Visite d’État du président Béji Caïd Essebsi en France

Le président de la République tunisienne a effectué une visite d’État [1] en France les 7 et 8 avril 2015.

Le président François Hollande s’est lui-même rendu en Tunisie à trois reprises, en juillet 2013 pour une visite d’État, en janvier 2014 pour célébrer la nouvelle Constitution et le 29 mars 2015, pour participer à la marche contre le terrorisme organisée après l’attentat du Bardo.

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Cérémonie d’accueil officiel à l’Hôtel national des Invalides

Une matinée entre chefs d’État

Le président Béji Caïd Essebsi était attendu à la descente de l’avion par le secrétaire d’État chargé des Affaires euroépennes Harlem Désir, qui l’a conduit jusqu’à l’Hôtel national des invalides pour la cérémonie d’accueil officiel avec le président François Hollande.

Après cette séquence de grande solennité, les deux chefs d’État ont pris la direction du palais de l’Élysée pour un entretien en tête à tête, suivi d’une séance de signature de quatre accords concernant :

- le dialogue politique,
- l’appui au développement régional,
- le renforcement de la coopération culturelle,
- la consolidation des droits de l’Homme et de l’État de droit.

Pour conclure cette matinée, les présidents Béji Caïd Essebsi et François Hollande se sont adressés aux représentants des médias (voir extraits ci-dessous).

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Le président François Hollande et le président Béji Caïd Essebsi sur le perron de l’Elysée (7 avril 2015)

Point de presse conjoint

François Hollande :

« Nous sommes deux pays liés par l’histoire et deux pays qui veulent construire ensemble l’avenir. La Tunisie est un pays qui est regardé comme celui où est né « le printemps arabe ». Comme le dit le président Caïd Essebsi, il faut aussi que la Tunisie réussisse son propre printemps. C’est également la responsabilité de la France de pouvoir accompagner la Tunisie en respectant sa pleine souveraineté. (...) »

« Je veux, à l’occasion de cette visite d’État, démontrer que la France peut, par de multiples façons, assurer la coopération exemplaire que la Tunisie attend de la France. »

Béji Caïd Essebsi  :

« C’est vrai que notre pays est dans un moment très "intéressant", entre guillemets, un moment très particulier. Nous avons d’abord eu une révolution et il me plait de rappeler que les Français ont le mieux compris le sens de cette révolution-là. C’est une révolution qui n’a pas de semblable dans l’histoire parce qu’elle a été faite par des jeunes. Une jeunesse qui n’avait pas d’encadrement, qui n’avait pas de leadership, qui n’avait pas d’idéologie, qui n’avait pas ni référence islamique, ni référence politique. C’est une révolution qui a été faite pour la liberté et pour la dignité et dans la dignité il y a le contenu social. »

« C’est vrai que nous sommes au milieu du gué. Nous avons fait cela, nous avons actuellement un président élu pour la première fois au suffrage universel, nous avons un Parlement qui est aussi élu mais avec des partis divers, et nous avons un gouvernement qui a un large soutien de la part du Parlement. Donc, un message de stabilité et un message de durée. Mais, c’est vrai que nous ne sommes qu’au milieu du gué, parce que, comme disait Saint Thomas d’Aquin « il faut un minimum de bien-être pour pratiquer la vertu ». »

Cliquez ICI pour lire la totalité du point de presse.
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Point de presse conjoint du président François Hollande et du président Béji Caïd Essebsi, le 7 avril 2015 à l’Elysée

Quatre accords signés

Quatre accords à forte teneur politique ont été signés au cours de la visite d’État du président Béji Caïd Essebsi :

1) Un accord portant création d’un Conseil franco-tunisien de haut niveau, présidé par les Premiers ministres tunisien et français, pour aborder à échéances régulières les questions bilatérales et entretenir la concertation relatives aux grands sujets d’intérêt régional ou global.

2) Une déclaration d’intention relative au développement régional, un enjeu primordial pour le redressement économique de la Tunisie. La France ciblera ses efforts sur certaines régions tunisiennes défavorisées. Pour ce faire, elle convertira 60 M€ de dette tunisienne en projets de développement, un geste exceptionnel dont bénéficieront des régions jugées prioritaires pour des raisons à la fois économiques, sociales et sécuritaires.

3) Une déclaration d’intention visant à renforcer la coopération dans le domaine de la culture qui joue un rôle crucial dans la lutte contre l’ignorance et le radicalisme. Le document rappelle que « les échanges culturels participent d’un enrichissement réciproque, d’une meilleure connaissance de l’autre et de l’appropriation de valeurs communes ». Il prévoit la poursuite de la coopération entre le musée du Louvre et le musée du Bardo, le renforcement des échanges entre les administrations et les professionnels de la culture ainsi que le développement de partenariats en matière de création artistique. Il projette en outre l’organisation en France d’une semaine culturelle dédiée à la femme tunisienne (21-26 mai 2015), ainsi que d’une saison culturelle tunisienne en 2021, 10 ans après la Révolution.

4) Une convention de financement dans le domaine des droits de l’Homme et de l’État de droit. En étroite concertation avec les autorités tunisiennes, la France va apporter un concours financier de 400.000 euros et de l’expertise pour renforcer le système national de promotion et de protection des droits de l’Homme en Tunisie, ainsi que le dialogue entre la société civile et les acteurs institutionnels.

Discours devant le Sénat

En fin de matinée, le président Béji Caïd Essebsi a été reçu avec les honneurs au Petit Luxembourg, où il était invité à déjeuner avec sa délégation par le président Gérard Larcher.

Puis tous deux ont rejoint le Palais du Luxembourg pour un entretien en tête à tête, avant de prendre la parole dans l’hémicycle qui connaissait l’affluence des grands jours.

« Jamais, un chef d’État venu du sud de la Méditerranée n’a été accueilli dans cette enceinte » a déclaré le président du Sénat Gérard Larcher au président Béji Caïd Essebsi, avant d’ajouter : « Vous êtes le premier chef d’État à la tête d’un pays appartenant au monde arabo-musulman à s’exprimer dans l’hémicycle du Sénat siégeant en séance solennelle. »

« Notre dessein, c’est de construire, malgré les soubresauts, malgré l’agitation alentour, un havre de paix, de démocratie et de liberté. Un lieu où le débat public est perçu comme une force et où la diversité qu’elle soit d’ordre culturelle, religieuse ou sociale est perçue comme une richesse parce que la Tunisie est belle de cette diversité. » a répondu Béji Caïd Essebsi.

Cliquez ICI pour lire le texte intégral du discours de Béji Caïd Essebsi.
Cliquez sur l’image pour regarder la vidéo.

Doctorat honoris causa à la Sorbonne

Un peu plus tard, dans le Grand Salon de la Sorbonne, le président de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne Philipe Boutry a remis les insignes de Docteur honoris causa au président de la République tunisienne, en présence de la ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Najet Vallaud Belkacem et de François Weil, recteur et chancelier des universités de Paris.

L’éloge a été prononcé par Yvonne Flour, professeure de droit et vice-présidente de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

L’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne est partenaire des six principales universités tunisiennes avec lesquelles de nombreuses actions ont été menées depuis 2012, contribuant à la construction d’un espace euro-méditerranéen de l’enseignement et de la recherche.

Extraits du discours prononcé par Béji Caïd Essebsi

« C’est avec nostalgie et reconnaissance à mes maîtres que je retrouve aujourd’hui ce haut lieu de la science et du savoir, 63 ans après l’avoir quitté, en juillet 1952 pour retrouver mon pays et y exercer la profession d’avocat et surtout pour prendre part à la lutte de libération nationale. »

« En m’honorant de la sorte, le Conseil de l’Université de Paris 1 Sorbonne rend en vérité hommage à la Tunisie nouvelle, pays de la Révolution de la liberté, de la dignité et de la justice sociale, pays qui a fait de l’éducation et de la science son credo et de l’intelligence sa vraie richesse.
Dès les premières années de l’indépendance, la Tunisie a investi dans l’éducation : une éducation pour tous, gratuite, de qualité, sans discrimination entre les garçons et les filles et ouverte sur les langues et les cultures. Après la démocratisation de l’enseignement, nous voilà confrontés au défi de la qualité et de l’adéquation entre la formation et l’emploi. »

Cliquez ICI pour lire le discours prononcé par Béji Caïd Essebsi
Pour regarder l’album photo de la cérémonie, rendez-vous sur le site de l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne

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Dîner d’État

Pour clore la première journée de cette visite en France, le président François Hollande a offert un dîner en l’honneur du président Béji Caïd Essebsi, en présence de nombreux acteurs des relations entre la France et la Tunisie.

Le dîner d’État, figure imposée de la visite d’État, se déroule au palais de l’Élysée. Comme le veut la tradition, les deux présidents ont porté un toast, en prononçant chacun une courte allocution.

Extraits de l’allocution de François Hollande

« Monsieur le Président, je vous remercie une fois encore d’avoir choisi la France pour effectuer votre première visite d’État depuis votre élection. Nous voulions en effet être les premiers ; les premiers à vous dire toute notre amitié pour votre pays, pour votre peuple et pour votre personne. »

« La France est aux côtés de la Tunisie. Elle ne donne pas de leçon. La France est un partenaire loyal et elle s’engage dans la durée. Pour la France, le succès de la Tunisie a une importance qui va bien au-delà des frontières de votre pays. Elle concerne toute la région, le monde arabe et, au-delà même, tous ceux qui combattent pour la liberté. »

« 1300 entreprises françaises emploient 150.000 travailleurs tunisiens. C’est la preuve que les compétences de votre pays sont grandes et que nos entreprises, représentées ici par de nombreux cadres dirigeants, ont confiance dans l’avenir. »

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Extraits de l’allocution de Béji Caïd Essebsi

« Ma visite aujourd’hui répond à une conviction, Monsieur le Président, dont je puis dire ce soir qu’elle est partagée. Nous sommes appelés à prendre des engagements relatifs au présent et à l’avenir. Nous traversons un moment de grande fluidité historique. Dans ce contexte volatile où le champ méditerranéen est en crise, les relations de confiance, d’entente et de coopération entre la Tunisie et la France constituent une référence essentielle pour nos peuples et pour l’ensemble de la région. »

« La France comprend le sens de la Révolution tunisienne. Notre peuple réalise que l’élan de solidarité que vous apportez, le peuple français et vous-même, envers l’œuvre de redressement entreprise en Tunisie est un engagement qui porte loin. La Révolution tunisienne est porteuse d’espoirs longtemps rêvés, longtemps contrariés ; l’histoire se devait de les honorer. »

« Le terrorisme trouve un terrain propice dans la détérioration de la sécurité régionale. La paix, la stabilité et la sécurité dans notre voisinage, notamment en Libye, dans le Sahel et au Machreq, représentent un enjeu primordial. Dans ce champ où la Tunisie et la France sont directement concernées, la réussite de l’expérience tunisienne est un gage de paix. Notre réussite comptera tout autant, comme un succès de la politique européenne de voisinage. »

Cliquez ICI pour lire le texte intégral des allocutions.
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Entretien avec le président de l’Assemblée nationale

Le lendemain 8 avril, le président de la République tunisienne a été reçu avec les honneurs à l’hôtel de Lassay par le président de l’Assemblée nationale.

Natif de Tunisie, Claude Bartolone est très attaché à ce pays. Il a accompagné le président François Hollande à la marche contre le terrorisme consécutive à l’attentat du Bardo, le 29 mars dernier à Tunis. L’entretien a porté sur les attentats commis en France et en Tunisie, ainsi que sur la coopération entre les deux pays.

Pour regarder la vidéo des honneurs militaires et les photos de l’entretien, rendez-vous sur le site de l’Assemblée nationale.

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Visite à la mairie de Paris

Puis M. Béji Caïd Essebsi a pris le chemin de la mairie de Paris où l’attendait Anne Hidalgo, pour un entretien privé suivi d’une rencontre avec les élus de la ville.

Les échanges ont concerné la promotion de la démocratie et des libertés fondamentales, ainsi que la solidarité nécessaire entre les démocraties pour lutter contre l’intégrisme. Il a également été question de l’engagement de la Maire de Paris à soutenir le développement du tourisme en Tunisie et de la coopération entre les deux villes pour la mise en place d’une "école de la propreté".

Suite à l’attentat du Bardo, Anne Hidalgo s’était rendue à Tunis pour témoigner de la solidarité des Parisiens avec le peuple tunisien. Elle avait annoncé que la prochaine assemblée générale de l’Association internationale des maires francophones (AIMF) se tiendrait à Tunis, en octobre 2015.

Pour en savoir plus et pour regarder l’album photo, rendez-vous sur le site de la mairie de Paris.

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Déjeuner à Matignon

Dernière étape de ses rencontres avec les plus hauts représentants de l’État français, le président de la République tunisienne a été reçu par le Premier ministre Manuel Valls, pour un déjeuner en format restreint à l’hôtel de Matignon.

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Rendez-vous avec la communauté tunisienne en France

M. Béji Caïd Essebsi avait prévu de clore son programme sur une rencontre avec la communauté tunisienne en France. Le président François Hollande lui a fait la surprise de venir en ami à l’ambassade de Tunisie à Paris.

Extrait de la déclaration de François Hollande

« La Constitution tunisienne est une Constitution qui fait honneur à la Tunisie et qui est une référence, pas seulement dans le monde arabe, mais partout dans le monde. Vous êtes aujourd’hui le garant de la Constitution et le Président de la Tunisie démocratique. C’est pourquoi ici, en France, tous les Tunisiens, français ou non, sont très fiers de ce qui se passe dans leur pays. »

« Aujourd’hui, nous vous recevons pour une visite d’État. C’est la première que vous effectuez depuis votre élection et c’est en France. C’est un message qui nous va droit au cœur. Parce que la Tunisie, pour la France, c’est un pays qui n’est pas comme les autres »

Cliquez ICI pour lire le texte intégral de la déclaration.
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[1Le Protocole français distingue quatre catégories de déplacement, de la simple visite privée à la prestigieuse visite d’État, en passant par la visite de travail et la visite officielle.

Dernière modification : 30/11/2016

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