Remise de la Légion d’honneur à des vétérans tunisiens et français

Allocution de l’Ambassadeur de France en Tunisie, M. Yves AUBIN de LA MESSUZIERE (Résidence de France de La Marsa - 2 décembre 2004)

Messieurs les Ambassadeurs,
Messieurs les Généraux
Madame et Messieurs les Conseillers à l’Assemblée des
Français de l’Étranger
Messieurs les anciens combattants
Mesdames, Messieurs :

Il y a 60 ans jour pour jour, les derniers combats pour la libération de la France faisaient rage : Strasbourg était libérée le 23 novembre 1944 et sera ensuite défendue par l’Armée française durant tout l’hiver 44-45 contre les attaques nazies. Plus tard, cette armée, reconstituée pour l’essentiel en Afrique à partir de Novembre 1942, poursuivra la lutte avec les alliés jusqu’à la capitulation du 8 mai 1945. Elle permettra ainsi à la France de retrouver sa place dans le concert des nations après la parenthèse ouverte par la défaite de Juin 1940.

Auparavant, ces troupes au sein desquelles servaient, aux côtés de leurs frères d’armes algériens, français, marocains ou encore sénégalais, plus de 45 000 tunisiens, avaient combattu contre la barbarie, ici même en Tunisie, puis en Italie et en Provence.

60 ans, c’est à la fois le temps de l’Histoire et celui du Souvenir :

- L’Histoire est l’affaire des spécialistes : écrivains, chercheurs et enseignants. Elle évolue chaque jour en fonction des études menées, des découvertes les plus récentes ou encore des témoignages recueillis.
Aussi, me bornerai-je aujourd’hui, à inviter les chercheurs tunisiens ou français à se pencher sur cette période qui a vu la Tunisie et la France combattre, côte à côte, dans une lutte sans merci, pour des valeurs qui restent toujours d’actualité : la dignité et la liberté.
J’encourage aussi les historiens, tunisiens et français, à rencontrer ces acteurs de l’histoire que sont les anciens combattants : ils ont des choses à vous dire et des témoignages à vous apporter.
Je salue d’ailleurs ici le travail réalisé par les professeurs des lycées français de Tunisie qui, avec leurs classes représentées ce soir par ces jeunes élèves placés aux côtés de leurs grands anciens, étudient chaque année avec un soin tout particulier cette période de l’histoire commune à nos deux pays.

- Le Souvenir quant à lui, avec ses corollaires que sont la Mémoire et la Reconnaissance, est en revanche un domaine dans lequel toute nation peut inscrire une action publique et politique. Or, aujourd’hui, 60 ans après la fin de la seconde guerre mondiale, la France, conformément aux orientations arrêtées par le Haut Conseil de la Mémoire Combattante, placé sous la Présidence effective du Président de la République, se souvient :

Elle se souvient que dans les heures les plus tragiques de son histoire, son salut est venu aussi d’Afrique.
Elle se souvient qu’ont combattu pour sa libération des soldats de toutes cultures, de toutes religions et de toutes origines.
Elle se souvient de vous, Messieurs les Anciens Combattants qui êtes avec nous ce soir, mais qui représentez les quelques 7500 vétérans de l’Armée française vivant aujourd’hui en Tunisie :
Vous faites partie de l’Histoire de France et vous faites également partie de l’Histoire de la Tunisie moderne, tant il est vrai que le combat mené pour la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes est un combat universel et intemporel.
D’ailleurs, le mouvement national tunisien de l’époque ne s’y était pas trompé, suivant en cela la consigne du Président Bourguiba qui déclarait , dès le 8 août 1942, et je cite : "..... l’ordre est donné aux militants d’entrer en relation avec les français gaullistes en vue de conjuguer notre action... notre soutien doit être inconditionnel ! C’est une question de vie ou de mort pour la Tunisie."
La France se souvient et vous exprime sa reconnaissance : celle d’aujourd’hui est symbolique mais quel symbole !
A travers l’attribution de ce contingent spécial de 100 Légions d’honneur pour les vétérans français et tunisiens de la seconde guerre mondiale, résidant en Tunisie, contingent accordé par décision du Président de la République, sur proposition du Ministre de la Défense et du Ministre délégué aux Anciens combattants, la France vous remet sa plus haute distinction honorifique : celle qui depuis plus de 200 ans maintenant, traduit la reconnaissance de notre pays à ceux qui se sont acquis des "mérites éminents".
Elle le fait ce soir, symboliquement encore, à 39 d’entre vous de nationalité tunisienne et à 2 de vos frères d’armes français qui ont partagé, avec vous, dans les mêmes conditions, les mêmes épreuves : en Provence et en Forêt noire pour l’un d’entre eux et lors des combats menés par la 2ème Division blindée pour la libération de Paris pour le second.
Cette reconnaissance symbolique succède, et ceci doit être rappelé, à la juste revalorisation des pensions militaires qui est intervenue en mai dernier et qui a mis fin à un long contentieux qui n’avait plus lieu d’être.

* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *

Le 15 août 2004, le Président de la République déclarait : "Aux anciens combattants présents aujourd’hui, j’exprime au nom de la France, et au nom de chaque française et de chaque français, le témoignage de notre gratitude infinie.... il y a 60 ans, en combattant au coude à coude la barbarie nazie vous avez scellé l’avenir de nos enfants dans une espérance commune, celle d’un monde qui respecte la dignité et la diversité de chacun. Vous êtes pour toujours, nos compagnons de Liberté, d’Égalité et de Fraternité."

Ce soir, j’ajouterai que votre présence à nos côtés est aussi le symbole des liens très particuliers mais indéfectibles qui unissent aujourd’hui la France et la Tunisie.

Tunis, le 2 décembre 2004

Dernière modification : 17/11/2015

Haut de page