IRMC : un livre tremplin pour de jeunes chercheurs tunisiens

Le port du voile, les réseaux sociaux, l’évolution des pratiques alimentaires, la Saint Valentin, blogs et censure... quelques uns des thèmes abordés sans tabous par une équipe de jeunes chercheurs tunisiens en science sociale. Leurs texte sont regroupés dans l’ouvrage "Penser la société tunisienne aujourd’hui", publié par l’Institut de recherche pour le Maghreb contemporain (IRMC).

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Révéler le potentiel de très jeunes chercheurs

« On entend souvent dire que les étudiants sont paresseux, qu’ils ne lisent plus, qu’ils ne s’investissent pas assez. Nous avons porté un projet qui prouve le contraire ! Il y a beaucoup de jeunes à fort potentiel en Tunisie » sourit Pierre-Noël Denieuil, directeur de l’IRMC.

Cette structure de recherche française travaille au développement de la recherche en sciences humaines et sociales, en partenariat avec la communauté scientifique tunisienne, maghrébine, française et internationale. Elle organise des conférences, des colloques et finance régulièrement des publications.

Imprimé en mars 2013, "Penser la société tunisienne aujourd’hui" est le fruit du travail de 21 jeunes chercheurs tunisiens. Pour la plupart d’entre eux, il s’agit de leur première publication scientifique. Leur recherche prolonge parfois leur sujet de mémoire universitaire, ou constitue l’un des volets d’un début de thèse.

Deux ans durant, ces jeunes ont suivi des ateliers d’écriture scientifique dans les locaux de l’IRMC, encadrés par des universitaires et des chercheurs français et tunisiens expérimentés. C’est de ces ateliers qu’est né le projet d’ouvrage.
« Nous avons trouvé dans ces étudiants des idées d’une grande fraicheur. Il fallait simplement canaliser leur énergie et renforcer leur technique d’écriture pour valoriser leur travail » explique Sihem Najar, coordinatrice de l’ouvrage.

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Présentation de "Penser la société tunisienne aujourd’hui", à la bibliothèque de l’IRMC.

Ce travail de fond s’est doublé d’un sprint final : 5 jours de travail intensif pour finaliser l’ensemble des articles et boucler la publication.
« Cela a a été une expérience humaine forte humaine forte. Cela nous a permis de prendre confiance en notre travail » témoigne Rim Haloues Ghorbel, dont l’article porte sur les stratégies matrimoniales des familles sfaxiennes installées à Tunis.

« L’IRMC est une passerelle entre chercheurs maghrébins et français, mais c’est aussi une passerelle entre les générations. Les plus expérimentés d’entre nous doivent tirer les jeunes vers le haut » appuie Pierre-Noël Denieuil, qui espère que cette expérience et cet ouvrage donneront des idées à d’autres structures de recherche et aux universités.

« Le résultat est particulièrement valorisant pour ces jeunes : leurs articles ont atteint un niveau qui présente un intérêt national et même international. Au delà de l’expérience pédagogique, l’ouvrage propose une véritable plongée dans la société tunisienne actuelle » s’enthousiasme le directeur.


"Aller au delà des idées reçues"

Au fil des 400 pages que compte le livre se dévoilent plusieurs volets de la société tunisienne actuelle, ses valeurs, ses évolutions, ses paradoxes. « Les grands champs d’étude sont le corps, les lieux de vie et de socialisation, les médias et la communication, les valeurs et les nouvelles pratiques sociales » énumère Sihem Najar.

Héla Nsibi s’est par exemple intéressée à la façon dont la Saint Valentin, apparue en Tunisie à travers les médias occidentaux, s’était peu à peu "tunisifiée" en intégrant des pratiques orientales en devenant une "fête de l’amour" concernant le couple mais aussi la famille et les amis.

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Quelques-uns des jeunes contributeurs à l’ouvrage

Radia Mechken s’est intéressée quant à elle aux transformations des pratiques alimentaires, marquées par l’apparition des grandes surfaces.

Sa consœur Chirine Ben Abdallah a pour sa part signé une étude portant sur le piratage informatique et les motivations des hackers.

Mohamed Sadok Lejri explore quant à lui les relations sociales entretenues par les prostituées du quartier fermé de Tunis à travers le prisme de leur rapport à l’argent. « Tout le monde a un avis sur la prostitution mais rares sont ceux qui s’intéressent vraiment au sujet. Il n’existe pas de véritables études de terrain. Je voulais combler ce vide et briser un certain nombre d’idées reçues », assure le jeune homme.

« Beaucoup de textes abordent des sujets inédits » confirme Pierre-Noël Denieuil. « Ils donnent à voir une société en mouvement. Les jeunes chercheurs se sont penchés sur des thèmes ancrés dans la réalité du quotidien ».

Tandis que la plupart de ces jeunes chercheurs continuent sur leur lancée, l’IRMC envisage une nouvelle série d’ateliers d’écriture et planche sur une série d’échanges entre étudiants de fin de cycle tunisiens et français dans un projet de "regards croisés".


Penser la société tunisienne aujourd’hui
sous la direction de Sihem Najar
IRMC et Cérès Edition
mars 2013
19 dinars

Institut de recherche sur le Maghreb contemporain
20, rue Mohamed Ali Tahar
Mutuelleville
1002 Tunis
Tunisie
Tél : (216) 71 796 722
Fax : (216) 71 797 376

Dernière modification : 23/07/2013

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