"Sidi Brahim des neiges"

"Sidi Brahim des neiges" est né de la rencontre d’un auteur français et d’un éditeur tunisien et de leur conviction profonde que tout pays doit s’approprier son passé pour pouvoir se réaliser pleinement.


Un auteur, Paul Nicolas, et son éditeur, Lotfi Essid

L’auteur, Paul Nicolas, est un ancien commandant de police. Retraité actif, il est chargé de mission à la Chambre de commerce, d’industrie et des services de la Moselle. C’est aussi un grand voyageur, passionné d’histoire, et un amoureux de la Tunisie qu’il parcourt depuis près de trente ans.

Paul Nicolas a découvert par hasard un jour de printemps, alors qu’il vadrouillait dans l’est de la France, un bloc de granit gris, une stèle plantée au sommet du col vosgien du Hohneck qui culmine à 1362 mètres d’altitude, portant l’inscription suivante : « 4ème Régiment de tirailleurs tunisiens – Combats du 5 au 14 décembre 1944 » [1]. Intrigué et ému, il a voulu en savoir plus et a mené une enquête passionnante.

Son livre représente l’aboutissement de plusieurs années de recherches entreprises en France et en Tunisie, pour saluer la mémoire des combattants valeureux du 4e RTT, disparus ou encore en vie.

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Éditeur depuis 1992 à Tunis, Lotfi Essid a publié plus de cent titres et continue à développer une politique éditoriale généraliste : histoire, économie, patrimoine, mémoire, littérature, cinéma, théâtre, récits de voyage, documents et essais, livres d’art, beaux livres, bande dessinée.

Son catalogue réserve une place essentielle au patrimoine et à la mémoire, mais il a également accueilli, et parfois fait découvrir, des auteurs venus des divers champs de la connaissance : artistes, historiens, anthropologues, chroniqueurs, poètes, romanciers (Habib Boularès, David Bond, Tahar Cheriaa, Slaheddine Haddad, Omar Khlifi, Lucette Valensi, Youssef Seddik… ).
Il contient aussi de nombreux ouvrages publiés en partenariat avec les Universités de Tunis et de Sfax, le Centre de publications universitaires (CPU), l’Institut de l’histoire du mouvement national (ISHMN), l’Agence de mise en valeur du patrimoine ou le Centre de recherches, d’études, de documentation et d’information surt la femme (CREDIF)…


Un livre, un titre

"La Sidi Brahim des neiges" est le titre donné à l’époque par des journaux locaux pour évoquer les combats du 5 au 14 décembre 1944 dont l’enjeu était le sommet du col vosgien du Hohneck où la 1ère compagnie du capitaine Lartigau s’est battue jusqu’à l’épuisement de ses forces devant un ennemi plus nombreux et fortement armé.

Cette appellation se référait à la véritable bataille de Sidi Brahim (23 septembre 1845) dans laquelle les 80 chasseurs du capitaine de Géreaux avaient résisté jusqu’à la mort à 6000 cavaliers de l’émir Abd-El-Kader. Onn’avait compté que 12 survivants. Sidi Brahim est à l’infanterie ce que Camerone est à la légion étrangère.

"Sidi Brahim des neiges" est aujourd’hui un grand livre d’histoire, construit sur la base rigoureuse des fonds d’archives, mais aussi sur les témoignages humains des survivants de ces combats.
C’est un magnifique livre de l’aventure humaine car l’auteur privilégie la description des lieux à conquérir, à travers les campagnes de Tunisie, d’Italie, de France et d’Allemagne, jusqu’à nous les rendre familiers (la ferme du Chitelet sur le versant du Hohneck, les villages d’Orbey, de Scheibenhardt …). Il évoque des conditions climatiques extrêmes pour mieux faire ressortir les dialogues entre soldats, les comportements devant l’adversité, en un mot cette "fraternité d’armes" que seuls peuvent comprendre ceux qui ont connu ces torrents de feu, de mort, de souffrance que furent les combats. El Hadj Ben Ahmed, Tahar Ben Bechir, Amar Ben Hassine, Hamed Ben Ahmed, Lartigau, Vittrant, di Constanzo, Murat, Pastor, Ortoli… ne sont pas français ou tunisiens ; ils sont pour l’éternité frères d’armes.

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Reconnaissance de la France envers la Tunisie

Au parcours du livre de Paul Nicolas se dessinent des symboles forts de notre histoire commune qui peuvent faire comprendre la relation privilégiée entre nos deux pays et servir de socle pour les futures générations dans le cadre de relations de partenariat privilégié et d’amitié.

La France a dans son patrimoine, sur son territoire, les marques indélébiles du sacrifice des soldats de Tunisie pour sa liberté et la lutte contre le nazisme :

- Le plus fort des symboles est l’inhumation du tirailleur tunisien Hedhili Ben Salem Ben Hadj Mohamed Amar, dans le caveau n°13 de la crypte du Mémorial de la France combattante, sur le Mont Valérien, qui contient 18 caveaux représentant les différentes composantes de la résistance française à la barbarie nazie (armée d’Afrique, déportation, Forces françaises libres, résistance intérieure…).
Ce mémorial érigé à la demande du Général de Gaulle fait l’objet chaque année, le 18 juin, d’une cérémonie présidée par le président de la République. Sur le tympan de la nef figure la phrase : « Nous sommes ici pour témoigner devant l’histoire que de 1939 à 1945 ses fils ont lutté pour que la France vive libre ».

- Les stèles et monuments en l’honneur des Régiments de tirailleurs tunisiens érigés en France (monuments du Hohneck, d’Orbey, de Scheibenhard, le mémorial pour les soldats d’Afrique et d’outre-mer inauguré en 2002 dans la nécropole militaire de Strasbourg-Cronenbourg, le mausolée national inauguré en 2006 dédié aux soldats musulmans dans la plus grande nécropole militaire de France à Verdun…) nous rappellent à travers les cérémonies patriotiques annuelles le sacrifice des 62 000 soldats de Tunisie engagés en 14/18 et des 45 000 qui se sont battus en 39/45.

- Comment ne pas évoquer la haute distinction américaine, à savoir la médaille présidentielle remise le 10 avril 1945 par le Président Truman au 4ème Régiment de tirailleurs tunisiens, cas unique dans l’armée française, pour récompenser « l’héroïsme extraordinaire, la détermination exceptionnelle et la bravoure du 3ème Bataillon du 4ème RTT à s’élancer contre l’ennemi, malgré de lourdes pertes, reflétant ainsi les plus hautes traditions de l’armée française ».

- On se souviendra enfin que la 6ème compagnie du 4ème RTT a ouvert le défilé sur les Champs élysées à Paris, afin de célébrer la victoire sur le nazisme.

"Sidi Brahim des neiges", de Paul Nicolas, nous démontre combien le patrimoine culturel est un élément indissociable de l’identité profonde des peuples. Il souligne combien notre nation s’est enrichie et continue de s’enrichir de sa diversité. Il veut nous transmettre, comme le rappelait John Fitzgerald Kennedy, que « l’on connaît une nation aux hommes qu’elle produit mais aussi à ceux dont elle se souvient et qu’elle honore ».


À propos du concept de mémoire partagée

À l’aube de ce XXIème siècle, la France a souhaité développer le concept de mémoire partagée.

Ce concept a été explicité par Monsieur Hamlaoui Mekachera, ministre délégué à la Défense chargé des Anciens combattants, lors des premières "Rencontres internationales sur la mémoire partagée" qui se sont tenues à Paris les 26 et 27 octobre 2006 et qui ont regroupé 23 pays des 5 continents.

Monsieur Mekachera a présenté en quelques mots ce concept : « Nos peuples ont traversé ensemble les multiples tourments du XXème siècle. Dans chacun de nos pays, des femmes et des hommes se sont investis au service de leur patrie, de leurs concitoyens, souvent au prix de leur intégrité physique et psychique, beaucoup sont allés jusqu’au sacrifice suprême pour défendre leur pays, pour défendre leurs idéaux. En retour, nos pays ont développé des dispositifs destinés à leur rendre hommage et à réparer les dommages subis.
Le principe de la mémoire partagée consiste donc à mettre en valeur notre histoire commune, à partager nos expériences, à comparer nos savoir-faire, à nous adresser surtout aux jeunes générations. Cette démarche s’effectue, bien entendu, dans le respect total de nos histoires respectives, souvent complexes, il faut bien le dire. Elle se veut totalement respectueuse des identités nationales et des choix politiques de chaque pays.
Concrètement, il s’agit de faciliter les échanges avec les pays dont l’histoire a croisé la nôtre, et ceci dans tous les domaines qui touchent à la mémoire combattante du XXème siècle : échanges de jeunes, colloques universitaires, publications en commun, rencontres d’anciens combattants et bien d’autres encore. Ces échanges multiples peuvent être formalisés par un cadre juridique. C’est en tissant ces liens bilatéraux avec de plus en plus de pays que l’idée nous est venue que nous pourrions avantageusement amorcer des échanges multilatéraux… »

Une délégation tunisienne conduite par le colonel Chelbi, Directeur de l’action sociale et de l’information culturelle au Ministère tunisien de la Défense, accompagné de deux éminents universitaires spécialistes d’histoire militaire était présente à ces rencontres.

La Tunisie, parmi d’autres pays comme la Grande-Bretagne, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, Madagascar ou la Corée du Sud, a signé en mai 2006 avec la France un arrangement sur la mémoire partagée, paraphé par Monsieur Kamel Morjane, ministre tunisien de la Défense nationale, et Monsieur Hamlaoui Mekachera.

L’Ambassade de France veut s’inscrire pleinement dans cette politique de la mémoire partagée qui doit constituer une composante à part entière des relations internationales. Cela se manifeste à travers le soutien apporté par le Service des anciens combattants et l’Institut français de coopération à l’édition d’ouvrages sur l’histoire militaire de la Tunisie lors des premiers conflits mondiaux du XXème siècle, notamment à travers l’ouvrage "Sidi Brahim des neiges" de Paul Nicolas (View Design International - 2008) .

[1À la mémoire glorieuse des combattants du 4e Régiment de tirailleurs tunisiens appuyés par d’autres unités de légionnaires, goumiers, cavaliers, sapeurs, artilleurs, tirailleurs, tombés pour la libération d’Orbey en décembre 1944.

Dernière modification : 17/11/2015

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