Fleur Pellerin échange avec les médias tunisiens

Pendant sa visite en Tunisie, le 18 avril 2015, la ministre de la Culture et de la Communication Fleur Pellerin a rencontré la presse en compagnie de la ministre tunisienne de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine Latifa Lakhdar.

De nombreux thèmes ont été abordés avec les journalistes : la coopération entre les musées du Louvre et du Bardo, la mise en valeur du patrimoine et le tourisme, le développement territorial et la décentralisation culturelle, le prochain déménagement de l’Institut français de Tunisie au 22 avenue de Paris et le cinéma. Extraits ci-dessous :

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Latifa Lakhdar et Fleur Pellerin avancent à la rencontre des journalistes, à la résidence de France

Mme Fleur Pellerin : Tout à l’heure, avec Latifa Lakhdar, nous nous avons signé une déclaration d’intention importante dans la mesure où elle consacre un partenariat déjà ancien entre le Louvre et le Bardo mais que nous souhaitons renouveler pour permettre à de jeunes étudiants tunisiens en Beaux-Arts de devenir des restaurateurs confirmés et de contribuer à restaurer le patrimoine extraordinaire qui est conservé au Bardo et peut-être aussi, demain, dans d’autres sites en Tunisie.

Nous allons donc renforcer notre partenariat pour permettre davantage d’échanges entre nos deux pays autour de la restauration et de la conservation du patrimoine. Et puis nous avons évoqué beaucoup d’autres sujets lors de notre entretien. Nous avons parlé du développement économique autour de la mise en valeur du patrimoine, notamment dans les territoires excentrés qui recèlent eux aussi des joyaux du patrimoine mondial de l’humanité.

Nous avons beaucoup de pistes intéressantes de travail, également, en matière cinématographique. J’ai invité Latifa à venir au Festival de Cannes à la fin du mois de mai, pour que le monde du cinéma puisse accueillir des producteurs et des cinéastes tunisiens, une délégation qui, je n’en doute pas, sera très chaleureusement saluée. Nous avons d’ailleurs en la matière une belle convention que nous souhaiterions redynamiser un peu. Il y a quelques co-productions franco-tunisiennes mais je pense que nous pourrions faire mieux et nous nous sommes engagées à travailler dans ce sens-là.

J’ai eu des échanges très intéressants avec la ministre du Tourisme aussi puisque je crois bien sûr qu’il faut que nous fassions une alliance autour du développement économique et du tourisme liés à la culture. Nous sommes deux pays de culture et nous savons très bien que le patrimoine et toute l’animation culturelle font beaucoup pour l’attractivité et l’attrait de nos pays. Nous nous sommes donc engagées à travailler sur ces questions.

Ce matin d’ailleurs, nous étions à Carthage et nous sommes passés par hasard devant une fête de la gastronomie autour des différents pains des régions tunisiennes. Or, c’est aussi le patrimoine immatériel qui fait la richesse et la diversité d’un pays.

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Fleur Pellerin reçue par la ministre tunisienne du Tourisme, Selma Elloumi Rekik

Mme Latifa Lakhdar, ministre tunisienne de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine : Que pourrais-je ajouter à ce que vient de dire Fleur Pellerin ? Je voudrais dire mon bonheur, d’abord, de la revoir, ici en Tunisie. Cette visite vient réitérer le soutien français à la Tunisie, pas seulement à l’occasion de l’attentat du Bardo car nous avons des relations historiques très fortes. Elle réitère évidemment la solidarité qui a été exprimée aussi par les principales instances de l’État français lors de la visite d’État du président Béji Caïd Essebsi, à laquelle j’ai participé dans la délégation. Quand je dis toutes les instances, cela va de la présidence au Gouvernement, au Sénat et à l’Assemblée nationale.

Sur un plan culturel, nous avons signé une déclaration d’intention qui indique les grandes lignes de notre coopération culturelle, à partir de fondamentaux que nous partageons : la pluralité et la diversité culturelles, le principe de la démocratie, le principe des droits de l’homme, le principe de l’égalité entre les hommes et les femmes, tous ces universaux auxquels nous tenons et qui nous permettront de donner l’orientation de cette coopération, surtout que nous passons par un contexte où ces valeurs sont ciblées, chez nous et partout dans le monde.

Elles sont peut-être ciblées chez nous parce que nous incarnons une expérience intéressante qui va certainement introduire un équilibre, pas seulement dans la région mais dans l’environnement plus large y compris européen.

Nous avons décidé des choses intéressantes cet après-midi, concernant la politique muséale et la coopération pour entretenir cette richesse fabuleuse que nous avons au niveau des musées, notamment celui du Bardo. La formation des restaurateurs et la formation de conservateurs est quelque chose de très important pour nous et je pense que la coopération entre nous s’annonce prometteuse.

Je voudrais dire aussi mon bonheur de pouvoir rencontrer tout de suite une pléiade d’artistes amoureux de la Tunisie. Pour beaucoup d’entre eux la Tunisie était leur premier pays. Du fait du hasard et de la contingence, aussi peut-être, la Tunisie est devenue leur 2ème pays mais je saisis tout le sens de leur visite et je sais que leur amour pour ce pays est fort et absolu. Merci.

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Fleur Pellerin et Latifa Lakhdar en conférence de presse, à la résidence de France (18 avril 2015)

Question : Quel est votre message aux citoyens et aux artistes français qui ont peut-être peur de venir en Tunisie après l’attaque du Bardo ?

Mme Fleur Pellerin : J’ai un message parce ce que je suis venue, Latifa le disait à l’instant, accompagnée d’une délégation d’artistes français qui étaient d’ailleurs déjà présent dès 2011 en Tunisie. Ils ont souhaité montrer la mobilisation des artistes et du milieu culturel français pour la Tunisie, un magnifique pays de patrimoine, de culture et d’histoire. Carthage est le berceau de la démocratie et aujourd’hui il y a une expérience extrêmement forte de transition démocratique en Tunisie et le message que nous avons souhaité porter c’est que nous voulons d’abord apporter notre soutien au peuple tunisien et puis montrer par notre présence qu’il faut continuer à aller au Bardo, qu’il faut continuer à aller à Carthage, qu’il faut continuer à visiter la villa romaine. C’est aussi soutenir l’expérience démocratique du pays que d’être physiquement présent ici. Voilà le message que nous sommes venus délivrer.

Question : J’ai deux questions. La première concerne le chantier école Louvre-Bardo. 24 heures avant l’attaque, on a assisté à une signature de deux conventions de mécénat importantes avec Total Tunisie et l’UBCI qui concerne la présentation muséographique de la salle de Carthage. Est-ce qu’elle sera prête début mai. Est-ce que cela va se faire ?

La deuxième question concerne le nouveau siège de l’institut français de Tunisie. Vous savez, l’IFT va bientôt déménager au cœur de la capitale et nous avons eu le plaisir de voir au cours d’une visite au nouveau siège la panoplie d’activités que l’IFT va présenter. Un des axes importants, c’est la décentralisation de l’offre culturelle. Par exemple, la Route du cinéma qui va dans les régions. La question qui se pose, c’est au niveau de la décentralisation des structures culturelles. L’IFT a seulement deux antennes, à Sfax et à Sousse. Est-ce que vous envisagez dans les années à venir d’élargir ces antennes dans des régions lointaines du Sud ou Nord-Ouest ?

Mme Latifa Lakhdar : Nous avons visité tout à l’heure ensemble le chantier école qui est un vrai chantier avec de vrais travailleurs et travailleuses, surtout. Ils nous ont dit que toutes les pièces étaient déjà restaurées et n’attendaient qu’à être mises en place dans le musée.

Mme Fleur Pellerin : C’était formidable de voir ce chantier car beaucoup de pièces étaient restaurées complètement mais encore au sol en attendant d’être posées sur des socles. Donc, il y a encore un peu de travail pour pouvoir présenter les œuvres. En tout cas, la partie restauration est achevée et c’est vrai que c’est formidable de voir ces jeunes diplômés d’École des Beaux-Arts, extrêmement passionnés, avec des conservatrices elles aussi totalement passionnées par ce chantier école et qui, je crois, se sentent bien ici et ne rêvent que de pouvoir présenter très prochainement ces magnifiques sculptures restaurées au public. Je pense que ce sera prêt bientôt. Cela avait l’air d’être imminent.

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Fleur Pellerin et Latifa Lakhdar en conférence de presse, à la résidence de France (18 avril 2015)

Sur l’institut français, j’ai visité tout à l’heure le nouveau site. Cela va être un site absolument magnifique, qui est remarquable sur le plan architectural et remarquable aussi par la panoplie des activités qu’il va offrir : un fond documentaire et des œuvres en très grand nombre, une partie jeunesse, des espaces permettant de développer des activités en direction des enfants, de nombreuse salles pour des cours de français. Vraiment, on aura un lieu magnifique pour renforcer la coopération culturelle.

Sur la question des autres sites, peut être que l’Ambassadeur pourra vous répondre. Pour l’instant nous allons déjà inaugurer celui-ci. Il y a des questions qui se posent aussi autour de l’enseignement du français, par exemple la création de lycées français, peut-être, dans d’autres villes.

Nous parlions tout à l’heure avec la Ministre de la question de la décentralisation culturelle puisque la France a une expérience ancienne en matière de décentralisation culturelle et nous disions justement, qu’au-delà des Instituts français, c’est sans doute un axe sur lequel nous devions renforcer notre coopération. Il y a, par exemple, je le sais, en matière de cinématographie, des opérateurs français qui seraient désireux de venir examiner les possibilités de développer des réseaux de salles en Tunisie.

Il y a aussi toute une réflexion qu’on peut avoir sur le réseau de la lecture publique, des bibliothèques et des médiathèques. C’est quelque chose que nous beaucoup développé en France. Nous avons 17.000 points de lecture, 17.000 bibliothèques et médiathèques, c’est-à-dire plus que de bureaux de poste. C’est vrai que c’est un réseau qui irrigue le territoire et qui sert vraiment de lieu où peut se créer du lien social.

Je crois que c’est très important, aujourd’hui, dans le cadre des réformes qui sont menées par la Tunisie et dans le cadre des réflexions autour du développement économique territorial que nous puissions étendre notre coopération au développement d’un réseau culturel sur le territoire. Parce que si on veut relancer l’économie dans les territoires, il faut que les gens aient envie de s’installer dans ces régions et ils auront envie de le faire lorsqu’il y aura aussi une proposition de divertissement et de culture sur place. Nous avons donc souhaité réfléchir à la manière dont nous pouvions accentuer notre coopération sur ce chantier de la décentralisation culturelle.

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L’ambassadeur François Gouyette précise les activités de l’Institut français dans les régions

L’Ambassadeur François Gouyette : Madame la ministre, merci de me donner l’occasion de préciser un point. Effectivement, il y a deux antennes de l’Institut français, à Sfax et à Sousse. Il n’y pas, à ce stade, de projets d’ouverture de nouvelles antennes mais en revanche, l’Institut français est déjà très engagé dans les régions. Engagé à divers titres : en appui à diverses actions de coopération décentralisées qui sont nombreuses et menées par beaucoup de régions ou de collectivités territoriales françaises. Par exemple, nous avons à Gafsa une volontaire internationale, une jeune femme, qui est là en permanence pour le suivi des différents projets de coopération décentralisée menée par la région "Pays de la Loire" avec le gouvernorat de Gafsa. Elle est effectivement prise en charge à 50% par l’Institut français de Tunisie, donc par l’Ambassade.

Et puis l’Institut français est très présent aussi en appui à tout ce qui se fait en région au niveau du soutien aux associations. Nous avons un budget de coopération qui est le premier au monde par habitant, le troisième en valeur absolue, et qui, pour le seul secteur associatif, consacre 2 millions de son budget au soutien à plus de 120 associations. Et beaucoup de ces associations sont dans les régions.
Je voulais simplement donner ces précisions pour montrer que nous n’étions évidemment pas absents des régions.

Et puis nous connaissons, Madame la ministre de la République tunisienne, votre volonté de mettre l’accent sur le développement ou la rénovation des maisons de la culture dans les régions. Et là, évidemment, nous avons, si vous le souhaitez, une expertise à apporter puisque nous avons-nous même une longue tradition dans le domaine de ce qu’on appelle des MJC [1], en France.

Mme Latifa Lakhdar : Je ne demande pas mieux !

[1Maisons de la jeunesse et de la culture

Dernière modification : 03/02/2016

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