Rencontres de Monastir : discours de Bertrand Delanoë

Discours de M. Bertrand Delanoë, maire de Paris

Rencontres de la coopération décentralisée tuniso-françaises
Monastir, 8 et 9 novembre 2012

Je voudrais d’abord vous remercier car je sais ce que cette réunion, ce rendez-vous d’aujourd’hui, vous doit et je pense que c’est un beau jour, ce 8 novembre 2012 pour les peuples tunisien et français unis.

Monsieur le ministre ;
Monsieur le secrétaire d’État ;
Monsieur le maire de Tunis, président de la Fédération des villes tunisiennes, cher Seifallah Lasram ;
Monsieur le maire de Monastir ;
Mon cher Michel Delebarre, président de Cités unies France : ton organisation, avec tous ceux qui t’accompagnent, va jouer un rôle déterminant dans ce lien entre nos deux peuples ;
Monsieur l’Ambassadeur de France ;
Et aussi tous ceux qui, au ministère tunisien de l’Intérieur, à l’Ambassade de France, à l’Agence française de développement, ont beaucoup travaillé pour que nous soyons ensemble, aujourd’hui à Monastir, pour tenter de servir le peuple tunisien et le peuple français ensemble.

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Bertrand Delanoë accueillant le ministre de l’Intérieur Ali Larayedh

Je souhaiterais que mon premier message dans ce lieu qui rassemble les responsables des collectivités locales tunisiennes et françaises soit pour le peuple français. Le peuple français a admiré, s’est enthousiasmé pour cette révolution tunisienne, pour ce peuple tunisien, cette jeunesse qui, avec courage, noblesse, a conquis sa liberté et entamé un processus démocratique. Je veux dire aux Françaises et aux Français de cette réunion de Monastir : vous devez venir plus que jamais en Tunisie. Ce n’est pas le moment d’avoir peur, ce n’est pas le moment d’être timides. Vous devez venir en vacances en Tunisie rencontrer ce peuple accueillant, pétri de culture, qui a besoin de votre soutien. Et oui, quand vous viendrez ici partager avec eux, vous transformerez votre admiration pour la révolution tunisienne en soutien à la démarche de la Tunisie de 2012, qui a besoin du soutien des citoyennes françaises et des citoyens français pour réussir cette révolution démocratique. Donc je le dis, Françaises et Français, venez en Tunisie partager avec ce peuple merveilleux et lui apporter votre soutien.

Nous sommes ici pour donner de l’élan à la coopération entre les collectivités locales tunisiennes et françaises. Nous savons bien que, depuis longtemps, il y avait des freins, il y avait des obstacles, il y avait des mauvaises humeurs parce que tel ou tel parlait des droits de l’Homme… Tout cela est fini. L’État tunisien aujourd’hui nous encourage à partager, à entreprendre ensemble.

Alors c’est le moment, collectivités locales tunisiennes et françaises, c’est le moment de nous mettre au travail et de partager nos savoir-faire, nos expériences, pour relever ensemble des défis tout à fait décisifs pour les populations de nos villes. Il ne s’agit pas seulement de faire des discours. Il s’agit de poser des actes, des actes au service des populations qui sont dans nos collectivités locales : pour la gestion de l’eau, pour le tri des déchets, pour la gestion administrative. Monsieur le ministre de l’Intérieur me le faisait remarquer tout à l’heure : beaucoup des responsables aujourd’hui des collectivités locales tunisiennes commencent leur chemin. Un certain nombre d’entre nous sont un petit peu plus anciens dans la responsabilité locale, alors partageons ! Transmettons-nous ! Apprenons les uns des autres ! Et pour l’éducation, et pour la gestion des services publics municipaux, et pour la culture comme vous me l’aviez dit au mois d’août, Monsieur le ministre de l’Intérieur, quand nous préparions cette réunion.

Pour la culture il y a des espaces formidables en France, pour accueillir les créateurs tunisiens d’aujourd’hui : il y a une richesse culturelle en Tunisie exceptionnelle que nous devons montrer au peuple français dans nos collectivités locales. Mais il y a aussi un soutien à apporter à cet appétit de culture du peuple tunisien dans ses villes. Nous sommes à Monastir, ville d’histoire, nous sommes près de Sousse, ville magnifique. Nous avons aussi à épauler nos amis tunisiens pour faire vivre, faire briller cette culture tunisienne qui ne demande qu’à être partagée. Les Tunisiens ne veulent pas garder pour eux seulement leur patrimoine culturel, leur richesse créative : ils veulent la partager ! Alors mettons cela aussi au cœur de nos travaux communs.

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Camions bennes offerts par la ville de Paris à la ville de Tunis

Avec Monsieur le maire de Tunis, mon collègue, nous avons voulu tenter avant même que commence cette réunion, de donner de l’ampleur à notre coopération sur la propreté, sur la gestion des déchets, sur cette école de la propreté même. Nous avons décidé, comme cela a été fait à Bizerte, de rénover ensemble trois cimetières pour montrer notre respect pour nos aînés, ceux qui ont été sur le sol natal et qui ont perdu la vie, et nous avons décidé ensemble de donner du respect à ces trois cimetières tunisois, musulman, chrétien, juif. Oui, nous sommes en Tunisie ! La Tunisie, c’est la terre de la tolérance, de la fraternité, du respect des différences et nous devons aussi dans notre coopération donner tout son espace à cette âme tunisienne, qui est arabe, qui est musulmane, mais qui a toujours le goût des autres et qui a toujours le goût du partage fraternel avec d’autres cultures.

Je le dis aussi, en tant que président de l’Association des maires francophones, avec un salut vraiment chaleureux, aux villes tunisiennes membres de cette association et en saluant le rôle que le maire de Tunis joue dans l’animation de cette association. Vous êtes nombreux, dont le maire de Monastir, et nous voulons encore œuvrer à cette coopération. Je disais même que je souhaite que d’autres villes puissent rejoindre la famille francophone ; d’autres villes tunisiennes, notamment les villes qui ont le moins reçu dans les décennies précédentes, celles qui sont un peu plus pauvres, celles qui ont besoin d’un peu plus de projets de coopération et de solidarité. En tout cas, je vous l’ai dit, Monsieur le ministre de l’Intérieur, Monsieur le président de la Fédération des villes tunisiennes, l’Association des maires francophones ne demande qu’à accueillir encore d’autres villes tunisiennes pour épauler, pour être solidaire, pour vivre ensemble.

Mesdames et Messieurs, pour conclure je voudrais dire que ce 8 novembre 2012 est un beau jour pour la relation entre nos peuples. Je sais que la Tunisie avance, construit. Après les révolutions, il faut du temps pour bâtir les institutions. J’ai rencontré ces derniers jours le Président de la République, le Premier ministre, le Président de l’Assemblée nationale, les groupes d’opposition, les associations, les organisations sociales. Ce que je peux dire, c’est que le peuple tunisien est en train de construire. Cela m’a beaucoup intéressé d’entendre des membres de l’Assemblée nationale constituante – de tous les bords, de la majorité, de l’opposition – dire : oui, nous sommes en train d’avancer vers cette Constitution, et il y aura une place pour la décentralisation, pour les collectivités locales, pour qu’elles soient un des éléments de la construction de la démocratie tunisienne du XXIe siècle.

Vous voyez bien, chers amis, le peuple tunisien est debout ; le peuple tunisien est libre ; le peuple tunisien veut construire une démocratie moderne, ouverte aux autres, fidèle à son identité profonde ! Le peuple français sera-t-il au rendez-vous ? Je le souhaite, nous sommes ici aujourd’hui, représentants des collectivités locales, pour dire à nos amis tunisiens : nous sommes là, à côté de vous, en amis, en frères, pas à votre place. C’est vous qui faites votre destin, mais dans la construction de ce destin passionnant, difficile, enthousiasmant, le peuple français est à vos côtés, fraternel, voulant apporter une solidarité concrète.

Oui, depuis que je suis né, je crois profondément à cette relation intime entre l’âme tunisienne et l’âme française. À nous aujourd’hui, dans le respect de chacun, dans le respect d’un principe d’égalité, de souveraineté de chacun ; à nous de faire vivre quelque chose que les peuples, les citoyens attendent en Tunisie et en France : la solidarité, l’amitié, une nouvelle page de l’histoire des relations entre le peuple tunisien et le peuple français. C’est une magnifique espérance, elle rejoint l’espérance du peuple tunisien pour lui-même. Bonne chance, belle réussite, que la vie soit belle dans ce pays qui mérite le meilleur.

Barakallahou fikom !

Dernière modification : 04/04/2014

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