune absence ! D’abord, nous sommes informés non pas heure par heure, mais minute par minute de ce qui se passe ! Vous savez que dans l’avion présidentiel, il y a le téléphone. Sinon, je vous le confirme, le Premier ministre reste à Paris.

De toutes les manières, nous partons lundi soir, nous revenons mardi soir. Le Premier ministre est à Paris ; il recevra lundi soir, comme c’est normal, les responsables des groupes parlementaires, Jean-Yves Le Drian, chargé de la Défense, restera lui aussi à Paris. Il n’y a aucune interruption d’aucune sorte.

Question - La France sort de dix ans de présence en Afghanistan et on ne peut pas ne pas se poser la question, Laurent Fabius : avez-vous une idée de la durée de cette intervention au Mali ? Est-ce une question de semaines, de mois, d’années ?

R - Je pense que, pour ce qui est de l’aspect impliquant le plus directement la France, c’est vraiment une question de semaines ! Après, on peut venir en appui, mais nous n’avons aucune vocation à rester durablement.

Question - Il n’y a pas de parallèle à faire entre l’intervention en Afghanistan et l’intervention au Mali ?

R - Non, je ne crois pas.

Question - Il n’y aura pas d’intervention durable au sol et notamment dans le nord du pays ?

R - Non, mais c’est un pays qui doit et peut être géré par ses ressortissants ! Simplement, si vous avez une partie du sol où sont implantés des groupes narcoterroristes, parce qu’il y a un lien de plus en plus fort entre les trafics de drogues, les trafics d’armes et le terrorisme, cela représente une menace énorme pour l’Afrique et pour l’Europe, comme elle l’est pour l’Amérique, l’Amérique du Sud ! Donc il faut combattre ces fléaux. Mais ce n’est pas seulement à la France de faire cela. C’est à l’ensemble des pays démocratiques !

Question - Une question de semaines, dites-vous ; cela signifie que ceux qui pointent un risque éventuel d’enlisement se trompent ?

R - Oui, nous n’avons absolument… il n’y a aucun parallèle à faire avec l’Afghanistan, non.

Question - Vous parlez de terrorisme. En France, le plan Vigipirate vient d’être renforcé.

R - Oui.

Question - Cela veut dire qu’on a des craintes, ou des informations de menaces particulières qui nous visent en ce moment ?

R - À partir du moment où le Mali, la France, d’autres pays répliquent au terrorisme, il peut y avoir évidemment des mesures de rétorsion ! Donc le président, le Premier ministre et le ministre de l’intérieur ont tout à fait raison de renforcer le plan Vigipirate.

J’ai moi-même pris des dispositions pour ce qui concerne nos postes diplomatiques. Je vous en donne deux exemples. Le lycée français à Bamako demain, sera fermé pour un jour parce qu’il y a des dispositions à prendre. J’ai également demandé au proviseur du Lycée français du Niger, aussi, Niamey, que demain les élèves ne s’y rendent pas afin qu’on sécurise tout cela.

Question - Que pensez-vous des déclarations de ce leader islamiste malien qui, ce matin, au JDD, dit « la France a ouvert les portes de l’enfer » ? C’est de l’intimidation ?

R - Oui, c’est une bonne définition.

Question - Mais ces menaces dont vous nous parlez, c’est…

R - Il faut faire très attention parce que, compte tenu de ce que sont les activités terroristes dans plusieurs parties du monde, compte tenu du fait que la France, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, est un des grands pays qui sont potentiellement visés, l’Europe aussi, il faut prendre toutes les précautions possibles !

Question - La France serait potentiellement visée, mais le renforcement du plan Vigipirate ne s’appuie pas sur des menaces précises ?

R - Non, pas précises par rapport à ce conflit-là ! Mais le rôle d’un gouvernement responsable, c’est de prendre les devants.

Dernière modification : 04/02/2013

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