Sagemcom Tunisie : électronique de pointe

80 employés en 2003, 3600 aujourd’hui : depuis 10 ans le fabriquant d’électronique français Sagemcom a mis la Tunisie au cœur de sa stratégie internationale, investissant chaque année entre 10 et 20 millions de dinars.
Le site d’assemblage de la zone industrielle de Borj Ghobel (gouvernorat de Ben Arous, à proximité de Tunis), est désormais le premier site de fabrication du groupe à travers le monde, le plus important centre euro-méditerranéen en électronique. Chaque mois, près de 900.000 appareils y sont assemblés, prêts à être commercialisés : décodeurs TV, boitiers internet, compteurs électrique communicants...

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Le 20 avril 2012, l’ambassadeur de France, Boris Boillon, s’est rendu sur place pour saluer cette dynamique de croissance. Il y a rencontré les ouvriers et les cadres, avec lesquels il a discuté de la stratégie du groupe. Les échanges ont porté sur la politique vis-à-vis des salariés, les atouts de la Tunisie mais aussi les incertitudes quant aux évolutions sociales et économiques du pays. Bilan des débats en trois points.


La Tunisie, choisie pour sa réactivité

« Dans l’électronique tout va très vite. Pour nous, le nerf de la guerre, c’est la réactivité » explique Bruno Cosnier, directeur général de Sagemcom Tunisie.
Dans le domaine des décodeurs et des boitiers internet le cycle de vie des produits est très court : quelques années, voir quelques mois. Cette caractéristique conditionne la stratégie internationale du groupe.
« Nous devons pouvoir nous adapter en permanence aux nouvelles demandes et livrer nos clients rapidement, souvent en moins d’une semaine » explique Bruno Cosnier. Selon lui, la proximité géographique avec l’Europe et le partage de la langue française ont été deux facteurs clefs dans le choix de la Tunisie. Il ajoute : « C’est dans cette proximité que réside notre avantage compétitif, en particulier par rapport à la Chine, où les produits sont moins chers mais où les adaptations sont plus lentes ».

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Boris Boillon sur le site Sagemcom de Borj Ghobel

Renforcer la réactivité du pôle tunisien, c’est aussi l’objectif du nouveau centre de recherche et développement que Sagemcom a ouvert à Mégrine, également à proximité de Tunis. En concertation avec les pôles de recherches basés en France, 260 Tunisiens y conçoivent les logiciels qui équiperont les appareils produits à Borj Ghobel. « Orange, SFR, la STEG : chaque client à ses exigences. Nous ne livrons pas seulement un boitier, nous devons travailler sur les logiciels qui vont avec, conçus sur mesure » assure le directeur.

La souplesse, c’est également le réseau d’entreprises partenaires que Sagem a fédéré. En tout, près d’une centaine de fournisseurs gravitent autour du site de Ben Arous. Plusieurs usines de moulage plastique, basées en Tunisie, fabriquent des pièces rentrant dans la composition des appareils. Elles aussi doivent s’adapter en permanence à l’évolution des produits.

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Sur la ligne d’assemblage d’un boitier internet bien connu du grand public

Malgré le durcissement de la concurrence, la stratégie tunisienne s’est avérée payante. Le chiffre d’affaire de Sagemcom Tunisie, en hausse régulière, a atteint 700 M € en 2011. « Nous continuons de gagner des parts de marchés et à investir » assure le directeur. L’année dernière, 16 MD ont servi à acheter des machines de dernière génération. En 2012 l’entreprise assure garder le cap, avec près de 20 M d’investissement programmés. Face aux ouvriers, l’Ambassadeur a tenu à saluer ce volontarisme.


L’importance du dialogue social

Pour les cadres de Sagemcom, allier fiabilité et réactivité passe aussi par une politique de dialogue social. Juste après la révolution tunisienne, le deuxième trimestre 2011 a marqué un sommet dans la production des lignes d’assemblage du site de Borj Ghobel. « Il fallait rattraper les retards et prouver aux clients que nous pouvions faire face à la demande. Les employés se sont beaucoup investis » se félicite Bruno Cosnier. « C’est dans ces situations que tout le monde prend conscience de l’importance de défendre un tel site industriel, notamment pour l’emploi ».

Le directeur des ressources humaines lui fait écho : « Nous dialoguons en permanence avec l’UGTT, le principal syndicat, pour aplanir les conflits. Avec eux nous avons notamment travaillé à bien clarifier les règles de recrutement et d’évolution pour les employés. En 2011 nous avons fait aussi un effort sur les salaires. Enfin, la part des CDI va augmenter, même si notre secteur d’activité exige de pouvoir conserver une certaine souplesse ».

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Chez Sagemcom Tunisie, la convention collective fixe la durée hebdomadaire du travail à 40h, alors qu’elle est de 48h dans la plupart des entreprises du pays. À cette politique s’ajoute les efforts pour faire venir le personnel jusqu’à Borj Ghobel. « On va quasiment chercher les employés chez eux car aucun réseau de transport public n’alimente la zone » déplore le DRH. Il semble pourtant que les besoins soient fort : la ZI de Borj Ghobel attire chaque jour plus de 5.000 travailleurs. « Nous avons mis en place 123 navettes par jours pour transporter nos employés. Financièrement, cela commence à peser » complète le directeur, qui évalue le coût à 1,5 MD par an.


La logistique, élément vital

Dernier sujet évoqué avec l’Ambassadeur, la logistique de l’approvisionnement. La question est ici vitale : chaque jour, 40 millions de composants sont assemblés sur les lignes de production de Borj Ghobel. Ces pièces arrivent par bateau et par avion, essentiellement en provenance d’Europe et d’Asie. « Tout vient de l’extérieur, d’où l’importance de la chaine d’approvisionnement. S’il manque un seul composant c’est toute l’usine d’assemblage qui s’arrête ! » prévient Bruno Cosnier.

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Bruno Cosnier, directeur général de Sagemcom Tunisie, a exprimé son inquiétude sur la situation du port de Radès

Ici, dans le gouvernorat de Ben Arous, l’emplacement de la zone industrielle permet d’accéder rapidement au port de Radès, principal point d’entrée des composants électronique et point de départ incontournable des produits finis. Ces derniers mois, les perturbations dans le fonctionnement du port ont suscité l’inquiétude sur le site de Sagemcom. « Pour l’instant, en cas de blocage du port nous avons toujours trouvé des solutions de substitution… mais les délais d’acheminement ont été augmentés et avec eux, les coûts » déplore le directeur. Sur cette question Boris Boillon s’est montré très attentif, prêt à faire remonter les craintes des employés auprès des autorités tunisiennes.

Jusqu’à présent l’optimisme reste de mise. Dans les 18.000 m² du site de Borj Ghobel, les lignes d’assemblage fonctionnent à plein régime.


Lire aussi

Précédentes visites de l’ambassadeur Boris Boillon dans des entreprises :

- Boris Boillon chez Total Tunisie
- Entreprises françaises dans la ZI de M’ghira
- Élevage : synergie entre le tunisien Poulina et le français Ceva
- Hammam Zriba : des entreprises françaises qui embauchent
- Boris Boillon visite une boulangerie industrielle

Dernière modification : 24/10/2016

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