Point de presse de M. Christian Estrosi

Point de presse de M. Christian Estrosi, ministre chargé de l’Industrie
(Visite à Tunis, le 12 juillet 2010)

Question : Pourrait-on connaître l’objet de votre visite à Tunis ?

M. Estrosi : Depuis plusieurs mois, nous avons engagé avec mon ami le ministre Chlebi un travail de fond antre nos deux ministères sur tous les sujets qui touchent aux grands enjeux stratégique de l’avenir.
Il n’est pas nécessaire de rappeler que le partenariat économique et industriel entre la Tunisie et la France ne date pas d’aujourd’hui. L’avantage que nous avons, c’est que nous n’avons pas à construire une relation. Elle existe, elle est sincère et loyale.

Par contre, nous devons analyser ensemble - notamment après la crise mondiale qui vient de se dérouler - les domaines dans lesquels la Tunisie et la France ont intérêt à additionner leurs efforts, à les mutualiser et à faire bénéficier l’autre de leurs recherches, à voir aussi comment impliquer l’Union européenne pour que nos partenariats bénéficient des financements les plus importants possibles.

Ce matin, c’était le retour d’une première réunion que nous avons eue à Paris, où nous avions regardé un par un tous les grands sujets qui touchent à l’aéronautique, au ferroviaire, aux énergies mais surtout aux pôles de compétitivité. Il s’agit en effet d’une politique que nous avons démarrées quasiment en même temps.

J’étais ministre de l’Aménagement du territoire, en juillet 2005, lorsque j’ai présenté devant le Comité interministériel de l’aménagement du territoire les 67 pôles de compétitivité français qui figurent aujourd’hui dans mon portefeuille, en tant que ministre de l’Industrie. En Tunisie c’était le ministère des Technologies et de l’Enseignement supérieur qui avait en charge les pôles de compétitivité et c’est aujourd’hui le ministère de l’Industrie. Nos gouvernements respectifs ont compris par un souci d’efficacité, alors que l’avenir se jouait sur l’innovation, qu’il fallait vraiment que l’industrie ait la maîtrise de l’innovation.

Il se trouve que nos deux pays sont organisés sur le même modèle administratif et que nos deux ministères peuvent donc avancer au même rythme. Nous avons démarré les pôles de compétitivité à peu près en même temps, la France en 2005 et la Tunisie en 2006, à quelques mois d’écart.

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Dans quelques grands domaines qui touchent à l’agroalimentaire, à la nutrition/santé, au textile, à l’électronique et aux télécommunications, aux énergies renouvelables, aux éco-technologies qui représentent un potentiel de développement, d’emploi et d’économie - la croissance verte, grand enjeu des décennies à venir -, nous avons engagé un partenariat entre pôles de compétitivité que nous renforçons aujourd’hui par la signature de ce document.

Nous avons bien l’intention de continuer cet effort avec d’autres partenaires européens et du Maghreb, ou euroméditerranéens, tout simplement. Par exemple, l’Italie pourrait se joindre à nous sur des problématiques liées au textile.

À propos du textile, il y a quelques années on pensait que la Chine emporterait tout. Nous avons conduit ensemble une politique tournée vers l’innovation, avec les textiles intelligents, au service d’une forte tradition qui est celle de la France et de la Tunisie en matière de mode et d’habillement. Nous sommes des pays leaders qui ont fait rayonner cette culture dans le monde. Aujourd’hui nous pouvons revendiquer d’être restés des leaders là où nous pensions être menacés il y a quelques années.

La France continuera d’apporter sa contribution à la Tunisie et la Tunisie de faire bénéficier la France de son savoir-faire. Nous n’avons pas d’inquiétudes car la propriété industrielle ne pose pas de problèmes entre la France et la Tunisie, dès lors qu’il s’agit de développer en commun.

Hier soir, je suis arrivé avec le dernier Airbus mis en service par Tunisair, qui s’appelle le "Habib Bourguiba". J’ai presque participé à son rodage (rires dans la salle). Aérolia, filiale d’Arbus implantée en Tunisie, a fourni de nombreux composants. Cela résume bien tout ce que nous voulons développer ensemble dans d’autres domaines que celui de l’aéronautique.

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Question : Sur combien d’années s’étale le nouvel accord ?

M. Estrosi : Il n’y a pas de limite. C’est un accord qui suit le calendrier des réunions bilatérales et qui s’adapte aussi au nouveau contexte institutionnel en train de sa bâtir. Selon un calendrier européen, tous les cinq ans nous révisons nos politiques. Si l’Union européenne fait évoluer ses critères en 2013, forcément, nous tiendrons compte de cette évolution sans pour autant remettre an cause cet accord.

La Tunisie et la France sont des acteurs majeurs de la construction de l’Union pour la Méditerranée pour laquelle il faudra du temps, de la patience et des pays très impliqués, comme la Tunisie et comme la France, pour favoriser le dialogue entre des pays qui n’avancent pas forcément au même rythme.

Les pays de la Méditerranée occidentale ont une grande expérience avec le 5+5 et nous disons que sur un certain nombre de sujets prioritaires identifiés dans ce partenariat, nous avançons en bilatéral, nous avançons dans le 5+5, nous favorisons le dialogue pour que, progressivement, d’autres nous rejoignent dans l’Union pour la Méditerranée.

Il n’y pas de calendrier temporel. Qui peut imaginer que la Tunisie et la France se disent : « on a démarré quelque chose mais en 2015 on réfléchira pour savoir si on a encore envie pour travailler ensemble » ? Nous c’est définitif. Nous voulons travailler tout le temps ensemble pour l’amitié, pour la paix et pour la prospérité économique de nos deux pays. Le siècle à venir doit se dessiner comme cela. D’autres, après nous, viendront prolonger les bases que nous développons aujourd’hui et ce serait même une erreur de se dire qu’il y a une limite. Nous savons que nous avons bien fait et nous savons que cela n’est pas nouveau. Nous ne faisons que compléter aujourd’hui ce qui est déjà engagé depuis longtemps.

Question : Est-ce que cet accord englobe l’échange de compétences ?

M. Estrosi : Bien sûr. Airbus est le meilleur exemple qui soit. D’ailleurs, je suis venu avec le "Habib Bourguiba" qui est le dernier avion de la flotte de Tunisair. C’est un Airbus avec des composants fabriqués par une filiale tunisienne qui s’appelle Aérolia. Ceci démontre bien que ces échanges sont concrètement en marche.

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Question : Pourriez-vous nous dresser l’état des lieux de la coopération franco-tunisienne dans le domaine industriel et ses perspectives ?

M. Estrosi : Nous savons très bien que, dans la compétition internationale, il y aura sans doute pendant de nombreuses années encore des pays où la main d’œuvre aura un coup de production plus faible que celui que l’on peut trouver en France ou en Tunisie. Nous savons aussi qu’unir nos efforts dans la recherche, le développement et l’innovation industrielle que ce soit dans le domaine aéronautique, dans le domaine des transports, dans le domaine de l’électronique, dans le domaine des télécommunications, dans le domaine de l’environnement où la croissance verte va générer des centaines de milliers d’emplois, qu’additionner nos laboratoires de recherches, nos chercheurs, nos scientifiques et nos partenariats, entre la France et la Tunisie peuvent nous permettre d’être des leaders mondiaux dans un certains nombres de domaines technologiques.

Question : Comment juger l’approche tunisienne en matière de promotion du secteur industriel ?

M. Estrosi : La Tunisie est aujourd’hui sans doute un des pays africains les plus évolués et les plus avancés dans ce domaine. Elle a atteint un niveau d’excellence et de compétitivité qui fait que avons déjà une politique de partenariat, d’échange technologique et de complémentarité. Je pense, par exemple, à Airbus. Une grande filiale comme Aérolia s’est implantée ici, ce qui permet à l’industrie tunisienne de créer des emplois et d’apporter des composants de grande qualité. Je pense aussi au domaine des biotechnologies et des industries de santé où les Tunisiens ont un bon niveau de qualité de soins et de formation des chirurgiens et du personnel soignants. En échangeant sur ces sujets, nous pouvons offrir à nos populations une industrie de services.

Question : A-t-il été question de la coopération dans le domaine du transport ? Du marché du train rapide tunisien ?

M. Estrosi : Nous avons eu des entretiens importants sur ce sujet et nous avons fait savoir que nous étions prêts dans ce domaine aussi à être présents sur les mêmes bases de partenariat que nous avons développées pour Airbus.

Question : Les entreprises françaises ont alors des chances ?

M. Estrosi : Ca sera, dans sa pleine souveraineté, à la Tunisie d’en décider. Mais la France fera tout pour convaincre et pour démontrer qu’il ne s’agit pas que du souhait de vendre la technologie française. Il s’agit aussi d’apporter de l’emploi et du développement industriel en Tunisie, en même temps que nous proposons les technologies françaises.

Dernière modification : 24/03/2011

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