Rencontre avec le monde de la culture

Pendant sa visite en Tunisie, le 18 avril 2015, Fleur Pellerin a rencontré le monde de la culture à la résidence de France. Invitée à prononcer quelques mots, la ministre de la Culture et de la Communication a célébré « le monde universel de l’art », comme réponse au : « particularisme des obscurantistes » :

« C’est avec émotion que je m’adresse à vous aujourd’hui. Je le disais ce matin au Président de la République : Carthage, Tunis, sont des mots que tous les écoliers français connaissent.

Quant j’étais petite, je les croyais lointains et puis, quelques années plus tard, j’ai lu Fernand Braudel, et son histoire de la « Mare nostrum », de la mer commune. « J’ai passionnément aimé la Méditerranée » écrivait-il. Moi aussi j’ai passionnément aimé la Méditerranée. Et c’est en lisant ce grand historien que j’ai compris à quel point l’histoire de nos deux pays était en réalité une histoire commune.

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© ministère tunisien de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine

Cette histoire commune, elle s’est rappelée tragiquement à nous il y a un mois jour pour jour, lors de l’attentat du Bardo. À Tunis, comme à Paris, les tueurs n’ont pas choisi leur cible au hasard. Ils n’ont pas seulement voulu assassiner des Tunisiens, des Français, des visiteurs du monde entier ; ils ont aussi tenté de tuer ce que nous avons de plus cher, la culture et les valeurs de la démocratie.

Si je suis ici un mois jour pour jour après cet acte barbare, c’est pour témoigner au Président de la République et au peuple tunisien notre profonde amitié et notre solidarité de tous les instants. C’est pour rendre hommage à ceux qui ont été fauchés par les terroristes, mais aussi aux vivants, parce que la parole soulève plus de terre que le fossoyeur.

Le Bardo réouvert, c’est la preuve qu’il y a quelque chose qui défie la mort. Comme le disait mon illustre prédécesseur, André Malraux, ministre de la Culture du général De Gaulle, « l’art est un anti-destin ».

À mes côtés aujourd’hui, Jean-Luc Martinez, président-directeur du Louvre, et Françoise Gaultier, directrice du département des antiquités grecques, étrusques et romaines, sont là pour attester de la fraternité des œuvres.

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© ministère tunisien de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine

Le Bardo et le Louvre sont des musées frères. Par les trésors qu’ils renferment, bien sûr. Mais aussi parce qu’ils occupent tous deux une place centrale dans la construction de nos deux nations.

Quel symbole que de transformer l’ancien palais du Bey, au XIXe siècle, en musée pour rassembler sous les yeux de tous les Tunisiens, le passé de leur pays… Le passé est un commencement qui explique ; les Tunisiens l’ont compris très tôt, en dessinant les premières lois pour la protection du Patrimoine dès le XIXe siècle.

Habib Bourguiba, comme il le martelait, a « toujours eu foi en la suprématie de l’esprit sur la matière ». Malraux lui répondait, définissant la culture comme l’ensemble des forces qui s’opposent à la mort. Ô combien cette définition convient au Bardo, entre ces mosaïques et ces statues romaines qui contemplent les hommes depuis près de deux millénaires. La mosaïque dite « de Virgile », le Coran bleu de Kairouan, opposent leur force immuable à la barbarie la plus infâme.

Ce qui s’est déroulé il y a un mois incarne à mes yeux le fond de la tristesse humaine. Car les assassins ont ciblé le symbole même de la paix : des touristes, venus ici avec leur curiosité amicale se nourrir des trésors tunisiens. Cette tragédie s’est déroulée dans un musée symbole même de la Tunisie œcuménique. Le Bardo vient rappeler que toutes les cultures ont cohabité sur cette terre, la juive, la chrétienne, l’islam, et, avant elles, des religions polythéistes.

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© ministère tunisien de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine

Nous sommes ici pour rappeler que ces cultures ont cohabité, et qu’elles continueront à cohabiter, car il existe une force supérieure à la terreur, la fraternité. C’est en symbole de cette fraternité, en ce premier jour du mois du Patrimoine, que j’ai signé une nouvelle déclaration d’intention avec ma très chère homologue Latifa Lakhdar, sur une coopération renforcée entre nos illustres institutions, deux des plus beaux musées du monde, le Louvre et le Bardo.

Mes amis, recevez le salut fraternel du peuple français.

"La liberté guidant le peuple", le tableau de Delacroix, il est au Louvre, mais sa puissance rayonne jusqu’à Sidi Bouzid. J’aimerais que mes compatriotes viennent contempler au Bardo, le buste en marbre d’Aphrodite de Mahdia, conservé par la mer Méditerranée et aujourd’hui offert à tous.

Les Tunisiens et les Français sont frères, le Bardo et le Louvre sont amis. Voilà la réponse apportée à cet épisode terrible. Contre le particularisme de ces obscurantistes, voilà le monde universel de l’art.

Mes amis, je l’ai dit au Président de la République, la Tunisie n’est pas seule ! Désormais, nous sommes tous Tunisiens ! »

Dernière modification : 03/02/2016

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