Jean-Marc Todeschini à Tunis

Le 10 décembre 2015, le secrétaire d’État auprès du ministre de la Défense Jean-Marc Todeschini a représenté la France lors de la dernière réunion du 5+5 Défense organisée sous la présidence tunisienne. Celle-ci s’apprête en effet à passer le flambeau à l’Algérie, à l’issue d’une année de travaux très denses et parfaitement menés.

Au cours d’un entretien avec le ministre tunisien de la Défense Farhat Horchani, Jean-Marc Todeschini a confirmé l’engagement de la France dans la coopération bilatérale en matière de lutte contre le terrorisme. il a évoqué le déblocage effectif d’une première tranche de 4M€ au profit de l’équipement des forces spéciales tunisiennes.

Avant de regagner Paris, le secrétaire d’État a répondu aux questions de l’agence Tunis Afrique presse et de plusieurs médias français.

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Jean-Marc Todeschini répond aux questions de l’agence TAP, de l’AFP, du Parisien et de RFI.

Verbatim du point de presse

Question : Est-ce vous pourriez nous donner un aperçu du programme précis que vous avez aujourd’hui, des interlocuteurs que vous avez déjà rencontrés ou que vous devez rencontrer ?

Réponse : Dans le cadre de mon déplacement ici pour l’initiative 5+5 défense, j’ai répondu aux sollicitations de rencontres bilatérales. J’ai donc rencontré la partie libyenne hier, j’ai rencontré le ministre de la Défense tunisien et je rencontrerai le ministre marocain tout à l’heure.

L’objectif de ce voyage est d’exprimer d’abord la solidarité avec la Tunisie qui, comme nous, a été lourdement frappée. La lutte contre le terrorisme ne concerne pas que la Tunisie, la Libye, la Syrie et les pays environnants ; elle concerne aussi tous les pays représentés ce matin. Lutter contre le terrorisme et contre le djihadisme, c’est protéger nos populations, protéger nos pays. Ce dialogue, qui est un dialogue interne, n’est pas quelque chose qui aboutit à une action précise mais il permet tout simplement d’échanger, de dialoguer sur ce que nous souhaitons.

Nous avons examiné le texte de la déclaration finale et je suis intervenu pour dire ce que la France pensait de la situation notamment en Libye. Je l’ai dit hier aussi aux représentants de la Libye, une partie du moins. L’urgence pour nous, le seul soutien qu’apporte la France aujourd’hui, c’est le soutien au travail de M. Kobler, représentant des Nations unies, pour aboutir très rapidement, dans les jours prochains, à un gouvernement d’union nationale en Libye. C’est la seule façon pour la communauté internationale d’apporter rapidement, dans la légalité, un soutien à la fois politique, humanitaire mais aussi sécuritaire aux Libyens. La mise en place d’un gouvernement central d’union nationale nous parait indispensable ; on ne peut plus attendre. C’est ce que nous avons dit à plusieurs, après l’intervention du représentant libyen.

Question : Est-ce qu’il y a des décisions concrètes qui ont été prises dans le cadre de cette réunion à 10 pays ? Vous parlez d’une déclaration commune de ces 10 pays, qu’est-ce qu’il y dedans exactement ? Que peut cette instance qui regroupe les dix pays de Méditerranée occidentale dans la lutte contre le terrorisme ?

Réponse : C’est simplement une instance de dialogue et de réflexion. J’ai demandé que pour 2016, le comité directeur nous fasse des propositions de lutte contre la radicalisation. Le président du Sénégal est intervenu au Sommet de la francophonie sur la radicalisation qui touche tous les pays africains et il est temps que nous ayons une réflexion commune sur ce sujet.

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Question : Sur l’aspect bilatéral, on sait que la Tunisie a un certain nombre de défis sécuritaires à relever et qu’elle a une coopération qui a plutôt tendance à s’accroitre avec ses alliés en Europe. Le ministre français de la Défense est venu il y a quelques semaines annoncer une enveloppe de 20 millions d’euros sur les deux prochaines années, notamment pour la formation mais aussi pour du matériel. Est-ce qu’il y a des choses qui ont été faites au cours des dernières semaines pour aider la Tunisie à renforcer sa sécurité, que ce soit de la surveillance des frontières, de l’armement ou de l’équipement ?

Réponse : À la demande du président de la République François Hollande, le ministre de la Défense Jean-Yves le Drian est effectivement venu début octobre et cela a donné lieu à une lettre d’intention avec deux priorités en matière de lutte contre le terrorisme qui passe par une coopération au niveau des forces spéciales et au niveau du renseignement. Sur les 20 millions que vous évoquez - un effort supplémentaire que la France s’engage à prendre sur les deux années qui viennent - 4 millions d’euros sont déjà engagés en fourniture de matériel.

Question : Vous avez commencé à fournir du matériel, vous pouvez nous donner des exemples ?

Réponse : Non.

Question : 4 millions engagés depuis le mois d’octobre ?

Réponse : Depuis la venue de Jean-Yves le Drian.

Question : Volet coopération avec la Tunisie, vous avez mis en place une feuille de route. Quelles sont exactement les priorités de cette coopération ?

Réponse : Je viens de vous le dire, c’est d’abord la formation des forces spéciales et ensuite c’est au niveau du renseignement. Il est important d’avancer sur ces deux terrains là en priorité mais d’autres pistes peuvent être envisagées.

Question : Ce sont par exemple des gendarmes ou des policiers français qui viendront faire de la formation en Tunisie ? C’est déjà commencé ?

Réponse : La coopération avec les forces spéciales c’est bien sûr une formation. Nous accueillons actuellement en France un officier au niveau du renseignement à Creil. Toute cette démarche, c’est ’encadrement, l’aide à la formation et nous répondons aux souhaits du gouvernement tunisien.

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Question : On sait que deux ressortissants français ont été expulsés vers la France alors qu’ils cherchaient à rejoindre la Libye et qu’il y a de plus en plus de djihadistes en Libye. Est-ce que vous avez évoqué cela dans votre entretien bilatéral ?

Réponse : Vous me permettrez de ne pas répondre en détail sur les entretiens bilatéraux que je peux avoir avec les collègues ministres de la Défense mais nous évoquons les sujets qui concernent leu terrorisme, la radicalisation et le djihadisme. Bien sûr tous les sujets nous concernent et nous échangeons tout ce que nous pouvons échanger dans le cadre de nos discussions.

Question : Est-ce que vous êtes inquiets que la Tunisie devienne un point de passage de djihadistes français pour rejoindre la Libye, comme c’est plus compliqué en ce moment de passer par la Turquie ?

Réponse : Nous sommes inquiets que des Français puissent venir au nom du djihad combattre en Libye, comme ils l’ont fait en Syrie. Toutes les pistes sont surveillées et nous regardons de près par où ces personnes peuvent passer. Bien sûr, l’idéal serait de les interrompre avant.

Question : Vous avez l’impression qu’un nouveau chemin s’ouvre par la Tunisie ?

Réponse : Je ne vous ai dit pas cela.

Question : En octobre dernier, le ministre français de la Défense a appelé la Tunisie à tenir une réunion sur la Libye avec les pays du voisinage. Est-ce que vous pouvez nous éclairer davantage sur cette question ?

Réponse : Tout simplement, la lutte contre le terrorisme concerne bien entendu tous les pays de la zone. Des attentats peuvent avoir lieu en Tunisie mais la France n’est pas épargnée. Effectivement, il faut d’abord qu’il y ait un dialogue entre les États de la région et ensuite une coopération avec les pays européens. C’est le cas. Ces discussions nous permettent en tous cas de confronter notre travail, nos opinions et d’avancer ensuite dans des cadres de discussion et de coopération bilatérales.

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Entretien avec RFI

Question : Jean-Marc Todeschini bonjour. Vous êtes secrétaire d’Etat auprès du ministre français de la Défense, chargé des anciens combattants. À l’heure où le groupe de l’État islamique gagne du terrain en Libye, comment évaluez-vous la menace régionale ?

Réponse : Écoutez, la Libye est une préoccupation non pas seulement de la France mais de tous les États qui sont concernés par le terrorisme. J’ai rencontré dans une réunion bilatérale des représentants de la Libye et j’ai, au nom de la France, dit que la France avait pour seul objectif de soutenir aujourd’hui le travail qui est fait par M. Kobler, dans le cadre des Nations unies, pour aboutir à la mise en place d’un Conseil des présidents qui débouchera ensuite très rapidement sur la mise en place d’un gouvernement d’union nationale. Il n’est pas possible d’attendre. C’est urgent. Nous souhaitons que cela se fasse très rapidement et non pas au bout d’un dialogue encore interminable. C’est la condition prioritaire et sine qua non pour permettre à la communauté internationale d’agir légalement à la demande du gouvernement libyen et d’apporter toute l’aide possible, l’aide politique, l’aide humanitaire mais aussi, bien sûr, l’aide sécuritaire, si nous voulons qu’un gouvernement d’union nationale puisse se réinstaller à Tripoli.

Question : La formation d’un gouvernement d’union nationale en Libye est-elle un préalable à une intervention internationale dans le pays ?

Réponse : Dans l’état actuel des choses, oui. Dans le cadre de la légalité, je viens de vous le dire, nous souhaitons vraiment que cela débouche mais pas en quelques mois : en quelques jours.

Question : Il y a urgence ?

Réponse : Il y a urgence, bien sûr.

Question : Et ce serait pour préparer une intervention internationale, éventuellement ?

Réponse : Je ne vous ai pas dit cela non plus. Je vous ai dit que seul un gouvernement d’union nationale peut recevoir le soutien politique, économique et sécuritaire de la communauté internationale. Mais la sécurité, la sécurisation de la Libye passent d’abord par les Libyens eux-mêmes.

Question : La France a mené des vols de reconnaissance au-dessus de la Libye, dans quel but exactement ?

Réponse : Vous permettrez que je ne réponde pas sur cette question. C’est sorti dans la presse, apparemment, des vols de renseignement peuvent avoir lieu.

Question : L’option militaire serait-elle écartée en Libye, s’il y avait un gouvernement d’union nationale. Est-ce une chose à laquelle vous songez ?

Réponse : Un gouvernement d’union nationale peut ensuite exprimer des demandes et les interventions ne peuvent être faites que dans un cadre légal. Donc, la première étape c’est d’abord la mise en place de ce gouvernement d’union nationale. Il faut que toutes les parties libyennes participent à cela. Nous souhaitons, nous en tout cas, que des sanctions puissent être prises si certains individus ou certains groupes s’y opposent. Ce gouvernement doit s’installer et ensuite, bien sûr, il n’est pas possible de laisser proliférer Daech en Libye.

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Jean-Marc Todeschini avec l’ambassadeur François Gouyette, le 10 décembre 2015 à Tunis.

Question : Quelle importance accordez-vous à la Tunisie dans ce contexte et comment l’aider à renforcer sa sécurité tout en s’assurant que cette aide soit utilisée à bon escient ?

Réponse : La Tunisie est confrontée à un problème de terrorisme aussi, d’attentats comme nous connaissons nous et que nous avons connus tout récemment à Paris. Ici, c’était le 24 novembre. La Tunisie est sur la voie d’une transition démocratique. Nous devons lui apporter tout le soutien politique possible pour lui permettre d’avancer.

Question : Sur le plan sécuritaire, on parle de débloquer des fonds, encore, pour aider. Comment s’assurer que ces aides financières soient bien utilisées sur le terrain ?

Réponse : Écoutez, la lettre d’intention qui a été signée avec Jean-Yves Le Drian à la demande du président de la République François Hollande prévoit, en tout cas, deux priorités : c’est la coopération au niveau des forces spéciales et puis au niveau du renseignement. Les clauses sont mises en place et, rassurez-vous, la France est vigilante à l’action et aux priorités qu’elle se donne.

Question : Et concrètement, c’est davantage de formation, plutôt que d’injecter des fonds dans du matériel, etc. ? C’est venir former les Tunisiens ici ?

Réponse : Tout passe à la fois par les équipements et par la formation. C’est aussi l’affaire des Tunisiens. Donc, la coopération que nous avons au niveau de la formation est quelque chose de prioritaire.

Question : Les pays voisins de la Libye appellent à une coordination des efforts face au terrorisme. Comment faire en sorte que le renseignement et les autres actions soient davantage coordonnés dans la région ?

Réponse : Écoutez, la France souhaite développer avec des pays du secteur des efforts de coopération au niveau du renseignement et nous y travaillons.

Question : Comment penser la lutte antiterroriste et contre la radicalisation dans la région au-delà de cette réponse sécuritaire ? Est-ce que cela fait partie aussi de vos discussions ?

Réponse : Je suis intervenu à la fin de la signature du texte d’aujourd’hui pour dire que la France souhaitait que l’an prochain, en 2016, le comité directeur de l’initiative 5+5 défense puisse faire des propositions sur la lutte contre la radicalisation qui touche tous les pays de la région.

Question : Quelques pistes de réflexion ?

Réponse : Non. Chacun y travaille. Bien sûr, la France y travaille aussi, mais nous avons là à conduire un gros travail de réflexion en commun.

Question : Jean-Marc Todeschini, merci.

Réponse : Merci à vous.

Dernière modification : 03/02/2016

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