Frédéric Mitterrand distingue des personnalités tunisiennes

Les 28 et 29 décembre 2009, le ministre de la Culture et de la Communication a personnellement décoré une dizaine de célébrités tunisiennes qui se sont distinguées par leur créativité artistique ou qui ont participé au rayonnement des Arts et des Lettres dans le monde.

Accueillant lui-même les invités à l’entrée des salons de la résidence, Frédéric Mitterrand a rappelé avec autant d’humour que d’émotion les liens qui le rattachent de longue date à la Tunisie ainsi que l’estime qu’il porte aux artistes et aux intellectuels de ce pays.

Le ministre tunisien de la Culture, M. Abderraouf Basti, était présent à la cérémonie du 28 décembre.

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Photo Mohamed Hammi

De gauche à droite, M. Aderraouf Basti,
l’Ambassadeur de France en Tunisie et M. Frédéric Mitterrand


Propos d’introduction tenus le 28 décembre

« Monsieur l’Ambassadeur,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

C’est un plaisir tout particulier pour moi de profiter d’un séjour privé que j’effectue comme ami de la Tunisie, pour marquer la gratitude de mon pays envers des personnalités dont le talent et le dévouement forment un pont vivant entre nos deux pays - lesquels sont un peu aussi, à leur manière, un couple, n’est-ce pas chers Jelila Baccar et Fadhel Jaïbi, Zeyneb Farhat et Taoufik Jebali…

Ces liens, c’est ma conviction que la culture a pour vocation de les renforcer et de les affiner sans cesse, mais qu’ils ne pourraient exister sans un substrat spirituel, et un socle d’amour, et c’est là votre enseignement particulier, chère sœur Josette, à qui j’aurai aussi le plaisir d’exprimer la reconnaissance de la France, au nom du Président de la République. »

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Photo Mohamed Hammi

Personnalités décorées le 28 décembre

- Mme Jalila BACCAR, comédienne, et M. Fadhel JAïBI, metteur en scène, ont reçu les insignes de chevalier des Arts et des Lettres :

« Chère Jalila Baccar,
Cher Fadhel Jaïbi,

C’est un plaisir de remercier et d’honorer aujourd’hui un couple à la ville comme à la scène, tout entier dédié à l’amour et à la gloire du théâtre tunisien. Vous êtes inséparables depuis la naissance de la jeune Troupe nationale de Gafsa, en 1972, et encore et toujours ensemble aujourd’hui avec la troupe et société de productions "Familia", un nom évocateur de cette union qui fait votre force au service d’un théâtre engagé.

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Photo Mohamed Hammi

Figures emblématiques du théâtre tunisien, votre regard rigoureux et aigu sur la Tunisie d’aujourd’hui est servi et inspiré par une exigence artistique unique.

Vos créations, toujours attendues, sont suivies et commentées avec passion par des milliers de spectateurs fidèles.

Vous vous êtes ainsi forgé, ensemble, avec le respect de chacune des composantes de votre couple, chère Jalila et cher Fadhel, une stature considérable douée d’une « liberté grande » de création et d’expression pour un théâtre que vous voulez, selon votre belle formule, « élitaire pour tous ». Je partage d’autant mieux votre exigence que je suis, comme ministre de la Culture et de la Communication en France, favorable à ce que j’appelle la « culture pour chacun », car chacun dans sa différence et dans sa particularité reçoit toujours, à sa manière, ce cadeau que nous font les artistes. De même que chacun des artistes doit pouvoir enrichir notre vision du monde de son regard particulier.

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Vos qualités exemplaires ont, bien sûr, franchi la Méditerranée et elles ont été saluées à Paris, au Théâtre de l’Odéon, lors de la présentation, en arabe pour la première fois, en juin 2006, de votre dernière création "Corps otages" ("Khamsoun"), qui a fait depuis l’objet de nombreuses reprises, en Tunisie et dans nombre de pays européens.

Pour cet engagement artistique, Chère Jalila Baccar et Cher Fadhel Jaïbi, au nom de la République française, nous vous remettons les insignes de chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres. »


- Mme Zeyneb FARHAT et M. Taoufik JEBALI, directeurs de l’espace "El Teatro", ont reçu les insignes de chevalier des Arts et des Lettres :

« Chère Zeyneb Farhat,
Cher Taoufik Jebali,

Vous êtes un autre grand couple du théâtre tunisien, vous qui dirigez ensemble, main dans la main, l’Espace El Teatro, premier théâtre privé en Tunisie ce qui a fait de vous des acteurs majeurs du développement culturel et artistique de votre pays, non seulement dans le domaine du théâtre, bien sûr, mais également de la danse et du cinéma.

Vous êtes, vous aussi, un couple de talent et un couple de conviction, reconnu pour votre engagement, chacun dans votre domaine.

Chère Zeyneb Farhat, vous êtes membre de l’Association tunisienne des femmes démocrates (récipiendaire du prix des droits de l’Homme de la République française), membre de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme et Présidente de la coalition tunisienne pour la diversité culturelle. Votre combat en faveur des droits de l’Homme et, plus particulièrement, de la place des femmes dans la société et le dialogue des cultures est exemplaire.

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Cher Taoufik Jebali, votre engagement explore avant tout les confins du champ artistique, car vous mettez vos talents de metteur en scène et de dramaturge au service d’un théâtre expérimental. Bousculant les convenances par l’usage du théâtre flash et du théâtre fragmenté, vous savez débusquer les travers du quotidien tout en interrogeant la condition d’artiste.

Votre théâtre original, marqué par sa capacité à installer une atmosphère "d’ inquiétante étrangeté", vous a valu une renommée internationale.

Parmi vos créations les plus marquantes, Cher Taoufik, je voudrais rappeler la série satirique sur la société tunisienne "Klem ellil", dont vous êtes l’auteur, le metteur en scène et l’interprète, l’adaptation des "Mémoires d’un dinosaure" de Bertold Brecht qui a fait date également à Damas et à Beyrouth, et enfin la mise en scène de l’œuvre du "Fou" de Khalil GIBRANE, donné en Europe et dans le monde arabe.

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Pour votre action en Tunisie dans le domaine du théâtre et du spectacle vivant, pour votre forte conviction mise au service du dialogue des cultures, Chère Zeyneb Farhat et Cher Taoufik Jebali, au nom de la République française, nous vous remettons les insignes de chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres. »


- Sœur Josette BEYOU, religieuse et infirmière, a reçu les insignes de chevalier de l’Ordre national du Mérite :

« Ma Sœur,

Nous quittons le monde du théâtre sans quitter, bien entendu, le théâtre du monde où parfois les personnalités les plus humbles et les plus discrètes comptent aussi parmi les plus actives et les plus efficaces pour notre devenir à tous et à chacun. Ma sœur, vous êtes de ces âmes discrètes qui forcent l’admiration et le respect par leur courage et leur tendre générosité.

De votre Bretagne natale (née en 1937 à Brest) aux rives Sud de la Méditerranée, vous avez consacré toute votre vie aux autres.

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C’est en 1958 que vous quittez la France pour l’Algérie, où vous exercez, jusqu’en 1961, le métier d’infirmière. Et c’est à Pâques de cette année-là, à l’occasion d’un voyage en Tunisie, que vous découvrez votre vocation de Sœur Blanche. Suivront alors, jusqu’en 1966, les années de noviciat de Sœur Blanche.

Infirmière, religieuse, une autre vocation vous appelle encore : soigner les plus démunis.

Définitivement établie en Tunisie dès 1970, vous consacrez deux années d’étude à l’arabe dialectal à la Maison d’études de Montfleury, afin d’être toujours plus proche de ce pays qui vous est cher et de ses populations amies, en particulier les plus modestes auxquels vous vous attachez avec amour.

Puis vous fondez en 1972 la communauté du Kef où vous vivez toujours. Vous aidez, chaque jour, avec un dévouement inébranlable, les personnes en difficulté et vous parvenez à faire construire des maisons pour quelques familles très pauvres grâce à un appel aux dons venus du monde entier.

Votre action tenace en faveur des oubliés incite à vous confier, dès 1974, la formation des infirmiers, une tâche dont vous vous acquittez avec passion et compétence, jusqu’en 1980.

Par votre parcours exemplaire, vous avez su gagner la confiance et l’affection des Tunisiens, auxquels vous donnez toujours de vous-même sans compter. Par là, vous êtes une ambassadrice et comme l’annonciatrice des relations les plus étroites et les plus fidèles qui unissent nos deux pays.

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Soeur Josette, votre engagement au service des autres fait honneur à notre pays et c’est pourquoi, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons chevalier dans l’Ordre national du Mérite. »


Propos d’introduction tenus le 29 décembre

« Monsieur l’Ambassadeur,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

Toutes les personnalités auxquels j’ai le plaisir de rendre hommage aujourd’hui, au nom de la France et de sa culture, sont non seulement exceptionnelles chacune en leur genre, mais sont également emblématiques des liens d’amitié profonds qui unissent nos deux pays.

Or, ces liens sont profonds, justement, parce qu’ils s’enracinent non seulement dans une histoire partagée, mais dans des cultures en dialogue. Ces liens sont profonds grâce à des individualités audacieuses, généreuses comme celles que j’ai le plaisir d’honorer aujourd’hui. »


Personnalités décorées le 29 décembre

- M. Lotfi BAHRI, animateur et producteur de télévision, a reçu les insignes de chevalier des Arts et des Lettres :

« Cher Lotfi Bahri,

Vous avez commencé comme enfant prodige des médias puisqu’à l’âge de dix ans, vous étiez déjà un professionnel de la radio ! Je dis bien dix ans, car à cet âge vous étiez animateur de l’émission " Le paradis des enfants". Pour vous, c’était l’enfance de l’art !

Mais à ce gamin hyper-précoce n’était pas réservée une destinée d’étoile filante. Avant même vos 20 ans, vous étiez passé avec aisance de l’animation à la conception et à la production d’émissions. Et depuis ces premiers pas, vous n’avez jamais cessé de servir le public tunisien.

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Vous êtes constamment en projet, en recherche de nouvelles idées, de nouveaux territoires à conquérir et vous incarnez pour la plupart des Tunisiens une certaine idée de la variété culturelle qui occupe un place de choix dans la mémoire de cette télévision nationale, que vous avez accompagnée dès ses débuts.

La richesse de votre production, qui couvre de nombreux genres télévisuels, montre une créativité sans cesse renouvelée, le refus du confort des réussites acquises, et ce goût du risque qui est le ferment de l’innovation. Ainsi, non content de votre notoriété arabe, vous êtes-vous ouvert aux médias occidentaux et vous avez joué le rôle si nécessaire et si heureux de trait d’union entre les cultures, à travers des collaborations avec France 2 ou TV5. C’est aussi pour cela que j’ai le plaisir de vous exprimer aujourd’hui ma gratitude et celle de mon pays.

Lotfi Bahri, au nom de la République française, nous vous remettons les insignes de chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres. »


- Mme Aïcha GORGI, galeriste, a reçu les insignes d’officier des Arts et des Lettres :

« Première galeriste d’art contemporain en Tunisie, vous avez cette disposition très rare, chère Aïcha Gorgi, de découvrir, de dénicher et de faire connaître des talents.

Dans votre audace et votre professionnalisme, comme dans l’acuité de votre regard et dans votre exigence sans complaisance, plus d’un, chère Aïcha Gorgi, reconnaît l’héritage de votre père, Hédi Gorgi, le fondateur de l’École de Tunis. Mais votre choix à vous ne fut pas d’exercer la peinture, mais de vous consacrer avec générosité et enthousiasme à la promotion de jeunes artistes plasticiens, nationaux et internationaux.

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En 1992, vous avez organisé à Tunis une exposition de grande envergure d’artistes contemporains du continent africain, un événement qui a fait date et qui a abouti à une présentation à l’Institut du monde arabe, qui a remporté un formidable succès auprès du public parisien.

Vous avez ensuite participé à de très nombreuses expositions et foires d’art contemporain à l’étranger (Nice en 1995, Beyrouth en 1999, Paris, etc.). Vous en avez réalisé dans votre galerie à Sidi Bou-Said et extra-muros, telle l’exposition tenue, en 2004, à la Charguia et consacrée au design.

Votre galerie, la mieux implantée en Tunisie, est reconnaissable entre toutes. Elle a acquis un caractère, qui est le miroir de votre personnalité ouverte, de votre goût très sûr et de vos choix pionniers.

Exposer à la Galerie Ammar Farhat est, aujourd’hui, une consécration !

Aïcha Gorgi, pour votre engagement et votre rayonnement dans le domaine des arts plastiques, au nom de la République française, nous vous remettons les insignes d’officier dans l’ordre des Arts et des Lettres. »


- Mme Aïcha BEN ABED, archéologue, a reçu les insignes d’officier des Arts et des Lettres :

« Chère Aïcha Ben Abed, vous avez puisé dans le patrimoine de votre pays, mais aussi en France, avec vos maîtres, les connaissances et le savoir faire sur lesquels vous avez construit votre brillante carrière.

Licenciée d’histoire de la faculté de Tunis, c’est à La Sorbonne, avec les meilleurs maîtres que vous étudiez. Vous obtenez votre maîtrise d’histoire sous la direction du Professeur Seston. Vous passez avec brio votre doctorat, sous la houlette du Professeur Février d’Aix-en-Provence. Et c’est avec le célèbre Professeur Noël Duval que vous obtenez votre Habilitation à diriger des recherches en 1993.

Les fonctions que vous avez occupées en Tunisie depuis 1979 sont toutes plus prestigieuses les unes que les autres : conservateur du superbe Musée du Bardo, Chef du service des musées, Directeur de la division de la sauvegarde des sites et monuments.

C’est dans ces dernières fonctions que vous avez, en plus de votre énorme charge de travail, assuré le suivi du projet "Dougga et la région Numide", cher à la France, jusqu’à votre départ en retraite.

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Il faut - et en même temps c’est un plaisir, pas seulement une nécessité - rendre hommage à votre travail acharné, votre exigence de perfection servie par un charisme unique, une autorité intellectuelle, mais aussi une force de caractère qui peut dérouter un moment, mais dont chacun reconnaît qu’elle est le "nerf de la guerre" des grandes réalisations comme celles que vous avez menées.

Que dire de votre engagement pour la nécropole romaine de Pupput que vous avez littéralement sauvée des mâchoires des bulldozers ? Votre amour de ce site et votre ténacité en ont fait l’un des plus beaux exemples de coopération entre la France et la Tunisie dans le domaine de la recherche archéologique.

Vous avez pris votre retraite de l’Institut national du patrimoine, mais vous y consacrez encore une grande partie de votre temps. Vous occupez actuellement le poste de coordinatrice du projet international sur la stratégie de la conservation des sites antiques en Méditerranée, ce qui est en quelque sorte la moindre des choses au vu de votre brillante carrière, de vos qualités et de vos compétences exceptionnelles.

Aïcha Ben Abed, pour votre engagement et votre rayonnement dans le domaine de l’archéologie, au nom de la République française, nous vous remettons les insignes d’officier dans l’ordre des Arts et des Lettres. »


- Mme Dora BOUCHOUCHA, productrice de cinéma, a reçu les insignes d’officier des Arts et des Lettres :

« Chère Dora Bouchoucha,

Femme cultivée, que dis-je, femme de cultures par excellence (et je mets le terme au pluriel), vous avez su, depuis 1994, placer vos talents au service de cet art si cher à mon coeur qu’est le cinéma, comme réalisatrice, mais aussi comme productrice, et enfin, plus récemment, comme nouvelle directrice des Journées cinématographiques de Carthage, cette manifestation emblématique du cinéma arabe et africain, indissociablement.

Productrice de nombre de documentaires, de courts et de longs métrages de fiction tunisiens, arabes et européens, vous aviez déjà participé à l’aventure des "Silences du palais" de Moufida Tlatli, et vous avez plus récemment contribué à révéler quelques uns des grands noms du jeune cinéma tunisien dont Raja Amari avec "Satin Rouge" et "Le Secret", respectivement sélectionnés au Festival de Berlin et à la Mostra de Venise en 2009.

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Mais vous savez que le talent n’est pas une génération spontanée et vous œuvrez aussi au développement de l’écriture de scénario pour les auteurs du Maghreb, d’Afrique et du Moyen Orient lorsque vous créez, en 1997, l’atelier "Sud Ecriture".

Rien de ce qui relève du cinéma ne vous est étranger et vous vous intéressez aussi, depuis longtemps, à la diffusion cinématographique, comme fondatrice et directrice du Marché du film et de l’Atelier de projets qui ont fonctionné, dans le cadre des Journées cinématographiques de Carthage, entre 1992 et 2006.

Votre connaissance des cinémas vous a amené à participer, comme membre de jurys, à de nombreux festivals internationaux (Festival de Namur, Festival de Montpellier, Premier Plan Angers, etc.) et à être désignée comme experte d’Europa Cinéma...

Pour votre engagement au service de la culture, du 7ème art et du dialogue entre cinémas du Nord et du Sud, j’ai souhaité très récemment, chère Dora, vous confier la présidence du "Fonds Sud", programme de soutien aux cinématographies du Sud, soutenu par mon ministère et par le ministère des Affaires étrangères. Votre engagement en faveur d’un cinéma qui intègre les voix très riches de ce pays (la Tunisie) et de ce continent (l’Afrique) est un apport inappréciable au dialogue des cultures.

C’est pourquoi, Dora Bouchoucha, au nom de la République française, nous vous remettons les insignes d’officier dans l’ordre des Arts et des Lettres. »


- Mme Syhem BELKHODJA, chorégraphe, a reçu les insignes d’officier des Arts et des Lettres :

« Chère Syhem Belkhodja,

Je tiens, tout d’abord, à saluer la personnalité exceptionnelle qui a réussi par son charisme, son charme et sa volonté à créer l’un des festivals les plus importants du monde arabe et africain, les « Rencontres chorégraphiques de Carthage ».

C’est assurément dans le secteur de la danse contemporaine que votre action est la plus emblématique. Consciente de l’importance culturelle que peut avoir la danse, notamment dans le contexte des années 1990, vous avez, en une vingtaine d’années, depuis la création de votre compagnie "Sybel Ballet", véritablement structuré ce secteur et permis à une jeune génération de danseurs et de chorégraphes tunisiens de se réaliser.

Au-delà des frontières d’une discipline, vous avez su faire de la culture un instrument de développement dont l’action s’excerce aussi dans le domaine du cinéma. Je veux parler de l’École des arts et du cinéma (EDAC) que vous ouvrez en 2002 et, depuis 2005, du festival "Doc à Tunis", initiative citoyenne qui milite, comme vous le dites vous-même, pour diffuser la philosophie du film documentaire en Tunisie et dans la région arabo-africaine.

En 2009 enfin, vous décidez d’exercer votre talent à travers la première édition du festival "Design et mode", investissant ainsi un nouveau terrain d’expression contemporaine.

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Avant de conclure ce portrait trop rapide pour une personnalité débordante d’idées et de projets, je voudrais rappeler que votre action est aussi profondément sociale puisqu’elle a permis à de nombreux jeunes Tunisiens issus de milieux défavorisés de s’élever par la création artistique. De même, vous avez offert à un très large public la possibilité de découvrir les œuvres chorégraphiques les plus importantes du répertoire contemporain, transformant ainsi son regard sur le monde.

Cette capacité à dépasser les frontières, qu’elles soient géographiques, culturelles et sociales, vous la mettez aujourd’hui au service de la construction de l’espace méditerranéen comme conseillère du comité stratégique du conseil culturel de l’Union pour la méditerranée. Au fond, c’est tout autant pour célébrer des personnalités exceptionnelles que pour oeuvrer à cette union amicale et nécessaire, pour qu’elle devienne la réalité de demain, que nous sommes tous réunis aujourd’hui.

C’est pour cela aussi que, Syhem Belkhodja, au nom de la République française, nous vous remettons les insignes d’officier dans l’ordre des Arts et des Lettres. »


Qu’est-ce que l’ordre des Arts et des Lettres ?


Dernière modification : 24/03/2011

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