Vaches à lait : tirer les petits producteurs vers le haut

Les producteurs laitiers tunisiens bénéficient rarement d’un appui technique pour améliorer leurs rendements. Depuis un an, l’entreprise française Sanders, spécialiste de l’alimentation animale, a mis un place un programme pour « tirer les petits éleveurs vers le haut ». Rencontre avec Abderrazak, 5 vaches.

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En Tunisie, 80% des éleveurs ont moins de 10 vaches. Abderrazak en a 5, des laitières, ainsi que deux génisses. Elles broutent sous un toit en tôle, entre une petite route et un champ de céréales. De l’extérieur, dur de deviner que ces vaches ont l’un des meilleurs rendements laitiers de la vallée qui va de Jendouba à Beja, près de la frontière algérienne. Chaque animal produit près de 30 litres par jour, presque le double de la moyenne nationale.

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Père et fille

Abderrazak a commencé l’élevage il y a bientôt trente ans, à Boussalem, « dans une petites cabane au bord de l’oued ». Il désigne le rideau d’arbres de l’autre côté du champ. D’abord 15 vaches, 48 au début des années 2000, puis les conflits avec la laiterie locale, les inondations, les soucis de santé, bref, « les circonstances ». Depuis trois ans l’éleveur est reparti quasiment de zéro, avec l’aide avec sa fille Bouhaysa, diplômée en agronomie et surtout « une vrai débrouillarde, pas une fille à papa. C’est elle qui s’occupe de tout maintenant. Je suis devenu une sorte de conseiller de ma fille » s’amuse-t-il.

Ensemble, le quinquagénaire et la jeune femme s’emploient à augmenter leur production, en optimisant le rendement du troupeau. Ils n’ont pas vraiment le choix d’ailleurs : une vache laitière de qualité se négocie à près de 4000 dinars. Impossible pour eux d’en acheter de nouvelles, du moins pour le moment. Ils sont donc aux petits soins avec leurs cinq bêtes et ont débuté une collaboration avec Sanders, une entreprise tuniso-française spécialiste de l’alimentation animale.

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Abderrazak et sa fille Bouhaysa

Concentré

Installée en Tunisie depuis trois ans, Sanders vend des sacs de nourriture pour bétail, qu’elle expédie par camion aux quatre coins du pays. Depuis un an, elle offre aussi son expertise aux éleveurs qui le lui demandent, en mettant à leur disposition des outils d’analyse et de suivis précis… La démarche a plu à Abderrazak et Bouhaysa, « parce que comme je vous dis, l’élevage c’est surtout de la rigueur ».

De l’herbe verte, de la paille, du foin de luzerne… la qualité de l’alimentation qu’un éleveur peut offrir à ses bêtes varie en fonction des saisons. Pour leur fournir une ration optimale, Abderrazak complète souvent son fourrage par le « concentré » livré par Sanders. François Bloc a participé à l’installation de l’entreprise en Tunisie. Il explique : « En été, l’herbe devient plus rare et moins riche. Le concentré que nous livrons peut alors représenter jusqu’à 50% de l’apport en nourriture des animaux ». C’est au moment de choisir le type de concentré et de calculer les rations à donner qu’il s’agit d’être précis. Question d’économies.

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Jeunes

Depuis quelques mois, en lieu et place de représentants commerciaux, Sanders recrute de jeunes ingénieurs agronomes. L’entreprise les envoie quelques mois en France pour se perfectionner avant de les lâcher sur le terrain. « Leur jeune vient nous voir une ou deux fois par mois. Il analyse notre fourrage et on voit le meilleur concentré à donner aux bêtes. Entre deux visites, si il y a un problème, il y a toujours le téléphone ! » explique Abderrazak.

A l’initiative du programme, François Bloc ne tarit pas d’éloge sur les ces jeunes diplômés « curieux et sans à priori », qu’il accompagne régulièrement dans leurs tournées : « Je veille à ce qu’ils discutent directement avec les producteurs, qu’ils voient vraiment les vaches, c’est cette proximité qui fait que ca marche. Les éleveurs n’ont besoin ni des businessmen ni de donneurs de leçon ».

Pour Sanders, ce service offert gratuitement aux éleveurs s’inscrit aussi dans une stratégie bien précise. « C’est un moyen de fidéliser notre clientèle, un programme ‘gagnant – gagnant’ » explique François Bloc, qui reprend sa casquette de commercial. « Au final, ces outils d’analyse permettent à l’éleveur d’avoir une production de lait quasi constante toute l’année et donc de sécuriser ses revenus. Ca lui permet de grandir, et nous avec lui ». Abderrazak confirme « Les performance que je réalise aujourd’hui avec ma fille, je n’ai jamais pu les réaliser autrefois ».

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Avec les représentants de Sanders

Filière

Entre les petits exploitants, le bouche à oreille fonctionne et Sanders gagne peu à peu des parts de marchés. Dans la vallée Abderrazak s’est même fait l’ambassadeur de son fournisseur « Si ca marche, pourquoi je n’en parlerai pas ? Dans la région, il n’y a pas de concurrents, il n’y a que des amis. Vous savez, on a besoin de beaucoup de lait en Tunisie ». Dans la vallée il y avait 5000 vaches au début des années 2000, elles sont deux fois moins nombreuses aujourd’hui fait remarquer Abderrazak au moment d’offrir un thé à ses visiteurs.

Souvent, en fin de visite, éleveur, technicien et commercial échangent sur ce qu’il faudrait améliorer dans la filière. Cette année, une concertation nationale entre syndicats agricoles, administrations et entreprises laitières doit mettre sur la table certains problèmes rencontrés par les petits producteurs, une démarche dont se félicite François Bloc « L’idéal est de raisonner verticalement, en terme de filière, car tout le monde est interdépendant. La chaine va du fournisseur d’aliments, comme nous, jusqu’aux gros industriels, comme Danone. Si l’on tire les petites structures vers le haut, c’est tout le secteur qui va aller de l’avant ». Été comme hiver.

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Entre Boussalem et Béja

Dernière modification : 24/10/2016

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