Révolution tunisienne : position officielle française

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Conseils aux voyageurs


Déclarations officielles françaises
à propos des derniers événements en Tunisie.

(janvier et février 2011)


Allocution radio-télévisée du président Nicolas Sarkozy - 27 février 2011

À peine la plus grave crise économique et financière depuis la deuxième guerre mondiale semble-t-elle s’estomper, à peine l’Europe a-t-elle dominé la crise de l’euro que, de l’autre côté de la Méditerranée, se produit un immense bouleversement. Certains peuples arabes prennent leur destin en main, renversant des régimes qui, après avoir été, au temps de la décolonisation, les instruments de leur émancipation avaient fini par devenir ceux de leur servitude. Ces régimes, tous les États occidentaux et tous les gouvernements français qui se sont succédés depuis la fin des colonies ont entretenu avec eux des relations économiques, diplomatiques et politiques, malgré leur caractère autoritaire parce qu’ils apparaissaient aux yeux de tous comme des remparts contre l’extrémisme religieux, le fondamentalisme et le terrorisme.

Mais voici qu’à l’initiative des peuples s’esquisse une autre voie. En opposant la démocratie et la liberté à toutes les formes de dictature, ces révolutions arabes ouvrent une ère nouvelle dans nos relations avec ces pays dont nous sommes si proches par l’histoire et par la géographie. Ce changement est historique. Nous ne devons pas en avoir peur. Il porte en lui une formidable espérance car il s’est accompli au nom des valeurs qui nous sont les plus chères, celles des droits de l’homme et de la démocratie. Pour la première fois dans l’histoire, elles peuvent triompher sur toutes les rives de la Méditerranée.

Nous ne devons avoir qu’un seul but : accompagner, soutenir, aider les peuples qui ont choisi d’être libres. Entre l’ingérence qui ne serait pas acceptée et l’indifférence qui serait une faute morale et stratégique, il nous faut tout faire pour que l’espérance qui vient de naître ne meure pas car le sort de ces mouvements est encore incertain. Si toutes les bonnes volontés ne s’unissent pas pour les faire réussir, ils peuvent aussi bien sombrer dans la violence et déboucher sur des dictatures pires encore que les précédentes.

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Communiqué de presse de l’Élysée - 17 février 2011

« Le président de la République a eu une conversation téléphonique aujourd’hui avec le Premier ministre tunisien, M. Mohamed Ghannouchi.

L’entretien a porté sur l’évolution de la situation en Tunisie dans cette période de changement historique. Le président de la République a souligné que la France serait au premier rang pour aider le peuple tunisien à concrétiser ses aspirations pour construire une Tunisie démocratique et prospère.

Dès la semaine prochaine, Mme Christine Lagarde, ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, accompagnée de M. Laurent Wauquiez, ministre chargé des Affaires européennes, se rendront à Tunis pour se mettre à l’écoute des autorités tunisiennes et examiner les modalités des concours français.

D’autres visites ministérielles suivront et la France participera activement à la conférence internationale de Carthage, dont le Premier ministre Ghannouchi a confirmé la convocation au printemps. »


Communiqué de la présidence de la République à l’issue du conseil des ministres - 16 février 2011

Le Premier ministre a présenté une proposition de plan d’action pour la Tunisie.

Trois priorités ont été identifiées afin d’accompagner le gouvernement et le peuple tunisiens sur le chemin de la démocratie et du progrès économique et social : l’accompagnement de la mise en place de la démocratie et de l’État de droit et de la lutte contre la corruption ; la modernisation de l’économie et le développement de l’emploi ; le renforcement des contacts entre les sociétés civiles.

Cette proposition sera soumise aux autorités tunisiennes par le nouvel ambassadeur de France qui arrive aujourd’hui en Tunisie, afin de parvenir à un plan d’action commun.

La ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie et le ministre auprès de la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères et européennes, chargé des affaires européennes, se rendront le 22 février en Tunisie. L’appui de la France au développement économique du pays ainsi qu’à l’octroi par l’Union européenne, avant la fin de l’année, d’un "statut avancé" à la Tunisie sera rappelé à cette occasion.

La France apportera son plein concours à la conférence internationale de Carthage sur le soutien aux réformes politiques et économiques en Tunisie.


Point de presse du quai d’Orsay - 15 février 2011

Question - Ma question porte sur l’île de Lampedusa où des migrants illégaux tunisiens arrivent et où l’Italie demande une aide à l’Union européenne et donc à la France…

Réponse - S’agissant de la Tunisie et de l’île de Lampedusa pour être plus précis, je voudrais rappeler qu’il y a eu au cours des derniers jours un afflux massif d’immigrants clandestins sur cette île. C’est une situation qui est douloureuse et qui n’est pas tenable. À la demande de notre partenaire italien, cette question sera abordée au conseil européen des ministres de l’Intérieur à Bruxelles la semaine prochaine, les 24 et 25 février.

Nous entendons évidemment aborder cette réunion dans un esprit aussi constructif que possible. Pour l’Union européenne, c’est en effet un sujet majeur qui doit être traité dans un cadre européen. Je l’ai dit hier et je le répète aujourd’hui, nous sommes en contact avec nos partenaires européens, italiens en premier lieu, bien sûr. Dans cette situation difficile nous sommes aux côtés de ces derniers.

Deuxièmement, au moment précisément où la Tunisie est en train d’écrire une nouvelle page de son histoire, cette situation dans laquelle se trouvent ces milliers d’immigrés sur cette petite île de Lampedusa rend d’autant plus pertinente l’approche que la France n’a jamais cessé de défendre au cours des dernières années et rend d’autant plus nécessaire la poursuite de l’effort que nous avons entrepris :

Depuis très longtemps, la France est engagée et continuera plus que jamais d’être engagée aux côtés de la Tunisie en faveur de son développement économique et social, et en particulier une coopération destinée aux jeunes - car lorsqu’on regarde les images on voit que ceux qui ont débarqué à Lampedusa sont jeunes, très jeunes - ; une coopération en matière de formation ; en matière d’accueil d’étudiants tunisiens dans nos universités ; en matière de création d’entreprises.

La France est l’un des tous premiers, sinon le premier investisseur étranger en Tunisie, et l’un des premiers pourvoyeurs d’aide publique au développement, et cela depuis des années et de manière constante au bénéfice de la société civile tunisienne, et en particulier des jeunes.

Nous allons également demander plus d’Europe aux côtés de la Tunisie. C’est ce que Mme Alliot-Marie a fait il y a quelques jours au Conseil Affaires étrangères qui s’est tenu à Bruxelles après les événements récents que nous avons suivis en Tunisie. Il faut que les Européens soient plus massivement présents dans cette région en général, et en particulier auprès des Tunisiens. La présence de Mme Ashton hier à Tunis était un signal très fort qui a été lancé. Elle a annoncé de l’aide d’urgence, mais sa présence était significative d’une prise de conscience d’un véritable besoin de présence supplémentaire de l’Europe dans cette région.

La troisième direction dans laquelle nous n’avons cessé de faire porter nos efforts au cours des dernières années, c’est la coopération régionale. L’Union pour la Méditerranée est précisément le projet porté par la France pour faire de l’ensemble de la Méditerranée, avec la Tunisie, mais également de tous les autres pays, un espace de coopération véritable.

Un espace de coopération pourquoi ? Pour être enfin capables tous ensemble de relever d’immenses défis qui sont nouveaux et qui s’offrent à nous aujourd’hui. Les défis de protection de l’environnement, d’amélioration de l’approvisionnement énergétique, des réseaux de transport, des réseaux éducatifs dans l’ensemble de ces pays. C’est ce que nous faisons. Et pour faire en sorte que la Méditerranée soit véritablement un espace de coopération, non seulement au niveau institutionnel mais également entre les sociétés civiles. Et cet effort doit en particulier viser l’avenir, c’est-à-dire viser les jeunes pour lesquels il y a tant à faire aujourd’hui.

La quatrième direction dans laquelle nous avons travaillé pour parler très précisément de la Tunisie, c’est également de pousser les Tunisiens et les Européens à avancer sur la voie du statut avancé pour la Tunisie, de faire en sorte que la Tunisie arrive le plus rapidement possible à un stade où elle changerait de dimension dans ses relations avec l’Union européenne. C’est ce que l’on appelle le statut avancé et c’est ce à quoi la France, d’une part, est favorable et, d’autre part, ce à quoi la France a travaillé.

Enfin, le cinquième axe sur lequel nous travaillons, parce qu’on ne peut plus continuer comme cela avec l’arrivée de milliers d’émigrants qui ont pris des risques terribles en montant sur des embarcations de fortunes, en jouant leur vie à pile ou face dans les eaux de la Méditerranée, cela ne peut plus durer. Nous l’avons dit à plusieurs reprises au cours des derniers jours, il faut qu’il y ait véritablement une montée en puissance d’un système européen de surveillance des frontières, de manière qu’on puisse ne pas se retrouver, que ce soit à Lampedusa, ou dans les Canaries, ou à la frontière entre la Grèce et la Turquie, dans ce type de situation.

Michèle Alliot-Marie l’a à nouveau souligné après son entretien d’hier avec son homologue néerlandais. Les Italiens eux-mêmes l’ont déclaré, à Lampedusa, ils sont dans une situation d’urgence humanitaire. C’est pour cela que la France plaide avec ses partenaires européens, et cela fera partie des discussions des ministres de l’Intérieur à la fin du mois à Bruxelles, pour que l’instrument que nous avons, Frontex, soit efficace, c’est-à-dire plus de moyens, davantage d’efficacité en termes de fonctionnement et de capacité de mobilisation.


Point de presse conjoint de Mme Michèle Alliot-Marie et de M. Ahmed Ounaies - 4 février 2011

"Je veux vous dire d’abord combien je suis heureuse que la première visite bilatérale d’Ahmed Abderraouf Ounaies depuis sa nomination soit pour la France.

Cette première visite nous honore, je tiens à le dire, marque la grande amitié entre la Tunisie et la France et nous oblige aussi. Car c’est évidemment un signal très fort qui est donné à la France et aux Français, dont vous savez à quel point ils se passionnent pour l’histoire (...) qui est en train de s’écrire en Tunisie.

Je puis vous assurer, Monsieur le Ministre, que les Français ont été très impressionnés par la façon, à la fois sereine, pacifique et déterminée, dont tout un peuple a décidé de prendre en main son destin politique (...).

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Nous avons bien entendu évoqué nos relations bilatérales, auxquelles nous souhaitons donner un nouvel élan, car nous voulons que la Tunisie
exemplaire montre au monde entier qu’elle est totalement soutenue, intégrée, accompagnée dans son mouvement par la France et bien entendu par l’Europe.

La France finalise un plan de soutien dont nous avons parlé, mais dont je vous ai dit que je souhaitais d’abord qu’il corresponde bien aux attentes et aux orientations qui sont les vôtres. Je souhaite donc que les autorités tunisiennes nous fassent part de leurs attentes. (...) Nous sommes prêts a mettre en œuvre ce plan très rapidement et en étroite concertation avec vous."


Point de presse du quai d’Orsay - 2 février 2011

La France salue l’annonce faite par le porte-parole du gouvernement tunisien de l’approbation d’engagements internationaux majeurs concernant les droits de l’Homme.

Cette annonce marque une étape historique pour la Tunisie et est exemplaire pour la région.

En annonçant une prochain adhésion à la Convention internationale sur la protection des personnes contre les disparitions forcées, au Statut de Rome sur la Cour pénale internationale, au protocole facultatif de la Convention internationale contre la torture, et aux deux protocoles facultatifs du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Tunisie affirme sa volonté de lutter contre les atteintes graves aux droits de l’Homme, de mettre un terme à l’impunité, de coopérer pleinement avec les organes des Nations unies qui contrôlent l’application des traités et de les habiliter à examiner des plaintes formées par des citoyens.

Elle est également le premier pays de la région à envisager l’abolition de la peine de mort, qui est l’objet du 2e protocole facultatif au Pacte international sur les droits civils et politiques.

La France, avec ses partenaires de l’Union européenne, se tient à la disposition de la Tunisie, si elle le souhaite, pour faciliter la mise en œuvre de ces instruments juridiques.

Le ministre d’État s’entretient par téléphone en ce moment même avec son homologue tunisien. Il s’agit de leur deuxième entretien téléphonique depuis la nomination de M. Ahmed Abderraouf Ounaïes.


Point de presse du quai d’Orsay - 28 janvier 2011

Nous formons des vœux pour le succès de ce nouveau gouvernement et espérons qu’il pourra préparer dans les meilleures conditions les élections présidentielles décisives pour la Tunisie. La France se tient et se tiendra aux côtés de la Tunisie dans cette période capitale de son histoire.

La France se réjouit de la décision de la Haut-commissaire aux droits de l’Homme des Nations unies, Navanethem Pillay, d’envoyer une mission en Tunisie. Cette mission, composée d’experts de haut niveau, spécialistes des droits de l’Homme, a commencé ses activités sur place le 27 janvier. Nous y apportons un soutien financier.

La France se félicite que cette initiative ait été prise en concertation avec les autorités tunisiennes de transition.

La France souhaite plein succès à la mission du Haut-commissariat aux droits de l’Homme. Cette mission doit déboucher sur des initiatives concrètes pour aider la Tunisie à avancer sur le chemin de la démocratie.

Q - Êtes-vous satisfait du nouveau gouvernement ?

R - Nous saluons le nouveau gouvernement. Il ne s’agit pas de savoir si nous, nous sommes satisfaits du nouveau gouvernement. C’est plutôt aux Tunisiens d’exprimer un degré de satisfaction. Ce n’est pas à nous, et nous l’avons toujours dit, d’exprimer une opinion sur ce registre-là. La satisfaction est quelque chose de très subjectif.

En revanche, ce que nous espérons, c’est que ce gouvernement pourra préparer les rendez-vous électoraux qui s’annoncent et dans cette perspective, nous réitérons - comme cela a été dit par les autorités françaises au cours des derniers jours, Mme Alliot-Marie elle-même l’a redit - notre disposition et notre mobilisation, aux côtés des Tunisiens dans cette période qui est évidemment essentielle pour le pays.


Point de presse du quai d’Orsay - 27 janvier 2011

Questions - Avez-vous, ou allez-vous entreprendre des démarches auprès de Tunis pour obtenir l’application d’une condamnation en France d’un ex-diplomate tunisien coupable de tortures sur une Tunisienne, comme le demande à Michèle Alliot-Marie son avocat ?

Décès du photographe franco-allemand Lucas Mebrouk Dolega : vous avez demandé "la lumière" sur les circonstances de sa mort. Avez-vous demandé à Tunis l’arrestation du coupable ?

Réponse - S’agissant de votre première question : oui, c’est notre position et c’est en ce sens que nous agissons.

En ce qui concerne votre deuxième question, nous souhaitons, comme nous l’avons dit à plusieurs reprises, que toute la lumière soit faite sur cet homicide volontaire, comme sur le meurtre à Douz de Hatem Bettahar, enseignant à l’université de Compiègne, que les responsabilités soient établies, que les coupables soient identifiés et présentés devant la justice.

Dans ce contexte, nous sommes en contact avec les autorités tunisiennes et notamment avec la commission d’établissement des faits.


Conférence de presse du président Nicolas Sarkozy - 24 janvier 2011

Extraits :

"En Tunisie, c’est un peuple frère qui a décidé de reprendre en main son destin. Quand on est si proche, quand les destinées individuelles et collectives sont tellement imbriquées, on n’a pas toujours le recul nécessaire pour comprendre les sentiments de l’autre, bien mesurer ses frustrations et sans doute ses angoisses. Derrière l’émancipation des femmes, l’effort d’éducation et de formation, le dynamisme économique, l’émergence d’une classe moyenne, il y avait une désespérance, une souffrance, un sentiment d’étouffer dont il nous faut le reconnaitre, nous n’avions pas pris la juste mesure. Il y avait le désespoir d’une jeunesse souvent diplômée, qui ne trouvait pas de travail et qui se sentait dépossédée de son avenir. Il y avait une colère qui venait d’un sentiment d’injustice. Il y avait une révolte morale que nourrissait une insupportable corruption. Et puis il y avait une irrésistible aspiration à la liberté trop longtemps étouffée et qui brusquement s’est libérée. Cette libération ne pouvait venir que du peuple tunisien lui-même."

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"Que le peuple tunisien soit assuré que le peuple français est solidaire de lui dans sa marche vers la démocratie et vers la liberté. C’est avec amitié et avec respect que la France se tient à ses côtés dans cette période cruciale. Une ère nouvelle s’ouvre pour les relations entre la Tunisie et la France. Des relations de confiance fondées sur des valeurs partagées de démocratie et de liberté. Et c’est dans cet esprit que j’ai demandé à François Fillon et au gouvernement de préparer un certain nombre de mesures qui seront proposées aux autorités tunisiennes pour leur apporter le soutien de la France dans les circonstances exceptionnelles qu’elles ont à affronter et dans l’urgence à laquelle elles ont à faire face, en particulier sur le plan économique. Je souhaite que dès lors qu’elles répondent au souhait du gouvernement tunisien, ces mesures puissent être mises en œuvre au plus vite et pour certaines, dès le prochain conseil des ministres. Par ailleurs, la France s’attache à la recherche systématique des richesses pillées qui doivent être rendues au peuple tunisien."

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"(...) la France abritait la quasi-totalité de l’opposition démocratique tunisienne. Comment peut-on dire que la France n’a pas aidé la Tunisie alors que la France a ouvert largement, à toute l’opposition démocratique tunisienne, son pays ? Ça m’a été assez reproché par les autorités tunisiennes qui n’ont cessé, à chaque fois qu’un ministre ou que moi-même, nous nous rendions en Tunisie, de reprocher les complots ourdis par la France parce que toute l’opposition tunisienne démocratique était en France. C’est donc bien que nous les avons acceptés et même protégés. Je ne parle pas des islamistes qui, pour des raisons que vous connaissez, se trouvent à Londres."


Point de presse du quai d’Orsay - 21 janvier 2011

Question - Les avoirs de l’ex-président Ben Ali sont surveillés et non pas encore gelés d’après Mme Lagarde. Le gel nécessite-t-il une décision judiciaire ? La France pour agir doit être saisie par la Tunisie j’imagine ?

Réponse - Dans cette affaire nous agissons de manière très déterminée comme énoncé par le président de la République dans le communiqué qu’il a rendu public samedi dernier.

Comme vous le savez, nous avons poussé à ce que l’Union européenne adopte une position engagée sur la question des avoirs.

Il appartient, en ce qui nous concerne, au procureur de la République de Paris de prendre les décisions qu’il voudra prendre soit sur signalement de Tracfin, soit après dépôt de plainte sur ce dossier.

Question - Je voudrais revenir sur la polémique autour du comportement de Mme Alliot-Marie vis-à-vis des événements de Tunisie. La question revient avec cette polémique, est-ce qu’il s’agit bel et bien d’un dysfonctionnement dans l’attitude officielle française ? Est-ce qu’on peut dire que c’était la France officielle qui réfléchissait à haute voix ?

Réponse - Quel est l’enjeu aujourd’hui pour les Tunisiens ? L’enjeu est que les Tunisiens réussissent sur le chemin de la démocratie dans lequel ils se sont engagés. C’est un enjeu essentiel. Vu son importance, nous ne pouvons pas nous permettre de nous égarer trop longtemps dans des polémiques franco-françaises. Notre priorité aujourd’hui est d’aider les Tunisiens. Notre priorité aujourd’hui est que la démocratie marche dans leur pays, qu’elle avance. C’est à eux de prendre leurs responsabilités, ils les ont prises jusqu’à présent avec beaucoup de courage et de détermination. Nous allons les accompagner et nous allons travailler dans cette direction.

Comment faire ? Tout d’abord, nous allons continuer ce que nous faisons depuis des années en matière de coopération ; une coopération française qui a toujours été axée, depuis des dizaines d’années, au profit des Tunisiens. Je pense en particulier à toute cette coopération pour former des cadres, pour accueillir en France des étudiants, pour les aider dans des projets de coopération civile. C’est un effort énorme que la France a réalisé au cours des dernières années et dont le principal et essentiel bénéficiaire était la société civile tunisienne. Nous allons plus que jamais continuer à travailler dans cette direction.

En outre, nous allons tout mettre en œuvre pour que l’Union européenne s’engage également, avec la même détermination, dans le même sens. Les Tunisiens n’ont aucun intérêt pour ces polémiques qui existent chez nous. Ils ont besoin de soutien et c’est ce que nous sommes déterminés à continuer à leur apporter.

Question - Peut-on savoir combien de millions d’euros ont été investis en France par M. Ben Ali ?

Réponse - Je pense que nous le saurons de manière précise après une enquête judiciaire, qui peut s’ouvrir dès lors qu’il y a un signalement de Tracfin ou une plainte déposée devant la justice.

Question - Plusieurs ministres du gouvernement, dont M. Juppé et Mme Alliot-Marie, ont dit avoir été surpris par ce qui s’était passé en Tunisie. Au niveau du ministère des Affaires étrangères, les mécanismes d’analyses et toutes ces procédures vont-ils être remis en cause pour ne pas se retrouver dans une telle situation dans une autre crise ?

Réponse - Je crois que les premiers surpris ont été les Tunisiens eux-mêmes.

La diplomatie n’est pas une science exacte, la diplomatie est un travail qu’il faut mener avec modestie, respect et responsabilité. C’est une mission difficile car on travaille sur la réalité du monde que l’on ne prévoit pas, que l’on ne contrôle pas. A partir de là, on essaie juste de faire au mieux avec une forte mobilisation de tous ceux qui sont concernés par ce travail. Je ne vois pas un autre pays qui avait tout prévu, ou qui n’aurait pas été surpris.

Question - Pendant les vœux, Mme Alliot-Marie a dit que la France a tenu compte de ce qui s’est passé en Tunisie, qu’on allait accroître la capacité d’évaluation, de prévisibilité de certains événements. En quoi cela va-t-il consister ? Augmenter le nombre de diplomates ? Une formation spécifique ?

Réponse - Cela veut dire, de manière générale, dans le travail quotidien que nous faisons une sensibilisation à la dimension prospective. Nous nous adaptons. Nous avons mené au cours des dix dernières années un travail de modernisation, d’ailleurs cela s’est vérifié au niveau institutionnel et des structures avec la création de la Direction générale de la Mondialisation.

Nous nous sommes auto-sensibilisés à l’émergence de problématiques mondiales, tout simplement parce nous voyions que la réalité sur laquelle nous travaillions changeait. Maintenant, nous faisons un deuxième constat, c’est que cette réalité non seulement change mais encore très rapidement. Il faut développer deux capacités : celle de s’adapter et, si possible, d’anticiper.

Mme Alliot-Marie a eu tout à fait raison de mettre l’accent là-dessus. C’est terriblement important.


Point de presse du quai d’Orsay - 20 janvier 2011

Sur les avoirs de l’ancien président Ben Ali, de sa famille et de son entourage :

Comme l’a annoncé le président de la République dès samedi dernier, la France a pris à titre national toutes les mesures nécessaires pour obtenir le blocage de toute transaction suspecte.

De plus, sur signalement de TRACFIN ou après dépôt de plainte, il appartient au procureur de la République de Paris d’ouvrir une enquête judiciaire afin notamment de permettre un gel des avoirs qui seraient identifiés dans ce cadre.

Parallèlement, dans les enceintes compétentes de l’Union européenne, la France a appelé à un gel européen des avoirs sus-mentionnés, en plaidant pour qu’une liste des personnes visées puisse être adoptée par le prochain Conseil Affaires étrangères, fixé au 31 janvier.

Nous soutenons également le projet en discussion aujourd’hui à Bruxelles concernant l’aide à l’organisation des élections et le déploiement d’une mission d’observation électorale, conformément à la demande tunisienne.

Sont également à l’étude un accroissement des fonds européens alloués à la Tunisie, une libéralisation accrue des échanges commerciaux et des progrès plus marqués s’agissant du statut avancé. L’ensemble de ces orientations est examiné aujourd’hui dans les groupes de travail compétents à Bruxelles, et sera soumis à l’approbation du Conseil Affaires étrangères du 31 janvier.

Bien évidemment, ces mesures sont prises en étroites concertation avec les autorités tunisiennes, avec lesquelles notre ambassade à Tunis est en liaison constante.


Déclaration du porte-parole du gouvernement - 19 janvier 2011

Le porte-parole du gouvernement François Baroin a cité les propos tenus par le président de la République pendant le Conseil des ministres :

« Nicolas Sarkozy a déclaré que la France souhaitait "une transition pacifique et exemplaire" en Tunisie, afin qu’"une démocratie solide et durable s’instaure" dans ce pays.

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"La non-ingérence et le soutien à la liberté et à la démocratie demeurent au cœur de notre politique étrangère. Les circonstances mettent parfois ces deux principes face à face. Tel a été le cas avec les événements qui viennent de se dérouler en Tunisie."

"La France exprime une position fidèle à ses valeurs, conforme aux intérêts des Français, attachés à un espace méditerranéen de paix et de développement. La France et tous les Français sont profondément heureux de voir la liberté et la démocratie s’établir dans ce pays ami avec lequel nos liens historiques et humains sont si forts."

"Notre souhait le plus cher est que cette évolution se fasse sans drame supplémentaire et que les Tunisiens, après avoir mis fin avec courage et dignité à un régime qu’ils rejetaient, trouvent le chemin d’une transition pacifique et exemplaire, afin qu’une démocratie solide et durable s’instaure en Tunisie."

"Tout ce que nous pourrons faire pour accompagner cette évolution, dans l’immédiat et à plus long terme, nous le ferons, selon ce que les Tunisiens souhaiteront". »


Intervention du Premier ministre devant l’Assemblée nationale - 18 janvier 2011

"Le rôle de la France est d’accompagner la Tunisie sur le chemin difficile de la démocratie", a déclaré le Premier ministre François Fillon au cours d’une séance de questions au gouvernement.

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"Le défi que le peuple tunisien doit relever, c’est de réussir une transition démocratique qui soit à la hauteur des espoirs que les Tunisiens ont mis dans le mouvement populaire qu’ils ont engagé et qui les a conduits à faire preuve d’un grand courage et à braver tous les risques. Le sort de la Tunisie est entre les mains des Tunisiens, mais le rôle de la France c’est d’accompagner la Tunisie sur le chemin difficile de la démocratie. Comme le Président de la République l’a rappelé dès samedi, la France est au côté du peuple tunisien.

La France souhaite l’organisation d’élections libres en Tunisie, qui sont la seule issue possible à la crise que connaît la Tunisie. Et d’ailleurs, nous sommes prêts à fournir au gouvernement tunisien, s’il le désire, l’assistance nécessaire pour participer à la préparation et à l’organisation de ces élections.

Nous voulons ensuite indiquer au gouvernement tunisien que nous sommes décidés à accroître notre effort de coopération économique et culturelle. Nous sommes déjà le premier bailleur de fonds d’aide au développement à la Tunisie. Faire plus, ce sera montrer que nous avons confiance dans le processus démocratique qui est engagé.

De la même façon, ce sera montrer que nous avons confiance dans le peuple tunisien, que de dire aux nombreux Français qui résident en Tunisie, que nous les encourageons à rester, à demeurer en Tunisie.

Enfin, nous nous engageons dans le cadre de l’Union européenne à obtenir un accroissement de l’aide de l’Union européenne, et surtout l’octroi de ce statut privilégié qui a déjà été accordé au Maroc et qui peut constituer un autre signe pour permettre aux Tunisiens d’avancer sur la voie de la démocratie.

(...) L’essentiel c’est la très ancienne et la très forte amitié qui lient la Tunisie à la France, qui lient le peuple tunisien au peuple français. Ce peuple tunisien, ce peuple fier, ce peuple courageux, ce peuple auquel nous lie un héritage millénaire, eh bien, nous voulons solennellement ensemble lui dire que tout est plus fort, que cette amitié est plus forte que tous les régimes, et que nous continuerons de l’aider."

Dernière modification : 20/03/2012

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