Situation en Syrie

Conférence de presse conjointe de Laurent Fabius et Sergueï Lavrov

Propos de M. Fabius
Moscou, 17 septembre 2013

(...) Sur la Syrie, bien évidemment nous avons parlé de l’accord russo-américain. J’avais eu l’occasion de dire que c’était une avancée importante mais, en même temps, ce n’est pas la fin de l’histoire. Il faut maintenant traduire cette avancée à la fois dans les faits et les textes, qu’il s’agisse de l’organisation qui s’occupe des armes chimiques ou qu’il s’agisse du conseil de sécurité des Nations unies, à l’aide de mécanismes, et enchâsser cela dans les décisions de l’ONU.

Nous avons abordé bien sûr ce sujet important, insistant comme Sergueï Lavrov sur la nécessité d’aller vite, d’avoir un plan d’action complet, car les armes chimiques présentent un danger exceptionnel. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elles sont interdites. Maintenant que la Syrie a accepté de rejoindre la convention qui interdit les armes chimiques, il va falloir que tout cela soit mis en œuvre sur le terrain ; ce ne sera pas facile mais c’est indispensable.

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Nous avons abordé rapidement le rapport qui a été rendu hier par la mission de l’ONU sur les événements du massacre chimique du 21 août. Ce rapport est là, le secrétaire général des Nations unies a déclaré que c’était un rapport accablant, je le cite. D’autre part, c’est le point sur lequel nous avons sans doute des analyses qui sont un peu différentes, nous considérons - et c’est d’ailleurs ce que nous avions dit sur la base des renseignements de nos services - que ce rapport montre les responsabilités du régime syrien dans le massacre chimique du 21 août.

Nous avons beaucoup parlé - c’est même l’essentiel de notre discussion - de la solution politique qui est indispensable en Syrie. Nous sommes convaincus qu’il n’y a pas de solution militaire, que c’est par la discussion politique qu’il faut trouver une solution. C’est ce qu’on appelle Genève II.

Sergueï Lavrov et moi-même étions présents à Genève I et nous avions discuté de façon extrêmement précise. Nous étions arrivés à un texte commun. Malheureusement, ce texte a fait l’objet d’interprétations différentes mais nous nous rappelons très bien - le ministre russe l’a cité - que Genève I implique - je cite de mémoire - de bâtir un gouvernement de transition par consentement mutuel doté de tous les pouvoirs exécutifs. C’est la définition qui avait été retenue.

Ce qui n’a pas pu être mis en application pour Genève I doit être maintenant mis en application pour Genève II. Cela suppose évidemment, et le plus tôt sera le mieux, que du côté du régime d’une part et du côté de l’opposition d’autre part, les parties se rencontrent. Le représentant spécial des Nations unies, M. Brahimi, travaille en ce sens et le plus tôt sera le mieux puisque c’est seulement s’il y a une solution politique que l’on va pouvoir arrêter la tragédie syrienne.

Il faut bien avoir à l’esprit - c’est un point que j’ai souligné avec mon collègue russe - que d’ici quelques jours malheureusement on va se retrouver dans une situation qui apparaîtra aux yeux de l’opinion comme une situation très difficilement compréhensible : d’un côté nous avançons sur l’interdiction des armes chimiques - c’est très bien - mais de l’autre il ne faut pas que les combats continuent sur le terrain.

Au moment où nous nous parlons, il y a certainement des dizaines, des centaines de morts en Syrie. Même si ce qui a été fait sur les armes chimiques demande bien sûr à être confirmé, à être réalisé et est très important, il est aussi important que l’on arrive à mettre fin à la tragédie syrienne, ce qui nécessite la réunion de Genève II. Dans les jours qui viennent, nous allons les uns et les autres déployer encore plus d’énergie pour essayer d’aller en ce sens.

Sur la Syrie il y a des différences d’approche mais M. Sergueï Lavrov a eu raison de dire que sur l’objectif, qui est de trouver une solution pacifique, nous sommes parfaitement d’accord. Après, il s’agit non seulement d’être d’accord sur l’objectif mais de trouver des méthodes pour pouvoir le plus vite possible aller vers cette solution politique.

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Q - Monsieur Lavrov, vous avez parlé avec le ministre des Affaires étrangères français du rapport d’hier. Selon vous, ce rapport est-il crédible ?

Q - Monsieur Fabius, il semble que les États-Unis ont adouci ces derniers jours leur position mais la France poursuit son approche sévère du maintien de la crise syrienne. Peut-on parler de désaccord entre les pays occidentaux ?

R - Sur la question précédente, celle du rapport des experts de l’ONU, il me semble que ce rapport est accablant, comme l’a dit M. Ban Ki-moon, et quand on examine à la fois l’importance du gaz sarin utilisé, les vecteurs qui ont été utilisés, les techniques que cela demande, et d’autres aspects encore, il n’y a aucun doute que le régime est à l’origine de ce massacre du 21 août.

Maintenant sur la question qui vient d’être posée. La France est une puissance de paix. Je veux rappeler que, lorsqu’il y a eu la guerre en Irak, les services de renseignement français, qui nous ont dit depuis le début que les massacres du 21 août étaient des massacres chimiques et que c’était le régime qui en était à l’origine, ces mêmes services français avaient dit - et ils avaient déjà raison - qu’il n’y avait pas d’arme de destruction massive en Irak. C’est à partir de leur information que le président Chirac et nous-même, dans l’opposition, avons déclaré qu’il ne fallait pas aller en Irak.

De la même façon, je veux rappeler qu’une des premières décisions du président Hollande a été de retirer les troupes d’Afghanistan. Pas besoin d’autre démonstration pour dire que nous sommes très attachés à la paix et que la France est une puissance de paix.

En même temps, si on veut obtenir la paix, il faut faire preuve d’une certaine forme de fermeté dans la question syrienne à l’issue du massacre chimique du 21 août, dont le rapport des Nations unies dit qu’il n’a pas de précédent depuis 1988. Nous avons dit avec d’autres qu’il fallait absolument procéder par dissuasion si on ne voulait pas que le régime utilise de nouveau ces armes chimiques, qui sont interdites, contre son peuple et peut-être même contre ses voisins. Nous considérons que cette fermeté a été utile.

Il y a eu aussi l’initiative russe à laquelle je veux rendre hommage puisque à partir de cette fermeté et de l’initiative russe, le régime syrien a accepté de liquider les armes chimiques. C’est un changement considérable.

Le 2 septembre, M. Bachar Al-Assad disait dans une interview au Figaro : « nous n’avons jamais dit posséder des armes chimiques ». Et le 7 septembre, son ministre des Affaires étrangères disait : « nous sommes prêts à dire où se trouvent les armes chimiques et arrêter leur production ». Vous voyez donc qu’en cinq jours les choses ont changé. Ce qui montre bien que, fermeté d’une part et initiative russe d’autre part ont été extrêmement utiles.

Nous en sommes là, la Syrie s’est engagée à adhérer à la convention qui interdit les armes chimiques. Des mesures seront prises par les organisations compétentes. Il va y avoir la résolution du Conseil de Sécurité et puis tout cela va devoir se mettre en place. Nous restons très vigilants, non pas va-t-en-guerre mais vigilants, parce que c’est la fermeté et l’initiative russe qui ont permis que la Syrie change sa position et qui permettront demain que les engagements pris soient respectés.


Conférence de presse de Laurent Fabius, avec ses homologues américain et britannique

Propos de M. Fabius
Paris, 16 septembre 2013

Ce matin, le président de la République nous a reçus avec John Kerry et William Hague pour discuter de la situation en Syrie et des décisions à prendre dans les prochains jours.

Après cette réunion à l’Élysée, nous avons tenu une première réunion de travail avec mes deux collègues. Nous recevrons dans un instant, après cette conférence de presse, notre collègue le ministre des affaires étrangères turc, M. Davutoglu pour examiner aussi avec lui ce qu’il convient de faire.

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Cette réunion a deux objectifs. D’une part, préparer la mise en œuvre concrète et rapide de l’accord sur l’élimination des armes chimiques qui a été obtenu à Genève. Et, d’autre part, travailler à la relance du processus politique qui est la seule voie possible pour mettre fin à la tragédie que connaît la Syrie depuis maintenant deux ans et demi. L’accord de Genève est, comme j’ai eu l’occasion de le dire, une avancée importante.

Depuis le massacre chimique du 21 août, notre position a été claire et constante, je l’ai résumée en disant "sanctions et dissuasion". Cette attitude de fermeté qui est la nôtre, celle des pays ici représentés, a payé. Le régime syrien n’a eu d’autre choix que de s’engager à éliminer ses armes chimiques ; des armes, je veux le rappeler, dont il niait encore l’existence il y a seulement quelques jours ; des armes dont le rapport des inspecteurs de l’ONU, cet après-midi, confirmera certainement l’emploi le 21 août.

Ce qui importe maintenant, c’est que cet accord soit rapidement mis en œuvre pour éliminer une fois pour toutes la menace chimique que le régime syrien fait peser sur sa propre population et sur ses voisins. Nous voulons très vite des actes concrets et vérifiables, en gardant à l’esprit que toutes les options doivent rester sur la table si les déclarations ne sont pas suivies d’effet sur le terrain.

C’est pourquoi ce que l’on appelle le P3, c’est-à-dire les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France, nous voulons obtenir du conseil de sécurité des Nations unies, dans les jours prochains, une résolution forte. Une résolution qui appuiera de toute l’autorité du Conseil le plan de désarmement chimique. Une résolution qui prévoira bien sûr des conséquences sérieuses s’il n’était pas appliqué. Une résolution enfin qui réaffirmera clairement que les responsables des crimes commis doivent rendre des comptes.

Nous y travaillons, nous allons y travailler dans les prochains jours à New York afin d’aboutir à une résolution commune du P3 et ensuite une résolution qui pourra être adoptée par l’ensemble du conseil de sécurité des Nations unies.

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Mesdames et Messieurs, le chimique n’est évidemment qu’un aspect particulièrement atroce du drame syrien. Ce n’est qu’un moyen parmi tous ceux que le régime utilise pour réprimer sa population dans le sang. Les combats, malheureusement, continuent et, avec eux, les souffrances terribles du peuple syrien. Nous le savons, il n’y a pas de solution militaire à ce conflit, la solution est politique.

À Genève, il y a un an et demi, nous étions parvenus à adopter quelques principes clairs pour organiser la transition politique en Syrie, en particulier, - c’était la formule - le transfert de tous les pouvoirs exécutifs, y compris le contrôle sur l’armée et les services de sécurité, à une autorité de transition. Mais le régime de Damas n’a, pour le moment, pas voulu y donner suite, préférant, selon la formule de M. Bachar Al-Assad, « liquider l’opposition ».

Nous devons faire comprendre au régime qu’il n’y a pas d’autre perspective que la table de négociation. Nous allons renouveler nos efforts conjoints dans les semaines à venir et même dans les jours à venir pour construire une solution politique en concertation avec tous les pays qui souscrivent aux principes qui ont été agréés à Genève.

Nous savons que pour négocier une solution politique, il faut une opposition forte. Nous comptons donc également renforcer notre soutien à la Coalition nationale syrienne et, dans cet esprit, il sera organisé à New York, à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies, une grande réunion internationale autour de la Coalition nationale syrienne.

Voilà, Mesdames et Messieurs, les dispositions et les décisions qui sont les nôtres. Je veux insister avant de donner la parole à mes deux collègues et amis sur le fait qu’il est décisif, comme cela l’était hier, qu’aujourd’hui et demain, les trois pays ici représentés soient unis. (…)


Point de presse de Laurent Fabius avec le secrétaire d’État américain, John Kerry

Propos de Laurent Fabius
7 septembre 2013

« Mesdames et Messieurs, bonsoir. Je suis très heureux d’accueillir le secrétaire d’État américain, John Kerry, qui est pour quelques heures à Paris. Je veux saluer, cher John Kerry, à la fois votre énergie et votre capacité de conviction et votre sûreté de jugement.

Nous avons discuté avec le secrétaire d’État américain de différents sujets, notamment Israël et la Palestine et bien sûr la Syrie. Je voudrais commencer par quelques remarques. Ce qui apparaît très clairement depuis quelques jours, au-delà de toute une série de commentaires périphériques, ce sont trois choses.

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La première, c’est que le massacre chimique de Damas est prouvé et qu’il est signé : c’est Monsieur Bachar El-Assad qui est le seul à détenir l’arme du massacre et à pouvoir l’utiliser et il l’a utilisée. Et il faut sans cesse revenir à cela parce que ce sont les faits. D’autre part, et c’est ce qui explique en particulier que quand on établit une fausse comparaison avec l’Iraq, ça n’a absolument rien à voir. Vous savez que la France n’avait pas participé à l’engagement en Iraq. En Iraq, les armes de destruction massive n’existaient pas et c’était donc une faute d’y aller. Ici, les armes de destruction massive existent et la faute serait de ne pas sanctionner.

Deuxièmement, ce massacre appelle une réaction forte pour sanctionner et pour dissuader, pour une raison évidente que chacun comprendra : le secrétaire général des Nations unies nous a dit « c’est un crime contre l’humanité » et laisser faire un criminel, c’est l’inciter à récidiver.

Et puis, il y a un troisième aspect qui est évident, même s’il demande peut-être la réflexion d’un moment : la sanction n’est pas contradictoire avec la solution politique, elle en est le préalable. M. Bachar El-Assad ne participera à aucune négociation tant qu’il se croira invincible.

A partir de là, on nous dit que la France, les États-Unis seraient isolés. C’est exactement l’inverse et je veux revenir sur ce qui s’est passé depuis 48 heures, 72 heures. Désormais, sept des huit pays du G8 partagent notre analyse sur la nécessité d’une réaction forte ; douze des vingt pays du G20 y compris maintenant l’Allemagne, partagent cette même analyse et ce matin, les 28 pays de l’Union européenne ont apporté leur soutien à quelques idées essentielles : le massacre chimique du 21 août est un crime abominable, c’est une violation flagrante du droit international, c’est un crime de guerre et un crime contre l’humanité.

Toutes les preuves indiquent que le régime de Bachar El-Assad en est le responsable ; il faut pour le sanctionner et le dissuader de recommencer - je cite – « une réponse claire et forte de la communauté internationale ». Et ces messages, ce sont aussi ceux de la Ligue arabe ou ce matin encore du Conseil de coopération des pays du Golfe. Il existe donc un soutien large et grandissant à une réaction claire et forte.

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Avec John Kerry, nous sommes parfaitement en ligne sur la nature de cette réponse. Elle doit être courte, ciblée, de nature à empêcher M. Bachar El-Assad de se livrer à nouveau à un massacre de cette nature. Tel est le préalable, la condition d’un règlement politique que nous recherchons activement et elle doit bien sûr respecter le calendrier le plus efficace. C’est pourquoi le président Hollande a indiqué hier que nous attendrions le rapport de la commission d’enquête.

Nous sommes d’accord pour dire que la solution à la crise syrienne sera politique. Ce que nous constatons, c’est qu’il est illusoire d’espérer une solution politique sans une réponse déterminée à ce crime abominable. Voilà ce qu’en quelques mots je voulais dire, en terminant pour souligner une évidence : les États-Unis et la France sont côte à côte. Certains disent pourquoi ? Il suffit de se référer à l’histoire : chaque fois que la cause est juste et que c’est l’essentiel qui est là, les États-Unis et la France sont côte à côte. »


Déclaration du gouvernement et débat à l’Assemblée nationale et au Sénat

Intervention du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, au Sénat
Paris, 4 septembre 2013

« Monsieur le Président du Sénat,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

Aux premières heures du 21 août, à quelques kilomètres du centre de Damas, près de 1.500 civils, dont des centaines d’enfants, sont morts asphyxiés dans leur sommeil. Assassinés par le régime syrien, dans ce qui constitue, en ce début de siècle, le plus massif et le plus terrifiant usage de l’arme chimique.

Ces faits, chacun d’entre nous a pu les découvrir, immédiatement après ce drame, sur des dizaines de vidéos. Des vidéos tournées par des médecins, des voisins, des parents, à la fois terrifiés et conscients du devoir d’informer le monde sur l’horreur de ce qui venait de se produire.

Chacun d’entre nous a pu voir les images abominables de l’agonie des victimes, de ces cadavres d’enfants alignés. Sur ces cadavres, pas une goutte de sang, pas une blessure. Juste la mort silencieuse par l’emploi des gaz dont plus personne ne nie qu’ils aient été utilisés, cette nuit-là.

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Au-delà de ces images terrifiantes, de quoi sommes-nous certains [1]  ?

C’est pour en informer la représentation nationale que nous avons réuni, lundi dernier, avec le Premier ministre, le ministre de la Défense, celui des Relations avec le Parlement, moi-même, les présidents des deux assemblées, des commissions compétentes et des groupes politiques de l’Assemblée nationale et du Sénat. Le gouvernement en est convaincu : la gravité du moment exige transparence et dialogue républicain.

Nous sommes certains de l’ampleur du bilan, qui pourrait atteindre jusqu’à 1.500 victimes. Des évaluations indépendantes, comme celle de Médecins sans frontières, le confirment. En analysant des vidéos que nous avons authentifiées, nos propres services sont parvenus au constat que toutes les victimes étaient localisées dans des quartiers contrôlés par l’opposition. Tous les symptômes observés sont cohérents avec une intoxication aux agents chimiques. Nous avons des éléments, en notre possession comme en celle de nos alliés, qui indiquent que du gaz sarin a été utilisé.

Nous sommes certains que la Syrie dispose de l’un des stocks d’armes chimiques les plus importants au monde : plus de mille tonnes d’agents chimiques de guerre et des dizaines de vecteurs.

Nous sommes certains que le régime syrien a déjà employé l’arme chimique à plusieurs reprises, ces derniers mois, à une échelle beaucoup plus réduite, dans le but de reconquérir des zones tenues par l’opposition et d’y semer la terreur. Nous avons récupéré et analysé des échantillons qui ont confirmé, à Saraqeb ou à Jobar, l’emploi de gaz toxiques. Ces éléments ont été transmis aux Nations unies.

Nous sommes certains que cette attaque s’inscrivait dans le cadre d’une offensive pour la reconquête d’une zone clé qui commande l’accès à Damas. Elle avait fait l’objet de préparatifs dans les jours précédents, incluant des mouvements d’agents chimiques depuis les principaux points de stockage du régime. Après l’attaque, nous sommes aussi certains que des bombardements intenses ont tenté d’en effacer les traces.

Nous sommes certains, enfin, que l’opposition n’a pas les capacités de conduire une opération d’une telle ampleur. Aucun groupe appartenant à l’insurrection ne dispose des quantités d’agents chimiques nécessaires, des vecteurs ou des compétences pour mener à bien une telle attaque.

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C’est donc une certitude : il y a bien eu une attaque chimique massive le 21 août, dans la plaine de la Ghouta. Le régime syrien en porte l’entière responsabilité.

Cette certitude, nous la partageons avec nos partenaires, américains, britanniques, allemands, turcs. La Ligue arabe l’a, elle-même, confirmée à l’occasion de sa réunion ministérielle de dimanche dernier, en évoquant la responsabilité du régime.

La recherche de cette responsabilité n’entre pas dans la mission des enquêteurs des Nations unies. Ces enquêteurs ne pourront donc que confirmer l’usage de l’arme chimique.

***

Face à ces faits incontestables, que choisir : l’action ou la résignation ? Pouvons-nous nous contenter de condamner, d’en appeler à un sursaut de la communauté internationale pour qu’enfin s’ouvrent des négociations de paix qui ne viennent pas ?

À ces questions, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, le président de la République a apporté une réponse claire et conforme à la mobilisation de la France, depuis le début de la crise syrienne. Nous avons été les premiers à reconnaître la Coalition nationale syrienne, à lui apporter notre appui, à répondre à l’urgence humanitaire, à promouvoir une solution politique. Sans relâche, nous avons aussi multiplié les contacts pour chercher des solutions à cette tragédie, avec nos partenaires européens, nos alliés, les pays de la région, la Russie et la Chine.

Ne pas réagir, ce serait tolérer que demeure impuni un recours massif à l’arme chimique.

Ne pas réagir, ce serait adresser à M. Bachar Al-Assad et au peuple syrien un message terrible : l’arme chimique peut être utilisée demain à nouveau, contre Damas, contre Alep, de façon peut-être encore plus massive.

Ne pas réagir, ce serait mettre en danger la paix et la sécurité de la région tout entière, mais aussi, au-delà, notre propre sécurité. Car - il faut poser la question - quelle crédibilité auraient, ensuite, nos engagements internationaux contre la prolifération des armes de destruction massive, y compris l’arme nucléaire ? Quel message enverrions-nous à d’autres régimes, je pense à l’Iran ou à la Corée du Nord ?

Ce message serait malheureusement très clair : vous pouvez continuer ; la possession de ces armes vous confère l’impunité et la division de la communauté internationale vous protège.

Ne pas réagir, ce serait enfin fermer la porte à un règlement politique du conflit syrien. Oui, la solution à la crise syrienne sera politique et non pas militaire. Mais regardons la réalité en face : si nous ne mettons pas un coup d’arrêt à de tels agissements du régime, il n’y aura pas de solution politique. Car quel serait l’intérêt pour M. Bachar Al-Assad de négocier, tant qu’il croit qu’il peut, comme il l’a encore répété par écrit au début de la semaine, « liquider », ce sont ses propres termes, « liquider » son opposition, notamment au moyen d’armes qui sèment la terreur et la mort ?

***

Pour toutes ces raisons, le président de la République française a fait le choix de l’action. Le choix d’une action légitime, collective et réfléchie.

D’abord, légitime, car le régime syrien a massivement violé ses obligations internationales. En employant l’arme chimique, M. Bachar Al-Assad a violé ses obligations au titre du protocole de 1925, qui en prohibe l’usage et que la Syrie a ratifié en 1968. Il a bafoué le droit international humanitaire en menant des attaques indiscriminées, interdites par les conventions de Genève. Il s’est rendu coupable d’un crime de guerre. Il a commis ce que le secrétaire général des Nations unies a qualifié de crime contre l’humanité.

En plus de ces violations, le régime syrien a refusé constamment de coopérer avec la communauté internationale. En empêchant l’accès de la Commission d’enquête internationale sur les droits de l’Homme. En s’opposant, pendant cinq mois, à la présence des inspecteurs sur les armes chimiques. En écartant les différentes tentatives de cessez-le-feu. En multipliant les obstacles à l’action humanitaire en Syrie.

Bien sûr, une autorisation explicite du Conseil de sécurité serait souhaitable. Mais, là aussi, regardons la réalité en face. Depuis deux ans et demi, la Russie et la Chine ont bloqué toute réponse à la tragédie syrienne, y compris en opposant, à trois reprises, leur véto. Notre tentative, il y a une semaine, d’un projet de résolution autorisant une riposte ferme à l’attaque chimique du 21 août, a elle-aussi été stoppée net.

La gravité de la menace associée à l’emploi de l’arme chimique nous oblige à agir.

L’action que nous envisageons est réfléchie et collective. Le président de la République l’a indiqué, elle devra être - je cite - « ferme et proportionnée ». Ponctuelle, elle devra viser des objectifs significatifs, mais ciblés. Il n’est pas question d’envoyer des troupes au sol. Il n’est pas question d’engager des opérations militaires pour renverser le régime.

Bien entendu, nous souhaitons le départ de M. Bachar Al-Assad, qui n’hésite pas à menacer directement notre pays et qui croit même pouvoir intimider la Représentation nationale. Oui, nous souhaitons son départ, dans le cadre d’une solution politique en faveur de laquelle la France continuera à prendre l’initiative.

Notre message est clair : l’emploi d’armes chimiques est inacceptable. Nous voulons à la fois sanctionner et dissuader, répondre à cette atrocité pour éviter qu’elle ne se reproduise. Nous voulons aussi montrer à M. Bachar Al-Assad qu’il n’a pas d’autres solutions que celle de la négociation.

Certains nous disent qu’une réaction compliquerait encore la situation. Mais, là aussi, j’en appelle à votre lucidité. La déstabilisation des pays de la région, qui font face à l’afflux de plus de deux millions de réfugiés, est une réalité. L’inaction face aux souffrances du peuple syrien fait le lit des extrémistes. Ne pas laisser impunis les crimes du régime syrien, c’est au contraire le moyen pour nos démocraties de conforter, comme il le faut, l’opposition syrienne modérée.

C’est ainsi que nous serons fidèles à nos valeurs, sur lesquelles se fonde l’engagement de la France dans le monde. La France a en effet une responsabilité particulière. C’est une chance et une exigence, qui contribuent à la grandeur de notre pays. Soyons unis pour rester fidèles à cette vocation.

La France n’agira pas seule et joindra ses efforts à ceux d’autres partenaires, à commencer par les États-Unis d’Amérique, avec lesquels elle s’est toujours retrouvée dans les moments critiques quand la cause était juste. Nous comptons également sur le soutien des Européens et des pays de la région, notamment au sein de la Ligue arabe. Le président de la République poursuit son travail de conviction afin de réunir la coalition de soutiens la plus large possible. La réunion du G20 à partir de demain à Saint-Pétersbourg en sera l’occasion.

***

Monsieur le président,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les sénateurs,

L’année prochaine, nous allons commémorer le centenaire du début de la Première Guerre mondiale, qui a été marquée par la première utilisation massive de gaz toxiques comme arme de combat. Un siècle plus tard, alors que les armes chimiques ont été bannies par le droit international, nous ne pouvons pas accepter un épouvantable retour en arrière.

Dans ces circonstances graves, il importe que la représentation nationale soit éclairée. C’est pourquoi nous nous engageons à continuer à vous informer dans les jours prochains, sur l’évolution de la situation, dans le respect des équilibres institutionnels découlant de notre Constitution. En toute hypothèse, la décision ultime ne pourra être prise par le président de la République que lorsque sera constituée la coalition, seule à même de créer les conditions d’une action.

Mesdames et Messieurs les sénateurs, face à la barbarie, la passivité n’est pas une option, en tout cas pas pour la France. Ne pas réagir, c’est laisser M. Bachar Al-Assad poursuivre ses atrocités, encourager la prolifération et l’emploi d’armes de destruction massive, abandonner la Syrie et la région tout entière au chaos et céder aux menaces. Avec ses partenaires, la France prendra donc ses responsabilités. »

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Pour plus de précisions, voir les vidéos et la synthèse de renseignement déclassifié relatives au programme chimique syrien ou à l’attaque chimique conduite par le régime le 21 août 2013, sur le site du ministère français de la Défense.


Discours du président Hollande devant la Conférence des ambassadeurs

Élysée, 27 aout 2013

Au moment où je m’exprime devant vous, le monde est saisi d’effroi après la révélation de l’utilisation d’armes chimiques en Syrie. Tout porte à croire que c’est le régime qui a commis cet acte abject. Il le condamne définitivement aux yeux du monde car c’est une ignominie que de recourir à des armes que la Communauté des nations a banni depuis 90 ans dans toutes ses conventions internationales.

Dois-je rappeler que ce conflit a fait déjà plus de 100.000 morts et qu’il se propage désormais à l’ensemble de la région ? Au Liban, par des attentats. En Jordanie et en Turquie, par l’afflux des réfugiés. En Irak, par le déchaînement de violences meurtrières. Cette guerre civile menace aujourd’hui la paix du monde.

Depuis un an, la France a agi. Elle fut à l’initiative de la Conférence des amis du peuple syrien qui s’est réunie à Paris en juillet 2012. Elle fut la première à reconnaître en septembre dernier la coalition nationale comme représentante légitime du peuple syrien. Très vite, elle a prodigué à l’opposition les aides humanitaires et matérielles pour mener son combat.

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Aujourd’hui, notre responsabilité c’est de rechercher la riposte la plus appropriée aux exactions du régime syrien, une fois achevée l’essentiel de la mission d’enquête des Nations unies. Le massacre chimique de Damas ne peut rester sans réponse. La communauté internationale ne peut rester sans réagir face à l’usage d’armes chimiques. La France est prête à punir ceux qui ont pris la décision effroyable de gazer des innocents.

Ces derniers jours, j’ai multiplié les consultations avec nos alliés, notamment américains et européens, comme avec nos partenaires arabes, pour envisager toutes les options. Demain, je réunirai un Conseil de défense et le Parlement sera informé de la situation dans les meilleurs délais.

Par ailleurs, j’ai décidé d’accroître notre soutien militaire à la Coalition nationale syrienne, dans le respect de nos engagements européens. Ce n’est qu’avec cette fermeté qu’une solution politique pourra un jour prévaloir en Syrie.


Plus d’info

Pour accéder au dossier Syrie sur France diplomatie, cliquez ICI.

[1Voir les vidéos et la synthèse de renseignement déclassifié relatives au programme chimique syrien ou à l’attaque chimique conduite par le régime le 21 août 2013, sur le site du ministère français de la Défense

Dernière modification : 18/09/2013

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