Le printemps arabe, priorité de la diplomatie française

La Conférence des ambassadeurs est un événement majeur de la diplomatie française qui rassemble chaque année les ministres et secrétaires d’État du pôle "affaires étrangères", les chefs de mission diplomatique français - au nombre de 181 en 2011 - et les responsables de l’administration centrale du ministère des Affaires étrangères et européennes.

La 19e Conférence des ambassadeurs de France s’est déroulée à Paris, les 31 août, 1er et 2 septembre 2011. Elle a été ouverte par le président de la République, au Palais de l’Élysée.

Le programme de la conférence et les vidéos sont en ligne sur France diplomatie.

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Discours du président Nicolas Sarkozy

« (...) Au Nord du Sahara, c’est bien la jeunesse qui a donné le coup d’envoi des "printemps arabes". De Tunisie, puis d’Égypte, ils ont gagné de proche en proche, du Maghreb au Machrek.

Qu’ont dit ces jeunes, quasiment à l’unisson, démentant ainsi nombre de prévisions sombres ? Ces jeunes n’ont pas dit « à bas l’Occident ». Ces jeunes n’ont pas dit « à bas l’Amérique ». Ces jeunes n’ont pas dit « à bas Israël ». Ces jeunes ont exigé la liberté et la démocratie, ces jeunes ont exigé le respect et la dignité. Ils ont montré que, dans notre monde connecté, les attentes des peuples sont les mêmes du Sud au Nord de la Méditerranée. Ils ont montré qu’il n’y a pas « d’exception arabe » comme il n’y avait pas d’exception d’Europe de l’Est qui condamnaient les peuples à la dictature. Ces peuples, ces jeunes ont montré qu’il y a des valeurs universelles et la démocratie au premier rang de celles-ci.

On a parfois comparé ce séisme démocratique à la chute du mur de Berlin et à l’effondrement du bloc communiste. C’est vrai pour l’importance historique. Et c’est vrai aussi pour la cécité de ceux qui ne voulaient pas voir que les Européens de l’Est avaient les mêmes droits à la liberté que les Européens de l’Ouest et de ceux qui ne voulaient pas voir que les peuples arabes avaient les mêmes droits à la liberté que les peuples de l’Occident. Mais j’y vois trois différences qui rendent la suite des événements plus complexe encore que ce que fut pour l’Europe de l’Est l’après-chute du mur de Berlin.

La première différence, elle est de taille, elle est démographique. Les pays de l’empire soviétique avaient, en quelque sorte, achevé leur transition démographique. Ceux du monde arabe s’y engagent seulement ; ils ne l’ont pas achevée. La jeunesse y représente près des 2/3 de la population, portant chaque année vers les marchés du travail des millions de jeunes souvent diplômés. C’est une très grande différence avec ce que nous avons connu pour l’Europe de l’Est.

Il y a une deuxième différence qui tient à la disparition, en 1990, de la dernière de ces idéologies qui ont fait le malheur du XXème siècle, je veux dire le communisme, je veux dire le marxisme, cette idéologie de mort au nom de laquelle on a assassiné des millions de gens sous prétexte, pour les uns, qu’ils étaient cultivés, pour les autres, qu’ils étaient propriétaires terriens et pour les troisièmes, qu’ils avaient des diplômes. La mort de cette idéologie de mort a permis à la démocratie de s’épanouir sur tout le continent européen.

Au Sud de la Méditerranée où la religion demeure une référence centrale, tout l’enjeu des printemps arabes est de montrer par l’exemple que l’affirmation de ces valeurs démocratiques ne s’oppose pas à l’Islam. La démocratie s’opposait à l’idéologie communiste, il ne pouvait pas y avoir de rencontre et de compromis. Dans les « printemps arabes », toute l’histoire à écrire va être celle d’une rencontre entre la démocratie et l’Islam. Enraciner la démocratie, c’est organiser des élections libres, c’est accepter l’alternance au pouvoir, c’est respecter les droits et les choix des individus et des minorités et je veux redire la préoccupation de la diplomatie française pour les minorités chrétiennes. En Orient, ils sont en quelque sorte les marqueurs de la démocratie et de cette diversité dont ces pays ont besoin.

Troisième différence enfin : pour les pays d’Europe centrale et orientale, le chemin à suivre était tout tracé. C’était l’évidence, l’intégration européenne, la réconciliation de la famille. Au Sud de la Méditerranée, rien de tel, bien sûr. Et c’est dire toute l’importance des partenariats à développer, dans le respect de l’indépendance et de la souveraineté de ces États. Lors du Sommet de Deauville, le G8 s’est engagé fortement et dans la durée, proposant 40 milliards de dollars à la Tunisie et à l’Égypte entre 2011 et 2013, ainsi que l’ouverture de la BERD et de son expertise unique.

Depuis Deauville, deux autres pays ont rejoint ce partenariat, le Maroc et la Jordanie. Ils démontrent que de vraies réformes assumées peuvent aboutir à des résultats aussi significatifs que des révolutions.

Il va de soi que si la Libye nouvelle souhaitait rejoindre le partenariat de Deauville, elle serait la très bienvenue ! Demain, nous accueillerons ici même, avec le Premier ministre, François Fillon et Alain Juppé bien sûr, à l’Élysée, les nouvelles autorités de Tripoli. Avec tous les pays représentés, avec l’ONU, la Ligue arabe, l’Union africaine, nous allons tourner la page de la dictature et des combats et ouvrir une nouvelle ère de coopération avec la Libye démocratique.

Au-delà, qui ne voit la pertinence de l’Union pour la Méditerranée pour répondre aux attentes des peuples ? Le moment est venu de la relancer et de la refonder. La France présentera ses propositions à ses partenaires dans les prochaines semaines. L’impasse du processus de paix ne doit pas empêcher l’UPM d’être le moteur d’une véritable renaissance de la Méditerranée !

D’ailleurs il faut bien reconnaitre qu’avant les « printemps arabes », l’Union pour la Méditerranée s’organisait comme un cadre où se rencontraient enfin Israéliens et Palestiniens. Mais l’Union pour la Méditerranée aujourd’hui, sa priorité, son cadre, c’est l’aspiration à la démocratie et au progrès économique.

* * *

Alors, pendant ces événements, la France, plus que d’autres pays, a été interpellée et naturellement critiquée. C’est la rançon de l’Histoire. Ici, elle en faisait trop, au risque d’être accusée de "néo-colonialisme", je pense à tous ceux qui ont défendu le régime de M. Gbagbo. Là-bas, elle n’en faisait pas assez et pas assez vite. Et voici la France coupable à la fois de néocolonialisme et d’indifférence ! Avec un peu de recul, chacun reconnaîtra, du moins je l’espère, que la France aura été le pays le plus engagé, en suivant des principes clairs ; des principes qui fondent la politique nouvelle de notre pays.

Une évidence d’abord, qu’il faut rappeler : ce sont les peuples qui font l’Histoire ; eux seuls peuvent prendre leur destin en main. Et si le sens du mouvement vers les libertés et la démocratie est prévisible, nul ne peut en anticiper le déclenchement, et encore moins le provoquer de l’extérieur.

Ce qui est nouveau, après des décennies pendant lesquelles la stabilité des régimes en place primait, à l’Est comme au Sud de l’Europe, c’est la volonté de la France d’accompagner avec détermination le mouvement des peuples vers la démocratie. Pendant des années, notre diplomatie - et j’en prends ma part - a été organisée autour du mot "stabilité". Et autour du mot "stabilité", la France a eu des rapports avec des régimes qui n’étaient pas des exemples de démocratie. Le réveil des peuples arabes, leur aspiration à la liberté permet de s’appuyer sur cette aspiration pour couper définitivement avec cette stabilité qui nous mettait en permanence en contradiction entre les valeurs que nous devions défendre et la réalité que nous devions assumer. Aujourd’hui, il y a une opportunité de faire concilier la réalité et les valeurs.

La France, et il me semble que c’est son honneur, a su prendre l’initiative et montrer le chemin à deux moments décisifs. En Côte d’Ivoire d’abord, lorsque le président sortant, refusant le résultat des urnes pourtant validé par l’Union africaine et par les Nations unies, a voulu se maintenir par la terreur et les massacres en faisant tirer à l’arme lourde sur le marché d’Abidjan. En Libye ensuite, lorsque les populations qui demandaient la liberté étaient menacées d’écrasement, de faire couler des rivières de sang, disait M. Kadhafi à Benghazi sous les tirs des canons, des chars et de l’aviation d’un dictateur.

Ces choix de la France étaient justes, politiquement et moralement. Je veux remercier le Premier ministre et le ministre d’État pour leur engagement déterminé, ainsi que le ministre de la Défense, dans des périodes où il a fallut prendre des responsabilités et les assumer. Nous avons veillé à agir avec le plein soutien de la Ligue arabe, dont je veux saluer sa prise de responsabilités, et nos partenaires de l’Union africaine. Et bien sûr, nous avons agi sur la base d’un mandat explicite du Conseil de sécurité des Nations unies. S’il n’y avait pas eu les résolutions des Nations unies négociées notamment de haute lutte pour la Libye par Alain Juppé, nous n’aurions pas pu intervenir. Que les choses soient très claires et que l’on tire les conséquences des crises précédentes.

Le droit international, me semble-t-il, a prospéré non pas avec des phrases mais avec des actes. Le Conseil de sécurité, sur ces deux crises, nous a permis de concrétiser pour la première fois un principe d’action que la France avait réussi à faire adopter par l’ONU en 2005 : la responsabilité de protéger. Pour la première fois, à notre initiative et à deux reprises, en Côte d’Ivoire et en Libye, le Conseil de sécurité a autorisé l’usage de la force pour protéger des populations martyrisées par leurs propres dirigeants. Et pour la première fois, à l’unanimité, le même Conseil a saisi la Cour pénale internationale des crimes des dirigeants libyens. Le monde change et en bien.

À juste titre, on va nous dire : et les massacres en Syrie ? Je regrette que le Conseil de Sécurité n’assume pas toujours ses responsabilités face à la tragédie syrienne. Mais voici qu’après avoir été accusé d’aller trop vite, trop loin et trop fort en Côte d’Ivoire et en Libye, nous allons nous retrouver accuser de ne pas aller assez loin, assez fort et assez vite en Syrie.

Le pouvoir à Damas aurait tort de croire qu’il est protégé de son propre peuple. Le président syrien a commis l’irréparable. La France, avec ses partenaires, fera tout ce qui est légalement possible pour que triomphent les aspirations du peuple syrien à la liberté et à la démocratie, mais dans le cadre des Nations unies. À nous de nous battre pour obtenir le consensus et renforcer les sanctions.

Une autre leçon de notre intervention en Libye doit être tirée aujourd’hui, je veux parler du retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN. Que n’avons-nous entendu lorsque la décision a été prise ! La France allait perdre son indépendance, son image serait détruite dans le Tiers-Monde. Je comprends celles et ceux qui avaient cette crainte lorsqu’elle était sincère. À l’épreuve des faits, constatons la réalité : est-ce que la France a perdu son indépendance en Libye ? Est-ce que l’image de la France en Afrique et dans le monde arabe est moins bonne aujourd’hui qu’elle ne l’était hier ?

L’OTAN s’est révélée un outil indispensable au service de nos opérations militaires. Les États-Unis, et c’est leur droit, ne souhaitant pas s’engager fortement en Libye - un souvenir assez précis des discussions qui ont eu lieu entre Mme Clinton et M. Juppé pour la résolution et entre le président Obama et moi-même au moment de l’intervention ; disons que la France était avec le Royaume-Uni plus enthousiaste à l’intervention que nos grands amis et nos grands partenaires - eh bien, pour la première fois depuis 1949, l’OTAN s’est mise au service d’une coalition. Coalition emmenée par qui ? Coalition emmenée par deux pays européens déterminés, le Royaume-Uni et la France. Et je veux dire la joie de tous ceux, dont je suis, qui souhaitent que l’Europe pèse d’un poids plus grand au sein de l’organisation intégrée, de voir que l’OTAN, sous la direction du Royaume-Uni et de la France, a fait sont travail en Libye. Si l’on veut comparer à ce qui s’est passé en Bosnie, à l’époque, ce sont nos amis américains qui ont fait le travail que les Européens auraient dû faire.

Mieux encore : à ceux qui annonçaient des réactions, comment dire, négatives du monde arabe, je rappelle que trois pays courageux, les Émirats Arabes Unis, le Qatar et la Jordanie, ont participé dès le début aux opérations de la coalition. Quant à nos amis libyens, ils réclamaient chaque jour davantage d’actions de l’OTAN !

Les combats en Libye ont apporté la meilleure réponse aux prophètes du « choc inéluctable des civilisations et des religions » : côte à côte, des forces arabes, des forces européennes, des forces nord-américaines ont aidé un peuple martyrisé à réaliser ses aspirations à la liberté.

* * *

Voilà les leçons de la crise libyenne, où tout n’est pas fini, parce qu’une dernière leçon doit être tirée et elle concerne l’Europe. Dans cette crise, à travers l’initiative du Royaume-Uni et jeux rendre hommage à M. Cameron qui a été un allié, un ami et un partenaire courageux et fiable, eh bien les Européens ont démontré pour la première fois qu’ils étaient capables d’intervenir de façon décisive dans un conflit ouvert à leurs portes. Parce que la Libye, c’est la Méditerranée, et la Méditerranée, c’est d’abord l’affaire des Européens avant d’être l’affaire des Américains, étant l’ami des États-Unis d’Amérique, je le dis simplement pour décrire une réalité. Encore une fois, c’est un progrès remarquable par rapport aux guerres de Bosnie et du Kosovo où l’Europe allait quémander l’aide des Américains pour faire un travail qu’elle n’avait pas le courage de faire à sa porte. Dire cela, c’est ne mettre en cause personne, c’est prendre les leçons de l’Histoire.

Ceci dit, ne nous voilons pas la face : au-delà de la Libye, incontestablement l’Europe est menacée d’une forme de « rétrécissement stratégique ». Que voit-on ? Une baisse continue des efforts de défense ; l’invocation d’un « soft power » qui sert en vérité à quoi ? Cette invocation, c’est le paravent au renoncement et, trop souvent, c’est le paravent à l’aveuglement face à des menaces qui sont bien réelles.

Le monde change. Le président Obama a présenté une nouvelle vision de l’engagement militaire américain, qui implique que les Européens assument davantage leurs responsabilités. Si nous n’en tirons pas les conséquences, si nous ne tenons pas compte des réalités du monde, les Européens se prépareront des réveils difficiles.

Il n’y aura pas de défense digne de ce nom en Europe sans des capacités militaires robustes et de vraies politiques industrielles et technologiques. C’est tout le sens des décisions prises par le Conseil européen pendant la Présidence française et du partenariat franco-britannique. Mais à eux seuls, la France et le Royaume-Uni représentent la moitié des budgets de défense et les 2/3 de la recherche de défense. Unis comme jamais depuis le Traité de Lancaster House, nos deux pays sont pratiquement les seuls en Europe à atteindre la norme de 2 % du PIB consacrés à la défense.

Il n’y a pas d’Europe qui peut exister si elle ne donne pas les moyens d’exécuter une politique qui ne peut pas simplement être la politique du discours du verbe et de la parole. Beaucoup reste à faire pour que l’Europe soit à la hauteur de l’ambition qu’elle s’est fixée à elle-même. La France, elle, reste déterminée à assumer toutes ses responsabilités.

C’est ce que fait la France en Afghanistan. Qu’est-ce que nous avons entendu sur cette question de l’Afghanistan, qui n’est pas toujours à l’honneur, de ceux qui ont prononcé des jugements sans connaître. D’abord, il faut que nous soyons fiers du travail accompli depuis trois ans en Surobi et en Kapisa par nos soldats et nos coopérants. Dix ans après le 11 septembre, les progrès sur le terrain et la montée en puissance des forces afghanes ont permis d’engager le transfert des responsabilités de sécurité et de programmer le retrait du quart de notre contingent dans les mois qui viennent. D’ici la fin 2014, les forces afghanes auront pris en charge la sécurité de leur pays.

À ceux qui appellent un départ immédiat comme d’autres appelaient une capitulation immédiate, naturellement, je veux dire que nous n’avons pas le droit, pour notre sécurité et pour l’histoire que nous partageons avec les Afghans, de partir en laissant le chaos. Il y a un calendrier, nous transférerons les responsabilités de la sécurité aux forces militaires afghanes et aux forces de police afghanes selon un calendrier déterminé, voulu, engagé, et conscient qu’ils ne peuvent plus l’emporter militairement sur le terrain. Les Talibans qui ont de plus recours à quoi ? Aux actes terroristes, lâches, criminels, parce que les actes militaires, ils n’en n’ont plus les moyens. Ils frappent aveuglement et espèrent ainsi nous amener à renoncer, mais nous ne renoncerons pas, ce sont les attentats suicides, ce sont des gens qui se font sauter, ce sont des IED, c’est l’arme des lâches, l’arme des terroristes.

La transition décidée par les Afghans - et rappelons-nous les 48 pays de la coalition - et imaginez la France, seule, laissant ses 47 partenaires alors même que la décision a été prise il y a 10 ans par M. Jospin et par M. Chirac. Est-ce que l’on imagine la France partir comme cela ? Cette transition va modifier en profondeur la forme de notre engagement auprès du peuple afghan, nous nous y préparons. Ce sera l’objet de la réunion de Bonn en décembre. C’est le sens du traité franco-afghan dont nous sommes convenus avec le président Karzaï et qui a, d’ores et déjà, été négocié par Alain Juppé. On fait notre travail, on réduit la présence de nos forces dans les semaines qui viennent, on passera la sécurité du territoire afghan aux Afghans dans le calendrier qui a été prévu.

Et nous pourrons ainsi accompagner les efforts de réconciliation nationale avec les insurgés. Cette réconciliation ne sera possible que si les pays voisins respectent la souveraineté et la sécurité de l’Afghanistan.

Mais soyons lucides : des progrès en Afghanistan ne marquent pas la fin de la menace terroriste. La mort de Ben Laden est une victoire dont il faut féliciter le président Obama. Mais Al Qaïda, même affaibli, reste présent. C’est vrai notamment au Pakistan dont l’évolution inquiète. C’est vrai dans le monde arabe, c’est vrai en Afrique. La vigilance est plus que jamais nécessaire et je pense notamment à nos malheureux otages pour lesquels nous ne négligerons aucun effort afin de les faire rentrer à la maison.

L’autre pays dont je veux parler, c’est l’Iran pour dire que ses ambitions militaires, nucléaires et balistiques, constituent une menace croissante. Elles peuvent aussi conduire à une attaque préventive contre les sites iraniens, qui provoquerait une crise majeure dont la France ne veut à aucun prix. L’Iran refuse de négocier sérieusement et se livre à de nouvelles provocations. À ce défi, la communauté internationale peut apporter une réponse crédible si elle fait preuve d’unité, de fermeté et impose des sanctions plus dures encore. Nous aurions tort d’en sous-estimer les effets : ils sont de plus en plus perceptibles.

* * *

Ce contexte fait d’espoir, avec les printemps arabes, mais aussi de menaces du Sahel à l’Iran, n’enlève rien à l’actualité de crises anciennes, à commencer par le conflit israélo-arabe. Il en rend au contraire le règlement plus urgent que jamais.

La seule véritable sécurité, c’est la paix. C’est d’abord par la création de l’État palestinien qu’on l’obtiendra. La sécurité d’Israël sera mieux assurée, mais avec un État palestinien démocratique, moderne et viable à ses frontières. La France ne cessera de rappeler cette évidence. C’est cela la garantie de la sécurité pour Israël. Tout autre choix est une folie, pour la sécurité d’Israël et dans le même temps, Israël a un droit à l’existence et à la sécurité qui est imprescriptible.

Les paramètres du règlement sont connus : le président Obama les a fort bien rappelés récemment. C’est sur cette base que la négociation de paix doit être relancée, et chacune des parties doit comprendre que c’est son intérêt.

En cas d’échec, dans quelques semaines à New York, les États membres des Nations unies devront se prononcer sur l’État de Palestine. Je souhaite que les 27 pays de l’Union européenne s’expriment d’une seule voix, et qu’ensemble nous assumions nos responsabilités. La France, par l’intermédiaire du ministre des Affaires étrangères va prendre des initiatives. Nous voulons l’unité de l’Europe.

Mais quel que soit le résultat de ce vote, nous nous trouverons ensuite devant un processus de paix à reconstruire. Je souhaite qu’avant de se lancer dans un nouveau cycle de tentatives sans lendemain et de rendez-vous manqués, on s’interroge sérieusement sur la méthode de négociation. Pour dire les choses clairement, la France pense que la méthode de négociation n’est pas la bonne. D’ailleurs, si elle était la bonne, on se demande pourquoi elle produit si peu de résultat.

Le rôle des États-Unis est incontestable et irremplaçable, mais ce n’est pas critiquer nos amis américains que de dire qu’ils ne peuvent pas réussir seuls. Il faut élargir le cercle de la négociation, réfléchir au rôle et à la pertinence du Quartet, donner à chacun la place qui lui revient au regard de ses relations avec les parties. Gardons à l’esprit que l’Union européenne est le premier partenaire économique d’Israël et le premier donneur d’aide aux Palestiniens. L’Europe n’a pas à demander un strapontin pour participer à des négociations qui la concernent au premier chef. L’Europe est un partenaire de la négociation et c’est une erreur de ne pas mettre l’Europe au cœur de la négociation.

La France fera des propositions précises sur ce sujet aux principaux acteurs de la région, aux États-Unis et, bien sûr, à ses partenaires européens. L’impasse prolongée et dangereuse du processus de paix comme les évolutions dans le monde arabe en soulignent l’urgente nécessité. Il n’est pas possible d’assister à l’émergence des "printemps arabes" et d’assister à la glaciation des négociations entre les Palestiniens et les Israéliens. Il y a là quelque chose qui s’apparente à une forme de scandale alors que les paramètres de la négociation sont connus de tous. (...) »

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Allocution d’ouverture du ministre des Affaires étrangères Alain Juppé

« (...) Les "printemps arabes", d’abord. Je l’ai dit le 16 avril dernier lors du colloque que nous avions organisé grâce à l’hospitalité de Dominique Baudis à l’Institut du monde arabe : les révolutions au sud de la Méditerranée nous conduisent à changer notre regard sur cette région du monde et à inventer une nouvelle manière de pratiquer la diplomatie. Droits de l’Homme, soutien aux réformes démocratiques et économiques, mais aussi maîtrise de l’immigration, ou encore conséquences de l’intervention de la communauté internationale en Libye... dans tous les domaines, nous devons tirer les leçons des mutations en cours, comme vous avez commencé à le faire à l’Institut du monde arabe. (...) »

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Allocution de clôture du ministre des Affaires étrangères Alain Juppé

« (...) Il y a six mois, lors de ma prise de fonctions au Quai d’Orsay, j’ai souhaité, sous l’autorité du président de la République, dynamiser l’action diplomatique française, afin de permettre à la France de jouer tout son rôle face aux bouleversements en cours dans le monde. Ne pas subir les évolutions du monde mais en être un acteur, le président de la République vous a à nouveau incités à le faire avant-hier, tout en suivant le juste chemin : telle est la ligne que nous nous sommes fixée, avec quatre grandes priorités :

- accompagner les "printemps arabes" et favoriser l’enracinement de la liberté et de la démocratie autour de la Méditerranée ;
- construire une gouvernance internationale plus juste et plus efficace ;
- renforcer l’intégration et la gouvernance européenne ;
- encourager les progrès de la démocratie et l’essor économique sur le continent africain.

Dans la période de changement exceptionnel que nous traversons, une feuille de route aussi ambitieuse nécessitait la mobilisation de tous les talents du Quai d’Orsay. Je m’y suis employé en vous fixant clairement le cap et en vous donnant sans hésitation ma confiance.

***

Aujourd’hui, notre effort collectif porte ses fruits. La France est de nouveau aux avant-postes de l’action de la communauté internationale. Depuis six mois, dans tous les domaines, elle fait entendre son message d’humanité, de responsabilité, de démocratie et de paix. Depuis six mois, sa cohérence, son courage et sa capacité d’entraînement sont partout salués. Et vous êtes les artisans de ce succès.

La France est acteur du changement quand elle accompagne le magnifique élan vers la liberté né au sud de la Méditerranée. Ce qui se passe dans le monde arabe engage en effet directement l’avenir de notre pays et de l’Europe.

Soyons francs : trop longtemps, nos relations avec certains pays ont été fondées sur la prééminence du principe de stabilité. En soi, cette stabilité peut être une vertu. Mais cette stabilité là n’était qu’apparence. Nous avons compris que la stabilité véritable ne pouvait faire abstraction des aspirations des peuples. Nous en avons tiré les leçons pour notre diplomatie. Il nous faut en particulier nouer des relations avec les nouveaux acteurs de la société civile, notamment les jeunes, les nouveaux entrepreneurs, les nouveaux médias et les figures montantes de la scène culturelle.

Aujourd’hui, notre pays joue un rôle d’avant-garde pour soutenir les transitions en cours, sans imposer de formules toutes faites. Je pense notamment à l’Égypte et à la Tunisie, engagées avec courage et responsabilité sur le chemin de la démocratie. Je l’ai dit aux jeunes de la place Tahrir en mars dernier : nous vous écoutons, nous sommes à vos côtés.

Il y a malheureusement des pays où l’aspiration à la liberté se heurte à la violence de régimes qui ont choisi la répression et la fuite en avant.

Je pense bien sûr à la Libye. C’est grâce aux efforts de la France que le vote de la résolution 1973 du Conseil de sécurité a été obtenu et que Benghazi a été sauvée du massacre. Nos équipes, à Paris et dans les postes diplomatiques à Benghazi, à New York et à Bruxelles, au Caire et dans le Golfe, ont été en première ligne pour constituer une coalition internationale en appui de la poignée d’hommes courageux du Conseil national de transition. Jour après jour, groupe de contact après groupe de contact, nous avons pu ouvrir pour le peuple libyen la perspective d’un avenir démocratique. Oui, c’est l’honneur de la France que d’avoir été la première à reconnaître le Conseil national de transition et d’avoir empêché tout retour en arrière vers la tyrannie. Oui, c’est une fierté pour nous tous de voir flotter notre drapeau aux côtés de l’emblème national, à Benghazi et depuis lundi à Tripoli, grâce à la détermination de la petite équipe diplomatique qui s’y est réinstallée et dont je salue le courage et l’efficacité.

En Syrie, j’ai été le premier à dire que Bachar el-Assad avait perdu toute légitimité parce qu’il refusait la voie du dialogue et des réformes. Sans relâche, la France dénonce les massacres, refuse la loi du silence, ne pratique pas la politique de deux poids deux mesures. Nous ne pouvons pas accepter un régime qui arrête et torture, y compris les enfants. C’est, parmi d’autres, grâce à nos efforts que la communauté internationale est de plus en plus nombreuse à condamner cette situation. Le Conseil de sécurité a fini par la condamner, le Conseil des droits de l’Homme l’a condamnée. Notre objectif c’est d’obtenir au Conseil de sécurité une résolution explicite condamnant l’usage de la violence contre la population et organisant un régime de sanctions. C’est un combat difficile mais nous ne baissons pas les bras. (...)

***

Dans les mois qui viennent, nous devrons relever trois grands défis.

Premier défi : accompagner la formidable mutation en cours du monde arabe.
Nous devons aider la Tunisie, l’Égypte, mais aussi le Maroc et la Jordanie, à réussir les transitions engagées. Rien ne serait pire que la désillusion de ces peuples, en particulier de la jeunesse.

En Libye, nous entrons dans une nouvelle phase, celle de la construction d’un pays démocratique. La France prendra toute notre part à cet effort. Nous avons dans ce pays un vrai capital d’amitié, en raison de notre engagement aux côtés du peuple libyen depuis les premiers jours de la Révolution.

Ce n’est pas un hasard si la Conférence internationale de soutien à la Libye nouvelle vient de se tenir à Paris. Tout au long de l’après-midi d’hier, il y a eu plusieurs entretiens bilatéraux entre le président de la république et les principaux acteurs de la crise libyenne. Puis la réunion plénière où siégeaient les représentants d’une soixantaine d’États. J’ai été impressionné par ce moment considéré comme important. Je me reporte quelques mois en arrière, en mars 2011, où nous lancions cette opération risquée, avec une France qui prenait ses responsabilités. En six mois, nous sommes en train de tourner la page de l’intervention libyenne pour rentrer dans une nouvelle phase. C’est la reconnaissance de l’engagement de la France.

En Syrie, nous ne relâcherons pas nos efforts pour obtenir la fin de la répression et l’ouverture d’un dialogue démocratique. Nous développerons nos contacts avec l’opposition. Le peuple syrien mérite aussi la liberté et la démocratie.

Pour le plus long terme, nous devons continuer à mobiliser la communauté internationale aux côtés des pays du sud de la Méditerranée, car une grande partie de notre avenir se joue là, pour encourager leur développement dans un esprit de partenariat.

C’est l’objectif du Partenariat de Deauville, lancé à l’initiative du président de la République lors du dernier Sommet du G8. Politique et économique, ce partenariat a vocation à apporter une aide massive, à hauteur de 40 milliards de dollars, aux pays de la région qui s’engagent sur la voie des réformes. J’ai demandé à ceux d’entre vous qui sont particulièrement engagés dans la préparation de ce partenariat d’être vigilants. À Marseille dans quelques jours, puis à New York au courant du mois de septembre, cet engagement de 40 milliards se concrétisera par des conventions aussi concrètes que possibles. Nous savons bien que nombre d’États ont repéré les grandes faiblesses des relations internationales : ce décalage entre les annonces et la réalité. Ne perdons pas de temps si nous voulons que ces convictions politiques réussissent.

Ce doit être aussi l’objectif de la nouvelle politique européenne de voisinage et de la relance de l’Union pour la Méditerranée, voulue par le président de la République, et qui prend tout son sens aujourd’hui. Je suis allé à Barcelone il y a quelques semaines assister à l’installation du nouveau secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée, M. Youssef Amrani, qui a une feuille de route précise. Là aussi, nous avons besoin, nos pères, nos fils, méditerranéens de ma jeunesse, d’un plan solaire, de beaucoup d’autres actions, notamment la protection civile, que vous pourrez donner à ce partenariat, de part et d’autre de notre mer commune, toute sa signification.

C’est enfin la raison pour laquelle la France a fait de l’accueil des étudiants et des chercheurs de ces pays une priorité.

Enfin, aucune vraie sécurité n’est possible sans une paix juste au Proche-Orient. Ma conviction est que les "printemps arabes" constituent une opportunité historique de trouver un règlement au conflit israélo-arabe. Le statu quo n’est ni acceptable, ni tenable, sauf à conduire à une explosion de violence. Nous avons proposé des initiatives en juin et juillet derniers. Je me suis rendu dans ces régions, je n’ai pas été loin de provoquer une percée et nous continuons dans la perspective de l’Assemblée générale des Nations unies à la fin du mois de septembre.

Nous avons proposé de relancer des négociations de paix fondées sur des paramètres équilibrés. Cette initiative française reste sur la table, à la veille d’une Assemblée générale des Nations unies durant laquelle les États membres devront se prononcer sur l’État de Palestine. La France souhaite que cette échéance soit l’occasion de ré-ouvrir le chemin de la négociation plutôt que de risquer une confrontation diplomatique stérile et dangereuse. Le président de la République l’a dit : l’Europe doit s’exprimer d’une seule voix, l’Europe doit prendre ses responsabilités.

Je ne saurais terminer sans évoquer le Liban, qui a toujours subi les turbulences du Moyen-Orient, mais qui a aussi toujours été un laboratoire de la démocratie. Il doit aujourd’hui pouvoir bénéficier pleinement du vent de liberté qui souffle sur la région, dans le respect de sa souveraineté et de son intégrité, et devenir ainsi plus que jamais le symbole du vivre ensemble. (...)

En Afghanistan, l’effort n’est pas terminé. Mais nous n’agissons pas en vain. Je veux ici saluer le travail accompli par nos soldats et nos coopérants en Surobi et Kapisa depuis trois ans.

Depuis une décennie, ce pays s’est transformé. Le terrorisme international et les Taliban ne sont plus en mesure d’en prendre le contrôle et la disparition de Ben Laden a porté un coup très dur à Al Qaïda. Les forces de sécurité afghanes montent chaque jour en puissance. M.Rasmussen me disait qu’avant le surge, ces forces comptaient 200.000 hommes et à la fin de cette année elles seront 350.000. Ce qui montre que le passage de témoin à l’armée afghane a été bien préparé. Les conditions se mettent progressivement en place pour un processus de réconciliation avec les insurgés qui acceptent de renoncer à la violence. Nous avons de notre côté une stratégie de transfert des responsabilités aux autorités afghanes, avec un calendrier qui nous permet de programmer le retrait d’un quart de notre contingent dans les mois qui viennent et de transformer la nature de notre engagement aux cotés du gouvernement afghan.

Il n’est en effet pas question d’abandonner l’Afghanistan. Nous comptons au contraire lui proposer un traité bilatéral très complet de partenariat d’ici la fin de l’année. Ce traité a été préparé en liaison avec notre ambassade à Kaboul. Nous comptons aussi proposer l’ouverture d’un dialogue politique régional autour de l’Afghanistan, pour essayer de créer dans cette région une confiance mutuelle, inexistante aujourd’hui.

L’Iran continue plus que jamais de retenir toute notre attention. Le régime de Téhéran doit garantir le respect des droits du peuple iranien, qui aspire lui-aussi à la liberté et à la démocratie. Il doit faire toute la lumière sur son programme nucléaire, et se conformer aux demandes répétées de la communauté internationale. Ce programme, dont la perspective militaire est évidente, fait peser une menace inacceptable sur le régime de non-prolifération, sur la stabilité régionale et sur notre propre sécurité. Vous savez combien la France est, sur ce sujet, parfaitement engagée.

Nous serons également très attentifs au risque terroriste au Sahel. Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) déstabilise les États sahéliens et menace directement la sécurité de la France et de l’Europe. Une plus grande coopération régionale, le renforcement des capacités de sécurité des pays menacés ainsi que lutte contre la pauvreté constituent les clefs du la lutte contre ce fléau. (...) »

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Le regard de Boris Boillon, ambassadeur de France en Tunisie

Retrouvez grâce à France diplo TV le regard de l’ambassadeur de France en Tunisie Boris Boillon sur le printemps arabe :

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Dernière modification : 27/02/2012

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