Visite franco-allemande en Tunisie : déclarations de M. Laurent Fabius

Déplacement conjoint franco-allemand en Tunisie
24 et 25 avril 2014


Conférence de presse finale

Conférence de presse commune au ministère tunisien des Affaires étrangères
Tunis, le 25 avril 2014

« Cher collègue et ami, Monsieur le ministre des Affaires étrangères de Tunisie,
Cher Franck-Walter,
Mesdames, Messieurs,

Confiance et mobilisation : voilà les deux termes mots qui résument à mon sens notre visite ici en Tunisie, au cours de ces deux journées. Je veux vous remercier, Monsieur le ministre des Affaires étrangères, pour la chaleur de l’accueil des autorités tunisiennes. C’est une chaleur habituelle quand on connait la générosité du peuple tunisien mais, une fois de plus, vous l’avez manifestée et je vous demande d’être notre interprète auprès du président de la République, du Premier ministre, de vos collègues ministres et de tous les responsables que nous avons rencontrés en ces deux jours très ramassés pour leur dire notre gratitude.

Je dis confiance et mobilisation. Confiance dans la réussite démocratique de la Tunisie. Vous avez déjà franchi beaucoup d’étapes qui étaient difficiles. L’une des principales a été l’adoption de votre Constitution qui, à beaucoup d’égards, est exemplaire. Il reste encore une étape à franchir qui est celle de la loi électorale, puis des élections. Nous sommes tout à fait confiants dans votre capacité, avec le peuple tunisien, à la franchir.

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Confiance aussi dans la façon dont vous abordez les questions économiques qui sont évidemment très importantes. La population qui a fait la Révolution, que ce soit sur les côtes ou à l’intérieur, souhaite un certain nombre d’améliorations. Les uns et les autres, vous en êtes pleinement d’accord. Encore faut-il, bien sûr, disposer des moyens nécessaires et que les mesures soient prises mais il nous a semblé, en discutant très précisément avec le Premier ministre, que les décisions nécessaires étaient prises.

Confiance aussi dans votre façon d’aborder les problèmes de sécurité qui sont - ô combien - importants : sécurité intérieure et sécurité liée en particulier à la situation difficile que connaît la Libye. À cet égard, nous appuyons l’initiative de demander aux Nations unies de désigner un envoyé spécial pour favoriser le dialogue, dans le même temps où beaucoup de pays sont prêts - nous l’avons vu à Rome il y a peu de temps - à apporter un soutien matériel pour que les frontières soient bien contrôlées et que la Libye puisse être débarrassée de ses armements excessifs.

Oui, le mot qui revient, c’est le mot de confiance ! Et notre visite avait ce sens-là. Avec Franck-Walter Steinmeier, Allemagne et France, nous avons décidé de faire un certain nombre de visites conjointes qui sont à la fois significatives de notre volonté commune et de ce que veut faire l’Europe. Nous avons choisi, s’agissant du partenariat qu’on appelle de l’Est, deux pays qui ne sont pas dans une situation facile, la Géorgie et la Moldavie. Et nous avons été immédiatement d’accord pour choisir la Tunisie comme but de visite au Sud, non seulement parce que l’Allemagne et la France sont très présentes ici mais aussi parce que nous voulons que l’Europe continue d’être à vos côtés.

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C’est là où intervient le deuxième terme, celui de mobilisation. Et la mobilisation, ce doit être la nôtre. Je parlerai un peu de la France et un peu de l’Europe. Dans tous les domaines, qu’il s’agisse de la lutte contre le terrorisme, du développement de votre pays et de ses régions, du soutien à la société civile, de la relance de l’économie, nous sommes et nous voulons être à vos côtés.

Qu’est-ce que cela signifie, concrètement, pour la France ? Un certain nombre d’entre vous, représentants de la presse, pourraient se dire : mais au fond, qu’apporte concrètement une visite comme celle-ci ? Alors, je vais être très concret. Excusez si, pour une fois, je cite quelques chiffres.

Nous avons décidé d’accélérer la mise en œuvre d’engagements qui ont été pris par le président de la République française lors de sa visite d’État et ils sont disponibles - je dis bien disponibles -. Cela concerne 500 M€ d’assistance dont 345 M€ de prêts sur trois projets d’infrastructures majeurs pour le développement des territoires : le Réseau ferré du Grand Tunis que nous avons visité ensemble ce matin, la rénovation ferroviaire du triangle des phosphates et l’équipement des ports de Radès, la Goulette et Bizerte. Le conseil des ministres en a délibéré ; il ne reste plus que la ratification nécessaire par l’Assemblée nationale tunisienne. 500 M€ de projets concrets.

L’Agence française de développement, qui est notre bras armé en matière de développement, dispose de 150 M€ en cours de décaissement avec plusieurs projets de réhabilitation de quartiers populaires, d’adduction d’eau et d’assainissement dans des zones défavorisées.

Enfin, nous avons adressé aux autorités tunisiennes un projet d’accord qu’on appelle de conversion des dettes en investissements, à hauteur de 60 M€.

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Les autorités tunisiennes ont insisté avec raison sur la nécessité d’investir davantage en Tunisie. Allemagne et France sont très présentes à travers leurs entreprises en Tunisie. En ce qui nous concerne nous avons au quotidien 1300 entreprises françaises qui représentent 125.000 emplois. Pour 2013, les investissements français ont créé plus de 3800 emplois et nous encourageons nos entreprises à investir ici parce qu’investir en Tunisie, c’est investir dans la démocratie.

Cette visite conjointe vient aussi montrer la mobilisation de l’Union européenne. Nous avons veillé et nous allons continuer de veiller à ce que l’Europe apporte une réponse qui soit à la hauteur des besoins et des actions de la Tunisie. L’Union européenne vient de débloquer 300 M€ d’aide macro-financière pour la Tunisie. Nous ferons en sorte que cette mobilisation se traduise aussi dans ce qu’on appelle une politique européenne de voisinage adaptée aux attentes tunisiennes pour la période 2014-2021, actuellement en négociation. De même, sur ce qu’on appelle le partenariat pour la mobilité où nous souhaitons que la Tunisie puisse bénéficier d’un même niveau d’assistance que d’autres partenaires.

Enfin, l’Union européenne sera au côté de la Tunisie pour ces élections parce qu’il est tout à fait normal que nous soyons là lorsque vous nous demandez de vous accompagner dans le processus démocratique. De même que nous devons l’être pour votre sécurité.

Et puis, très concrètement - nous en avons fait une visite ce matin - l’Union européenne, c’est aussi des projets déjà en cours de développement : le Réseau ferré rapide (RFR) du Grand Tunis est financé à 40 % par l’État tunisien et à 60 % par des bailleurs européens au premier rang desquels l’Allemagne, la France et la Banque européenne d’investissement. On pourrait également citer la dépollution du lac de Bizerte, projet porté par l’Union pour la Méditerranée et financé par ces mêmes trois bailleurs.

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Enfin, nous sommes là pour vous aider à capitaliser sur l’élan de sympathie qui s’exprime pour la Tunisie, au-delà même de l’Union européenne ; pour mobiliser tous les partenaires de la Tunisie, y compris les institutions financières internationales. C’est le projet de conférence dont nous discuterons avec votre Premier ministre qui sera reçu à Paris à partir de lundi et qui sera reçu en Allemagne d’ici peu de temps également.

Voilà l’effort de mobilisation. C’est du concret et c’est, je pense, ce qu’on attend de nous. Je terminerai en disant que ce voyage est symbolique. L’Allemagne et la France, premier et deuxième pays d’Europe par leur puissance économique, présents ensemble en Tunisie, au côté de nos amis tunisiens, au moment où la transition démocratique est là, cela signifie un geste fort de mobilisation, de soutien et de confiance.

Mais les choses ne vont pas s’arrêter à notre voyage. Nous avons beaucoup appris. J’espère que nous avons apporté un certain nombre de réponses aussi et dans le dialogue qui va se poursuivre avec la visite du Premier ministre tunisien en France et en Allemagne, nous allons continuer dans la même direction. Le message essentiel que je retiens à l’issue de ce voyage, c’est un message de grande confiance à l’égard du gouvernement tunisien et du peuple tunisien.

(…)

Q - Sur les aides sécuritaires qui seront apportées à la Tunisie. La France est expérimentée en matière de libération de ses otages. Peut-elle aider la Tunisie à obtenir la libération des deux diplomates tunisiens enlevés en Libye ?

R - Il y a eu des discussions avec nos amis tunisiens sur les méthodes, les moyens, les équipements pour assurer la sécurité. Ces discussions ont beaucoup avancé et elles auront l’occasion de continuer puisque le Premier ministre tunisien sera dès le début de la semaine prochaine à Paris. Quant à la question des otages, c’est évidemment une question extrêmement délicate. Nous sommes à disposition, bien sûr de nos amis tunisiens, tout en sachant - nous en avons l’expérience - qu’il y faut beaucoup de discrétion, que tous les services doivent être mobilisés - je sais qu’ils le sont - et que s’il y a besoin d’un concours international, il est là.

(…)

Q - Est-ce que cette visite franco-allemande est aussi un message pour les États-Unis qui commencent à investir avec des prêts, des visites et une stratégie, pour dire que la Tunisie est toujours le premier partenaire l’Union européenne ?

R - Écoutez, Allemands et Français, nous agissons à la fois en tant que nation et en tant que membres de l’Union européenne. Et le choix que nous avons fait, c’est d’être au côté de nos amis tunisiens. C’est vrai pour nos deux pays et c’est vrai pour l’Union européenne. Maintenant si d’autres, en particulier les nations les plus puissantes qui ont une capacité d’aide et d’investissement souhaitent aider la Tunisie, elles sont certainement les très bienvenues.

Q - Vous avez évoqué à l’instant la possibilité d’une conférence des donateurs de la Tunisie et nous avons entendu dire qu’elle pourrait se tenir au mois de juin. Pourriez-vous nous donner quelques précisions sur les échéances mais aussi sur le périmètre et les ambitions ? S’agit-il en fait de faire une sorte de plan Marshall pour la Tunisie ?

R - C’est une initiative qui est effectivement en discussion. La décision en revient au premier chef au gouvernement tunisien et nous allons avoir l’occasion d’en discuter. Je n’appellerais pas cela conférence des donateurs. C’est plutôt une conférence des partenaires dont l’objet - j’ai utilisé cette formule tout à l’heure - est d’investir dans la démocratie. Le gouvernement tunisien a recensé un certain nombre de projets. Nous croyons en l’avenir de la Tunisie ; encore faut-il, bien sûr, qu’elle soit appuyée concrètement.

Nous allons donc, en particulier à l’occasion du voyage du Premier ministre Jomaa en France, aborder ce sujet à la fois sur le fond et sur la question de la date. Quand les choses auront été décidées définitivement, elles seront annoncées. »


Déclaration à l’issue de l’entretien avec le président Moncef Marzouki

Carthage, le 24 avril 2014

« Mesdames, Messieurs, bonjour.

Nous allons faire, Frank-Walter Steinmeier et moi-même, une courte déclaration car je pense que nous aurons de nouveau l’occasion de nous exprimer. Nous venons d’être reçus par le président Marzouki et nous souhaitons d’abord remercier les autorités et le peuple tunisiens de la gentillesse de leur accueil.

C’est la première fois que le ministre des affaires étrangères allemand et le ministre des affaires étrangères et du développement international français se déplacent ensemble à l’étranger, en dehors de l’Europe. Et nous avons choisi à dessein la Tunisie. Parce que deux mots résument notre sentiment vis-à-vis de la Tunisie : la confiance et la mobilisation.

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La confiance pour ce que vous faites ici, parce que vous avez engagé une transition exemplaire. Il reste bien sûr encore une étape électorale à franchir mais, à partir de la Révolution, vous avez su franchir pacifiquement les différentes étapes et adopter une Constitution qui est tout à fait exemplaire. Donc, nous avons confiance dans ce que font les Tunisiens.

Nous avons confiance aussi sur le plan économique. C’est un point très important dont nous venons de parler avec le président et dont nous allons parler, bien sûr, avec le gouvernement parce qu’il faut que cette transition démocratique s’accompagne d’une situation économique stabilisée et améliorée. Qu’il s’agisse des investissements européens en Tunisie, du tourisme et de multiples aspects.

Cette confiance que nous avons sur le plan politique, nous voulons aussi la manifester sur le plan économique et social. Le fait que les ministres d’Allemagne et de France viennent ici pour dire leur soutien à ce qui se passe en Tunisie est important.

Nous sommes aussi mobilisés parce que nous ne sommes pas ici seulement pour parler mais pour agir. Nous représentons l’Union européenne et nous sommes ici pour écouter ce que l’on a à nous dire et pour nous mobiliser pleinement, l’Union européenne avec nous, autour du succès de la Tunisie. Voilà en quelques mots les raisons pour lesquelles nous sommes là et très heureux d’être là. Nous apportons notre soutien et salut très amical au peuple tunisien.

Je vous remercie. »

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Déclaration à l’occasion de l’inauguration de l’Ambassade d’Allemagne

Tunis, le 24 avril 2014

« Monsieur le ministre des Affaires étrangères,
Mon Cher Frank-Walter,
Mesdames et Messieurs les personnalités officielles,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Il est extrêmement rare qu’on inaugure une ambassade et encore plus rare qu’on inaugure l’ambassade d’un autre pays.

Je suis très touché d’être ici et d’avoir l’occasion de vous parler parce que je suis l’hôte de deux amis : la Tunisie qui nous accueille avec sa gentillesse et sa chaleur habituelle, et puis l’Allemagne, puisque nous sommes ici en Tunisie et en Allemagne.

Nous sommes venus, avec Frank-Walter Steinmeier, comme il l’a excellemment dit, parce que nous avons décidé de faire un certain nombre de déplacements conjoints. Et immédiatement, lorsque nous avons pris cette décision, nous avons pensé à la Tunisie. Cela n’est pas mystérieux. Ce qui se passe ici, et qui est en train de réussir, peut constituer un exemple. Vous avez réussi la transition pacifique : il reste quelques éléments à accomplir mais on est en chemin alors que c’était très difficile. Il reste bien sûr, sur les plans économique, social et de la sécurité - nous en avons parlé avec le président et le Premier ministre - des étapes à franchir. Et qu’il s’agisse de l’Allemagne ou de la France, nous sommes à vos côtés.

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Un journaliste me demandait comment résumer notre déplacement et je lui disais deux mots : confiance et mobilisation. D’ailleurs, il n’y a pas de plus grand signe de confiance que de construire une nouvelle ambassade. Confiance dans ce qu’a engagé le peuple tunisien, confiance dans l’avenir de ce beau pays que nous aimons et mobilisation parce qu’il ne s’agit pas simplement de voir cela de l’extérieur mais il s’agit d’aider un allié. C’est ce que nous faisons et que nous ferons directement et c’est ce que nous recommandons à l’Union européenne.

Bravo pour cette ambassade magnifique qui est à l’image de ce que nous pensons de la Tunisie. Merci infiniment de m’accueillir. Désormais, Cher Franck-Walter, quand tu inaugureras une nouvelle ambassade ou quand j’inaugurerai une nouvelle ambassade, nous serons tous les deux ensemble.

Je vous souhaite une grande réussite et je félicite vraiment nos amis allemands d’avoir accompli, en si peu de temps, une telle performance et à nos amis tunisiens, Monsieur le Ministre des affaires étrangères, je souhaite plein de réussite.

Merci beaucoup. »

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Allocution devant les représentants de la société civile et des partis politiques

Tunis, le 25 avril 2014

Merci cher Ambassadeur,
Chers Amis,

Merci beaucoup d’être ici, même si c’est pour quelques instants puisque les choses sont ainsi faites, que, à peine arrivés, on doive repartir mais je vous explique en deux mots le sens de notre visite. C’est la première fois que deux ministres des affaires étrangères, allemand et français, décident de faire un voyage commun et nous avons voulu choisir un ou deux pays dans le partenariat de l’Est et un pays au Sud.

S’agissant de l’Est, vu ce qui se passe en Ukraine, nous avons choisi de passer quelques heures très réduites à la fois en Moldavie et en Géorgie, pays qui sont dans une situation qui n’est pas facile en ce moment. S’agissant du Sud, nous n’avons eu absolument aucune hésitation et, Franck-Walter comme moi avons dit, pour nous, c’est la Tunisie ! Très beau slogan. Et nous sommes venus ici. Nous avons été très chaleureusement reçus par les autorités, la société civile, vous-même et nous en sommes extrêmement heureux.

Nous sommes venus pour donner un message qui est un message de confiance. Vous avez fait un chemin, je dirais malheureusement extraordinaire, au sens étymologique de ce terme. Nous aimerions que ce soit un chemin ordinaire, il ne l’est pas. (…)

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Le simple message que nous voulons donner c’est que nous avons tout à fait confiance dans la Tunisie, dans le peuple tunisien, dans ses représentants et que nous voulons nous mobiliser à vos côtés. Ce n’est pas nouveau, c’est le destin de l’Allemagne et de la France puisque je crois que nous sommes les deux principaux partenaires de la Tunisie mais nous allons continuer à le faire, l’amplifier et puis amener l’Europe avec nous, tout en étant très modestes, parce qu’il n’y a pas d’un côté la Tunisie, de l’autre l’Europe. Tout cela, c’est finalement une seule et même aventure avec des modalités différentes.

Le Premier ministre tunisien sera lundi en France et quelques jours plus tard en Allemagne. C’est un dialogue qui se poursuit et qui va s’amplifier. En tout cas, c’est ce message de confiance et de mobilisation que nous voulions faire passer en vous remerciant énormément d’avoir pris sur votre temps, que nous savons précieux, pour pouvoir parler quelques instants avec nous.

Merci beaucoup.

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Dernière modification : 29/04/2014

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