Élevage : synergie entre le tunisien Poulina et le français Ceva

Dans le domaine de la pharmacie vétérinaire, le français Ceva est l’une des entreprises en plus forte croissance. Implanté en Tunisie depuis 2006, il s’est associé au groupe tunisien Poulina, leader dans la filière avicole. Le but de ce rapprochement : renforcer la prévention des infections dans les élevages de volailles et réduire l’usage des antibiotiques.

Le 17 février, Boris Boillon a rencontré les directeurs des deux structures. L’occasion d’échanger sur leur vision de l’entreprise et sur le secteur de l’élevage en Tunisie.

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Le laboratoire de santé animale de Poulina intègre les savoirs-faire de Ceva.

Investissements et partenariats : Ceva renforce son pôle tunisien.

« Lorsqu’on doit soigner cela signifie qu’il est déjà trop tard, qu’il y a déjà des pertes. Notre métier, c’est plutôt de travailler en amont, sur le préventif. C’est là qu’est le plus gros levier pour améliorer la santé animale et réduire la mortalité des élevages ». Didier Fedida est un passionné. Responsable de la filiale tunisienne de Ceva, il est convaincu du potentiel de croissance du marché local, qui absorbe déjà 90% des anti-infectieux et des anti-parasitaires qui sortent du laboratoire. De France, Ceva Tunisie importe également des vaccins.

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Didier Fedida et Boris Boillon dans le hall de stockage de Ceva.

Le site de production de Ceva est installé à El Ouardia, à 10 mn du centre de Tunis. Les cadres de l’entreprise guident l’Ambassadeur dans les ateliers où travaillent une cinquantaine de personnes, dont de nombreux techniciens qualifiés. Chaque salle est hermétiquement cloisonnée. Dans l’une d’elle, les chimistes testent les composants des médicaments. Avant leur sortie, les produits finis sont mis en quarantaine afin d’être évalués. Ils doivent répondre aux standards de qualité définis au niveau mondial. Pour cela, Ceva s’appuie sur l’expertise de sa maison mère française.

Traitement des sols, des surfaces, amélioration des process de fabrication, nouveaux équipements : « Tout notre site va être modernisé dans les prochains mois » annonce le responsable de la production. Cette année, 400.000 € seront investis dans ces travaux de mise à niveau. Le secteur du médicament est particulièrement exigeant en termes de bonnes pratiques. Sur le site tunisien, les travaux en R&D du 9ème laboratoire vétérinaire mondial ont des implications très concrètes.

L’autre clef du succès de Ceva en Tunisie : la connaissance du marché et des acteurs, une expertise que partagent Didier Fedida et Jamel Bel Haj Yahia, le président du conseil. Lorsqu’ils s’entretiennent avec Boris Boillon, tous deux mettent l’accent sur l’importance du dialogue avec les acteurs locaux : éleveurs, laboratoires, vétérinaires. Il s’agit de connaître de près les réalités du marché.

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Jamel Bel Haj Yahia invite l’ambassadeur à signer le livre d’or de l’entreprise

Pour Didier Fedida, il s’agit aussi de partager sa vision de la santé animale, fondée sur l’action préventive. « L’enjeu est énorme pour les éleveurs. Avec un investissement relativement modeste ils peuvent réduire leurs pertes de manière substantielle. Il s’agit d’anticiper davantage le développement des pathologies, de réduire l’usage des antibiotiques. L’enjeu est également très fort en termes de santé publique ».

Aujourd’hui, Ceva travaille à la sensibilisation des vétérinaires et participe à la formation d’un réseau d’échange de bonnes pratiques.
Grâce au partenariat récemment noué avec l’entreprise Poulina, premier producteur de volaille du pays, Didier Fedida voit son discours validé par un allié de poids. Aujourd’hui, leur rapprochement a valeur d’exemple pour les acteurs de l’élevage en Tunisie.


Poulina, la culture de l’expérimentation.

Fondée par Abdelwahed Ben Ayed, Poulina est l’un des plus grands groupes privés du pays. Agro-alimentaire, grande distribution, industrie, emballage, immobilier, la société touche à une foule de secteurs. Elle se divise en plus d’une centaine de filiales et compte 10.000 salariés environ. L’élevage de volaille a été le point de départ de l’entreprise et demeure sa principale activité. Un poulet sur cinq vendus en Tunisie a été élevé chez Poulina. Chaque jour plus de 60.000 volailles sont conditionnées par les usines du groupe.

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Abdelwahed Ben Ayed et Boris Boillon

Route de Mornag, dans le grand Tunis, Poulina a installé un laboratoire dédié à la santé des élevages. Mme Ben Ayed guide en personne les visiteurs comme si elle leur ouvrait les portes de sa maison. « J’ai tenu à ce que les laboratoires soient installés dans cette petite bâtisse. On s’y sent bien », sourit-elle.

À l’intérieur, des équipements dédiés à l’analyse et aux diagnostics des maladies des volailles : autopsie, bactériologie, efficacité des vaccinations...

C’est au sein de ce laboratoire que Ceva, en joint-venture avec une autre société française, a mis son savoir faire à la disposition de Poulina. Leur valeur ajoutée : des outils d’analyse basés sur l’amplification de fragments d’ADN (PCR). Ce dispositif permet de détecter de façon précoce les sujets atteint de maladie et évite ainsi qu’ils contaminent les élevages. Il permet d’améliorer rapidement le niveau de santé des élevages et de limiter le recours aux traitements curatifs.

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L’Ambassadeur dans les locaux de Poulina

« Nos objectifs sont calqués sur ceux des éleveurs de l’Union européenne » explique le responsable du site. « Nous allons réduire notre recours aux antibiotiques à hauteur de 6% par an durant les cinq prochaines années ». Une extension du laboratoire est en cours. 500.000 dinars ont été investis pour renforcer le pôle vaccination. « Ils vont peu à peu tendre vers le 100% prévention et le 0% curatif » se réjouit leur partenaire, Didier Fedida qui poursuit : « Poulina apporte vraiment quelque chose à l’industrie avicole tunisienne. L’ouverture d’esprit, la culture de l’expérimentation ».

Avec Boris Boillon, les cadres de Poulina reviennent sur l’importance du savoir-faire français dans le domaine agricole. Certains d’entre eux visitent régulièrement des exploitations françaises, tandis que des équipes d’experts viennent en mission sur le sol tunisien. Abdelwahed Ben Ayed a lui-même reçu en France une formation d’ingénieur agricole. Il participe activement à cette culture d’entreprise. « Il est important de multiplier les synergies, d’aller chercher le savoir-faire là où il est pour toujours avoir un coup d’avance » explique-t-il.

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Boris Boillon échange avec Mme Ben Ayed

Figure incontournable du monde des affaires en Tunisie, Abdelwahed Ben Ayed est connu pour avoir transformé l’alimentation de ses compatriotes. En quelques décennies, Poulina est parvenue à faire de la volaille l’un des aliments les plus consommés du pays, la première source de protéine pour les tunisiens.

Dernière modification : 24/10/2016

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